Gorbatchev, Mandel et Lily Marcou
Voici une étude réalisée par des marxistes en 1989 sur la base de cette question : La perestroïka, une révolution ? et la réponse est globalement oui, même si la nature de la dite révolution est variable. Je retiens l’article du marxiste Georges Labica au sujet de deux livres sur la question d’Ernest Mandel et de Lily Marcou, deux très grands spécialistes de l’URSS. Comme il est dit dès le départ, ce fut l’avalanche d’ouvrages, une avalanche qui s’est tari dès la fin de l’expérience alors que la fin de l’expérience aurait du susciter une relance de l’avalanche. Par exemple Ernest Mandel et Lily Marcou auraient pu écrire un nouveau livre pour expliquer comment et pourquoi ils ont pu se tromper à ce point ! Mais les éditeurs fabriquent les avalanches et ils savent que l’enthousiasme (ou le scepticisme) autour de la pérestroïka est bien plus immense dans le public que l’étude de l’échec du processus. J’ai déjà fait ce constat en d’autres occasions.
Ernest Mandel se demande où va l’URSS de Gorbatchev pour écrire surtout, là où il voudrait qu’elle aille ! « Nourrie, comme à son habitude, de recherches approfondies, d’informations rigoureuses et d’inébranlables convictions, la démonstration marxiste de Mandel possède une grande force. »
Son étude à deux ans de la chute de l’URSS passe sans doute à côté de l’essentiel.
Pour Lily Marcou :
« "Nouvelle lecture du classique marxisme-léninisme” (p. 21), "nouvelle lecture de l'histoire" (p. 58), c'est bien d'un humanisme qu'il s'agit. » Un humanisme qui fut sans lendemain !
Gorbatchev a cru qu'un socialisme démocratique pouvait exister en URSS, sans voir le double jeu des pays capitalistes, capables de le soutenir quand l'URSS s'affaiblissait, mais aussi capables de l'exécuter si son socialisme démocratique devenait possible. Il n'a pas organisé la chute de l'URSS il en a été victime et personne ne saura jamais s'il pouvait en être autrement ! Vingt ans apryès le Printemps de Prague en 1988, ce printemps a été repris par Gorbatchev. Dans vingt ans, dans des conditions nouvelles son rêve pourra-t-il être repris ? Il faudrait pour ça la créatin d'une force politique internationale considérable.
Ce qui me paraît le plus précieux c’est la conclusion de Labica :
« Au total, deux visions optimistes, malgré leurs différences de démarche, de ton et d'ancrage, qui s'inscrivent salutairement à contre-courants dominants. A la première, prolétarienne, on pourra reprocher la sous-estimation des tensions internes à l'URSS et au mouvement communiste international, celle également du rapport de forces international, jusqu'ici incontestablement favorable au capitalisme, mais, en aucun cas, sa cohérence marxiste. La seconde, humaniste, souffre, à n'en pas douter, d'un irénisme excessif, qui fait bon marché des contradictions du processus en cours et des énormes dangers de ses délestages théoriques, mais les tendances qu'elle met au jour n'en sont pas moins réelles. Sur ce qui n'est, de fait, que prémisses, on se gardera de conclure, sans pour autant renoncer au beau risque des conjectures, et, moins encore, à celui des engagements militants. Après tout, que la boîte de Pandore soit ouverte, quoi qu'il en sorte, suffit à l'espérance de ce temps. »
Oui le rapport des forces international a été sous-estimé par Mandel. Pourquoi ? Oui les délestages théoriques sont sous-estimés. Pourquoi ? Dans ls deux cas les savants étaient plus sous l’influend de leurs idées que sous celle des réalités. J-P Damaggio
P.S. : Pour Lily Marcou peut-être devrais-je lire, Le Crépuscule du communisme, Paris, Presses de Sciences Po, 1997, 125 p, pour savoir comment elle a tiré les leçons de Gorbatchev. Ce qui est sûr c’est que ces derniers temps elle étudie surtout .. . Napoléon.
