Lasch Castoriadis Michéa : l’homme nouveau
A la fin des années 1980 je discutais souvent avec un vieux communiste pour qui l’URSS était devenue indestructible grâce à l’invention de l’homme nouveau. Je lui demandais : quel homme nouveau ? et je restait sceptique car je doutais du principe même, sans imaginer qu’au même moment le capitalisme mettait en œuvre la naissance… d’un homme nouveau ! Et c’est ce que démontre le livre des trois chercheurs, Lasch, Castoriadis, Michéa.
J’aurais dû prendre conscience du phénomène car passionné par les questions agricoles j’avais découvert l’impossible : une agriculture hors-sol ! Et l’agriculture est le domaine qui annonce le mieux l’avenir ! Mais revenons à l’homme.
Celui qui lance le débat entre Lasch et Castoriadis indique de suite :
« Dans un monde fait d’étrangers, nous avons tendance à nous replier de plus en plus sur la famille, le foyer, ce havre qui nous protège d’un monde impitoyable».
L’homme hors-sol est l’homme étranger à l’homme, et la question est optimiste car la famille est elle-même dégradée. Je n’entends pas par famille, ce lieu de l’entente cordiale, mais ce lieu où les disputes font la vie elle-même or les conditions de vie font qu’elle est souvent éclatée, explosée, éparpillée et les disputes deviennent donc impossibles. La famille c’est comme la nation, un autre moyen pour éviter l’homme hors-sol, une communauté où on peut se déchirer ce qui fait la communauté, mais sur fond d’histoire commune. Et là on tombe aussitôt sur les mots, commune, communauté qu’il ne faut pas confondre avec communautarisme. Le communautarisme c’est la communauté des mêmes (ce qui ceci est une illusion) or le principe d’une communauté réelle consiste à rassembler les différences. Et on tombe aussitôt sur les différences qui vont être célébrées non en tant que différence mais en tant qu’exclusions ! Or c’est en tant que différents qu’on forme du commun et non des sectes ! Car c’est à ça qu’on arrive : à force de se retrouver entre soi on finit par célébrer les sectes le lieu où l’homme disparait puisqu’il ne vit que sous influence ! Ainsi l’homme nouveau existe puisqu’il est pris entre le néant (hors-sol) et le non-être (la secte).
Le capitalisme a eu besoin de cet homme nouveau pour échapper au risque révolutionnaire. Tout le XIXème siècle a consisté à créer du commun et le XXème par les partis politiques, les syndicats, les fédérations sportives etc. a mis en œuvre cette force révolutionnaire. Tout le monde n’allait pas dans le même sens mais tout le monde pensait au sens de l’histoire. Je pense à une Fédération que j’ai bien connu, la Fédération des œuvres laïques qui comme toutes les fédérations s’est réduite à des organisations locales. Et je pense au corporatisme des instituteurs qui créa tant de choses de la MGEN à la MAIF. Le corporatisme a été dénigré parfois inconsciemment… au bénéfice du capitalisme nouveau. Ce capitalisme ne pouvait d’ailleurs être nouveau que par ce soutien inconscient d’actions de gauche quand auparavant il était un enfant de la droite.
Lasch va pouvoir dire : « Comme si la vie de tous les jours était si problématique et le monde si menaçant qu’on ne pouvait espérer, au mieux, pour s’en sortir que de vivre au jour le jour. »
Et Castoriadis de compléter : « Personne n’est partie prenante d’un horizon de temps public. »
Le Grand soir n’était pas la solution mais le capitalisme comme seul avenir non plus ! Et d’ailleurs le capitalisme n’est même plus un horizon public quand la vie est au jour le jour. Pas seulement celle du clochard dans la rue mais celle de tous. D’où souvent la haine du fonctionnaire qui a un statut pour la vie !
Il n’existe plus d’espace public et la fermeture de la Maison du Peuple à Montauban en est un bel exemple. Sa création fut exactement le témoignage de cet homme ancien qui petit à petit s’est rétréci. Oui mais il y a l’Ancien collège à la place ! D’un lieu de luttes on passe à un lieu de consommations !
Le solide fait place au futile. Le durable à l’éphémère.
La place publique a laissé la place à la télévision sauf que la télévision a pu produire d’abord du solide tellement elle était sous l’influence de l’ancien monde, mais à présent une info chasse l’autre, l’éphémère est la règle !
L'homme ancien avait plus consciences dont celle du travail bien fait. Que lui reste-til ? Que nous reste-t-il car personne n'échappe à son emprise ! J-P Damaggio.
