Vallejo : le poème d'un paysan
Il arrivait à Vallejo d'avoir la nostalgie de sa cité des Andes. Je ne sais s'il existe un autre poème aussi beau pour écrire la vie du paysan. JPD
Tellurique et magnétique
Mécanique sincère et toute péruvienne
que celle du coteau rouge !
Sol théorique et pratique!
sillons intelligents; exemple : le monolithe et son cortège!
Champs de patates douces, d’orge, de luzerne, bonne chose!
Cultures que convoque une surprenante hiérarchie d’outils
Et convoquent dans le vent les mugissements,
les eaux avec leur sourde antiquité !
Maïs quaternaires, aux anniversaires opposés,
J’entends par mes pieds comme ils s’éloignent,
Je sens l’odeur de leur retour quand la terre
trébuche contre la technique du ciel !
Molécule ex abrupto ! Atome lustré !
Oh campagnes humaines !
Solaire et nourricière absence de la mer,
Et sentiment océanique de tout!
Oh climats contraires, au cœur de l’or, diligents!
Oh champs intellectuels de cordillère,
avec religion, champs, flamboyants en fleur!
Pachydermes en prose quand ils passent
et en vers quand ils s’arrêtent!
Rongeurs qui regardent à la ronde avec un sentiment judiciaire!
Oh ânes patriotiques de ma vie!
Vigogne descendante nationale et gracieuse de mon singe !
Oh lumière que sépare à peine un miroir de l’ombre!
qui est vie sur le point, et sur la ligne, poussière
et que je respecte pour cela, en remontant vers ma carcasse par l’idée !
Moisson à l’époque du mollé dilaté,
de la lanterne qu’ils ont pendue à leur tempe
et de celle qu’ils ont dépendue de la pioche splendide !
Anges de basse-cour,
volaille par inadvertance de la crête !
Cochons d’inde à manger frits
avec le rude piment des vallées !
(Des condors ? Les condors me barbent !)
Branches chrétiennes pour rendre grâce
au tronc heureux et au rameau compétent !
Famille des lichens,
espèces en formation basaltique que moi
je respecte
depuis ce très modeste feuillet !
Quatre opérations, je vous soustrais
pour sauver le chêne et le planter comme il se doit!
Côtes en flagrant délit !
Ongulés en larmes, mes chères âmes !
Sierra de mon Pérou, Pérou du monde,
et Pérou au pied de l’orbe ; moi j’adhère !
Étoiles matinales si je vous encense
en brûlant des feuilles de coca dans mon crâne,
et zénithales, si je découvre,
d’un seul coup de chapeau, mes dix temples !
Bras de semailles, descends et à pied !
Pluie à base de midi,
sous le toit de tuiles où mord
l’inlassable altitude
et où la tourterelle coupe en trois son trille !
Rotation d’après-midi modernes
et de fines aurores archéologiques !
Indien d’après l’homme et d’avant lui !
Je comprends tout avec deux flûtes
et je me fais comprendre avec une quena !
Et pour le reste, je m’en bats l’œil!