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Vie de La Brochure
5 décembre 2022

Le Tarn-et-Garonne agricole en 1916

Paris-Midi 28 novembre 1916

A TRAVERS LES CHAMBRES DE COMMERCE

Montauban et Tarn-et-Garonne

La grande culture fruitière

Labourage et pâturage constituent effectivement les deux mamelles du Tarn-et-Garonne. Le département gascon est, en effet, fort arriéré en, matière industrielle. On doit à la vérité de reconnaître que les matières premières y sont rares ; le combustible minéral y fait totalement défaut ; et l'industrie extractive n'y était guère représentée avant la guerre que par des carrières de phosphates de chaux et de schistes dans les cantons de Caylus, Caussade et Saint-Antonin, de pierres lithographiques à Saint-Antonin, de pierres de taille dans les mêmes régions, de gypse à Lavit, Mansonville et Varen, et d'argiles à Montech, Grisolles, Ardus et Beaumont-de-Lomagne. Les hostilités ont considérablement réduit l'activité de ces exploitations, dont la plupart ont été abandonnées.

Mais la population du Tarn-et-Garonne avait su développer avant les hostilités une importante culture de céréales et de fruits. Les terres labourables occupent dans le département 224.000 hectares, sur une superficie totale do 372 000 hectares. La surface emblavée, qui représentait 80.000 hectares, a tendu à diminuer depuis deux ans, par suite de la raréfaction de la main-d'œuvre. Par contre, on a pu relever un accroissement des cultures d'avoine (jadis 22 à 25.000 hectares) corrélatif aux cours de ce produit.

Les cultures de maïs (18 à 20.000 hectares en période normale), qui exigent des façons suivies et des soins particuliers, dénotent -une réduction d'environ 15 % de la surface plantée. Quant à la vigne, qui couvre 30.000 hectares, répartis, sur tout le département, elle a beaucoup souffert, depuis le conflit, du manque de vignerons, des intempéries et de maladies répétées.

La récolte de 1915 avait été pitoyable, celle de 1916 est faible. Aussi quelques vignobles ont-ils été délaissés par leurs propriétaires.

Cette crise a été d'autant plus douloureuse pour la population que la plupart des fermiers cultivent la vigne uniquement pour les besoins de leur consommation. Les territoires compris entre le Tarn-et-Garonne et l'arrondissement de Moissac seuls exportent des vins au dehors.

Depuis quelques années, le département du Tarn-et-Garonne avait largement diffusé la culture des raisins de table. Les chasselas de Montauban, Lavilledieu, Moissac, Valence-d'Agen, la Magistère, Caze Mondenard, non seulement avaient acquis le droit de figurer sur les tables de la capitale, mais l'exportation en Allemagne en était en progrès constants. Cette exportation a naturellement disparu. Mais cette culture étant pratiquée par de petits propriétaires a été poursuivie par les habitants restés à leur foyer, et le Tarn-et-Garonne a continué d'approvisionner la capitale. En saison, Moissac a expédié 6 à 7 wagons par jour, contre 15 ou 16 en temps de paix.

Une légère réduction a été constaté également dans la production des fraises, qui était assurée sur une large échelle par les communes de Moissac, Fonneuve, Montauban, Albias. Des tentatives faites pour alimenter l'Angleterre comme par le passé ont donné des résultats désastreux du fait de l'irrégularité des transports. Les autres cultures fruitières, concernant la cerise, la pomme, la pêche, ont été affectées par l'inclémence de la température. L'année 1915 avait donné une récolte très médiocre, et en 1916 des coups de vent ont dépouillé les arbres d'une partie de leurs fleurs.

Néanmoins Montaigu, Bourg-de-Visa, Lauzerte ont pu fournir Agen de prunes d'ente.

La culture maraîchère a été plus favorisée. Les vallées du Tarn et de l'Aveyron, et plus particulièrement les environs de Montauban et Moissac, envoyaient à Paris un tonnage élevé de pois, d'asperges, d'artichauts. La guerre, en privant les jardins de nombreux ouvriers, a réduit les expéditions, sans toutefois, causer à l'horticulture un dommage considérable, les hauts prix de la marchandise ayant compensé le déficit.

D'un autre côté, on a développé la culture des cornichons, très rémunératrice, et dont les fruits sont réclamés par les fabriques de conserves de Toulouse et Bordeaux.

Nous observons que le Tarn-et-Garonne ne produit de pommes de terre et de betteraves que pour la consommation locale. Ces cultures ont donc été médiocrement influencées par les événements.

De même, l'élevage a beaucoup moins souffert que dans le Lot. Le troupeau bovin n'a pas diminué (100.000 têtes), les réquisitions ayant été modérées et en rapport avec les ressources locales. Le troupeau ovin était en baisse avant le conflit, faute de bergers. Aussi les Causses voyaient-elles péricliter leur élevage de moutons. Depuis deux ans, le nombre de têtes n'a pas beaucoup varié, nombre de propriétaires ayant fait de l'engraissement de bêtes en provenance du dehors.

Mais les porcs sont de plus en plus rares, et les volailles, richesse du pays accusent une réduction élevée, les femmes s'adonnant au labourage et n'ayant plus le loisir de leur consacrer une partie de leurs journées.

La production des fourrages — le département compte 50,000 hectares de prés — s'était puissamment développé avant les hostilités. On exportait normalement 400.000 à 500.000 quintaux de foin. Des années pluvieuses ont favorisé cette production, dont l'Intendance ; fait son profit.

Nous ne devons pas oublier que le Tarn-et-Garonne approvisionne l'industrie des conserves de truffes appréciées provenant des cantons de Caussade, Montpezat, Caylus et Saint-Antonin, et que la culture du peuplier avait pris une notable extension dans la vallée de la Garonne.

Les rares industries du pays procèdent toutes de l'agriculture. Montauban, Albias, Moissac, Castelsarrazin possèdent des minoteries dont l'activité a été plutôt restreinte par les hostilités. La brasserie de Montauban a travaillé normalement. La scierie et la filature de soie de Montauban n'ont pas cessé leurs opérations. Les fabriques de conserves de Moissac et Montauban ont préparé des viandes pour l'armée ; la confiturerie montalbanaise, au contraire, a végété.

Mais le Tarn-et-Garonne ne compte, en fait, qu'un seul grand établissement manufacturier : l'usine de métaux de Castelsarrasin. Celle-ci a été agrandie à plusieurs reprises pour les besoins militaires, et l'on peut augurer que son développement préludera à la rénovation industrielle d'une région qui aurait besoin de se moderniser.

Jean-Jacques

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