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Vie de La Brochure
3 janvier 2023

1972 Angela Davis libre !

free angela

Ce fut ma premièrte bataille politique et elle fut victorieuse. Car telles étaient les années 70 ? L'article dit : " ils étaient sans doute sincères, ces jeunes rencontrés dans le métro, un dimanche d’automne 71" et j'étais parmi eux. Premier voyage à Paris. On était parti tard le samedi soir en bus de Montauban avec les copains de Toulouse et en arrivant nous avons été réquisitionnés pour frapper aux portes de la cité universitaire afin d'appeler au soutien de la manif et à la souscription. N'est-il pas ironique de constater qu'ensuite Reagan deviendra président des USA ? Et quant à Angela elle est restée communiste à sa façon, une façon qui n'est pas la mienne, mais c'est une autre histoire. Quant au propos de la revue Esprit il est dans le ton de la revue. JPD. 

J'ai publié son premier cours

Angela sur l'Humanité en 1983

Elle est présente dans mon livre 101 femmes

Esprit juillet 1972

ANGELA DAVIS. — Ainsi donc, Angela Davis est libre. Acquittée, et à l’unanimité du jury ! Qui ne s’en réjouirait ? Mais cette joie ne se mélange-t-elle pas d’un sentiment d’incompréhension, voire de doute ? Car enfin, quoi ! c’est presque incroyable. Comment imaginer, voilà un mois, la militante noire sortant victorieuse de ce combat douteux? N’avait- elle pas elle-même annoncé qu’elle ne se faisait aucune illusion sur le sort qui l’attendait ?

Tout semblait en effet se liguer contre elle. Elle était accusée de complicité d’enlèvement et de meurtre : la tentative d’évasion manquée du tribunal de San-Marin avait fait quatre morts, et Angela avait, paraît-il, fourni des armes. Par ailleurs, son appartenance au P.C. américain avait de quoi indisposer les jurés, dont aucun n’était noir. Enfin la Californie compte à son actif, outre le feu d’artifice de Watts en 1965 (35 morts, 1032 blessés, 40 millions de dollars de dégâts), et les Panthères Noires (nées en 1966, à Oakland, des brutalités policières), un cow-boy devenu gouverneur, «Mickey-Mouse» Reagan, dont les vitupérations racistes n’ont rien à envier à celle de son «infortuné» collègue George Wallace.

Eh bien, malgré ce contexte peu prometteur, pas de martyre ! Angela est libre.

 Et ce bon Monsieur Ferniot de nous expliquer que cet acquittement est le fait d’une sorte de crise de conscience du peuple américain, hanté par le souvenir des anarchistes Sacco et Vanzetti, légalement assassinés à Boston en 1927. Peut être, mais on casse encore du nègre — discrètement — sur les routes de Mississippi ou dans les commissariats des ghettos. N’aurait-il pas été plus vrai de reconnaître que c’était bien gênant de condamner au vu et au su du monde entier une belle fille, lucide, intelligente et combative, à partir de laquelle certains fabriquaient déjà une cause célèbre ?

Notons au passage que le procès est loin d’avoir fait la lumière sur les morts violentes qui en sont l’origine. La fusillade de San-Marin ? Tout semble indiquer que ce sont les flics qui ont ouvert le feu, sans se soucier des otages. Quant à George Jackson, les autorités de la prison de Soledad soutiennent toujours la thèse de la tentative d’évasion, mais après l’affaire d’Attica, des langues se sont déliées : Jackson aurait été abattu de sang-froid par un gardien.

L’accusation avait du reste choisi un bien curieux terrain pour porter son attaque — Angela était amoureuse de George ; elle n’a pas agi par conviction politique ! L’argumentation n’a pas convaincu le jury : elle est libre. Et l’Humanité de claironner : « La solidarité des progressistes, la solidarité internationale ont été payantes. » Au niveau des faits, c’est vrai. Mais il est des appropriations qui vous font grincer des dents. Certes, ils étaient sans doute sincères, ces jeunes rencontrés dans le métro, un dimanche d’automne 71, en route pour le grand meeting de la Nation, mais leur chef de groupe ne leur avait pas parlé de Grigorenko, de Daniel et de Siniavski... Il se trouve parfois de curieuses rosières pour mener la procession des Enfants de Marie.

Eh oui! Elle est libre! Tout comme est libre Huey Newton à propos de qui le président de Yale, Kingman Brewster, déclarait qu’ « aucun révolutionnaire noir ne peut s’attendre, aux Etats- Unis, à un jugement impartial ».

Ces libérations témoignent peut-être en faveur du libéralisme américain. Encore n’en faut-il pas exagérer la signification : une Angela inconnue et seule n’aurait pas valu la corde pour la pendre.

J.-C. B.

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