L’utopie source de l’histoire inhumaine
Le féodalisme fut une utopie (voir le Traité de l’amour de Michel Clouscard).
Le capitalisme est une utopie. Vouloir faire de tout, une marchandise, c’est l’extrême de son histoire utopique.
Le communisme a été pensé par certains comme une utopie.
Marx s’est aussitôt élevé contre cette tendance dramatique avec un petit livre qui est à la fois un livre de philosophie, d’histoire, de politique et de sociologie. Un petit livre qui, tout en étant tout ça à la fois, est de lecture facile mais peu suivi d’effets.
En 1970 je voulais lire Marx et impossible d’obtenir chez Deloche à Montauban de tels livres alors j’ai commandé aux Editions sociales deux petits livres : le 18 Brumaire et socialisme utopique socialisme scientifique d'Engels (1880). Les deux petits livres auxquels je suis si souvent revenus.
L’URSS fut en fait beaucoup plus l’enfant du socialisme utopique que du socialisme scientifique.
Or le mérite du communisme résidait dans le fait qu’enfin nous pouvions assister à une révolution anti-utopique et donc humaine !
L’erreur s’est produite par la forme que Marx lui-même a donné parfois au communisme en tant que paradis sur terre, bonheur généralisé, et à cette idée bien peu la sienne qu’il fallait du passé faire table rase.
J’ai pu sortir de l’utopie communiste, au nom du communisme, avec un auteur étrange, un poète, un écrivain d’origine uruguayienne, Mario Benedetti. Il a été très peu traduit en France grâce à ce qu’on a appelé au cours des années 70 le boom latino-américain mais j’ai été marqué par son roman La Trève, pris à la Bibliothèque de Montauban.
Par la suite je l’ai peu connu jusqu’au jour où j’ai pensé que je pouvais lire en espagnol.
En 1994 j’ai acheté Articulario Desexilio y perplejidades, reflexiones desde el sur. Comme tous les écrivains latino-américains il a beaucoup écrit dans les journaux des articles de réflexion.
En 1995 j’ai lu sa biographie magnifique : Le trouble-fête, titre repris d’une phrase de Benedetti : « La fête ne pardonne pas au trouble-fête.
Et en 2003, sans doute suite à un passage en Espagne j’ai acheté un livre bilan de Mario, un livre au titre magnifique « L’avenir de mon passé ». Et dans ce livre qui récupère quelques contes, une partie sur l’utopie aussi amusante que celle sur la tristesse.
Juste pour donner une idée, tout commence par les ultimes mots de Rabelais : «Je m’en vais en quête du grand peut-être ».
Benedetti fut un communiste sa vie durant mais un communiste si peu ordinaire. Il n’aurait sans doute pas été d’accord avec mon constat sur l’utopie capitaliste mais qu’importe. C'est avec lui que j'ai suivi ma route.
J-P Damaggio
P.S. J'ai dans mon couloir une oeuvre de Rosendo Li qui rassemble des portraits de grands latinos donc celui du moustachu Mario Benedetti dessin pour le journal Point Gauche ! et j'en ai déduit que j'avais dû écrire un article à son sujet. Je le retrouve et je constate que je l'avais TOTALEMENT oublié. Pourtant je l'ai mis sur mon ancien blog au moment du décès de Benedetti en 2009 !
Pour qui veut relire le petit livre il est disponible sur le site marxist.org
d'où je le reprend ici.