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Vie de La Brochure
18 novembre 2022

Le camp du Vernet sur le Midi socialiste

20 avril 1939

Après la présentation idyllique du camp par La Dépêche voici un témoignage sur le Midi socialiste. J-P Damaggio

Midi socialiste 20 avril 1939

Le secrétaire de la section socialiste de La Bastide-de-Sérou a reçu d’un groupe de réfugiés espagnols hospitalisée au camp du Vernet la lettre suivante. Nos lecteurs ne la liront pas sans frémir de dégoût et de pitié, car ils verront qu’à l’encontre des affirmations de « La Dépêche », le camp du Vernet est non seulement privé des plus élémentaires principes de propreté et d’hygiène, mais qu’il y règne un véritable foyer de putréfaction. Quelle honte de laisser des enfants, des femmes, des hommes, des vivants, les pieds dans l’eau, couverts de vermine, manquant de tout le nécessaire, harponnés par la faim, parqués dans un espace exiguë « pire que des bêtes ». A la lecture de ces lignes lamentables, véritable cri de détresse d’une centaine de malheureux, la raison s’affole, le cœur se serre et on n’est pas fier d’être français. N. D. L. R,

« Chers camarades socialistes Bastidiens,

Tout d’abord nous désirons vous exprimer en ces quelques mots la reconnaissance que nous éprouvons envers vous, en particulier envers le président et le secrétaire de la section, sans oublier les nombreux camarades qui se sont si bien comportés envers nous, pauvres réfugiés espagnols. Il est impossible d’exprimer par des mots combien nous sommes contents de vous. Et maintenant, plus que jamais, nous avons une excellente occasion d’apprécier ce que vous avez fait pour nous et le bien-être que nous avons éprouvé au cours de ces deux derniers mois, grâce à vous. Nous ne l’oublions pas et nous ne l’oublierons jamais, si nombreux que soient les ans écoulés.

Je vous le dis chers amis, maintenant nous connaissons ce que c’est que de souffrir et cela bien que nous soyons arrivés à un bon moment ; en effet, il y a ici des baraquements pour tous et, pour passer la nuit, ces baraquements sont couverts et nous ne pouvons pas nous plaindre. Mais, malgré cet avantage, il existe un inconvénient — et que les autres déclarent être habitués à supporter — les piqûres de la vermine, ou des «totos » comme vous les appelez. Il y a seulement quatre jours que nous sommes là, et je vous le dis en toute franchise, et sans honte, nous sommes couverts de vermine jusqu’aux yeux, ainsi que tous ceux qui sont au camp, car il est impossible de remédier à cet inconvénient dû aux mauvaises conditions dans lesquelles nous nous trouvons : 10.000 hommes dans un espace d’un peu plus d’un kilomètre carré ! Il est impossible de circuler à cause des mares d’eau corrompue et de la boue.

Mais s’il n’y avait que cela, passe encore ; mais en ce qui concerne la nourriture, c’est la pire des choses que l’on puisse imaginer : en effet, lorsqu’on nous prépare des pommes de terre, on nous donne un vase d’eau pure avec un vague goût de pommes de terre, et lorsqu’il y a des lentilles, c’est la même chose, et ainsi de suite ; on ne nous donne plus rien après cela. En un mot, c’est une honte la manière dont on agit envers nous. Je ne sais comment le gouvernement français permet une chose pareille ; tous maudissent avec raison la France et les Français, car je voudrais que vous voyez les visages tristes des affamés qui se battent entre eux pour un peu d’eau trouble et vendent les quelques objets ou vêtements qui leur restent à n’importe quel prix pour pouvoir aller à la cantine acheter du pain.

Nous sommes pires que des bêtes. De nous autres il en meurt trois ou quatre par jour. Maintenant, on nous a dit que le gouvernement français a décidé de nous employer aux industries de guerre et à cet effet, il constituera des équipes de travail. Tous nous serons très heureux de pouvoir nous évader de cet enfer. « Je ne vous en dis pas plus long pour aujourd’hui et je vous renouvelle mes remerciements pour tous, et bons souvenirs à tous les camarades socialistes, et en particulier à la Section de La Bastide.

Un groupe de réfugiés.

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