Le camp du Vernet sur le Midi socialiste suite
Cet article du journal est moins sévère que le suivant tout en étant bien différent de celui de La Dépêche. J-P Damaggio
Midi socialiste 1 mars 1939
ARRIVEE DE MILICIENS. — Environ 3.000 miliciens ont débarqué ces derniers jours en gare du Vernet d’Ariège, venant des Pyrénées-Orientales. Le plus fort contingent est cantonné à l’ancien camp du Vernet hâtivement aménagé. Le restant a été dirigé sur Mazères, où une ancienne briqueterie leur servira de refuge. Nous ne nous étendrons pas davantage sur la situation lamentable de ces pauvres gens qui acceptent la misère de l’exil et la déchéance qu’entraine l’internement dans un camp de concentration, plutôt que de se soumettre aux ordres du bourreau de Burgos. Ce que nous constatons avec peine, c’est qu’une certaine presse pourrie arrive par le mensonge et la calomnie à les faire considérer comme des criminels qui auraient commis les pires méfaits en territoire républicain. Cette propagande, répétée chaque jour, et répandue un peu partout, arrive a émouvoir une partie de l’opinion qui paraît retirer sa sympathie aux malheureux combattants de la Liberté. L’adversité du sort n’ayant pas suffi, il faut que la calomnie vienne les accabler encore un peu plus. Voudrait-on nous faire croire que les maures et les italo-allemands au service du général félon étaient des agneaux et des petits saints. Il nous est très difficile de l’admettre. Qui a mené la guerre avec le plus de cruauté, si ce n’est le parti franquiste ! Si les républicains l’avaient menée dans les mêmes conditions, peut- être les rôles seraient-ils renversés aujourd’hui. « On n’humanise pas la guerre », a dit un célèbre homme politique. Les événements confirment bien cette pensée. Faire du sentiment avec des brutes, on risque d’en être victimes. La situation des républicains d’Espagne nous en donne une idée.
Ayant réussi à pénétrer dans les divers camps du Vernet et de Mazères, il nous a été possible de constater les soins de propreté qui sont aussitôt donnés aux combattants aujourd’hui désarmés. Une toilette complète leur ait faite. Des douches leur sont données ; désinfection du linge ; taille des cheveux etc. ect. Une nourriture saine leur est servie. Il manque encore un peu de confort dans l’aménagement des locaux, mais, petit à petit, cela s’améliore. Nous avons pu constater aussi que les gardes mobiles les traitent un peu plus humainement que l’armée active et surtout les officiers qui les regardaient avec dédain. Un capitaine en parlant d’eux ne les appelle que les « salopards ». Triste mentalité qui nous a écœurés. Sait-il, ce « trois ficelles » ce que l’avenir lui réservé ? Sachez, M. le Capitaine, que ces « salopards » que vous méprisez ont toute notre sympathie et que les «cagoulards » dont vous devez être sorti, ont tout notre mépris.
Nous aimerions aussi qu’une certaine propagande ne soit pas tentée parmi ces malheureux en ce qui concerne leurs opinions et que l’on ne leur inflige pas le supplice de la lecture de certains journaux qui les insultent grossièrement, tels que « La Garonne », comme cela a été fait à Mazères. C’est plus qu’une honte ; c’est de la provocation. Le dire, suffira, espérons-le, pour faire cesser un tel scandale. — C. T