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Vie de La Brochure
9 janvier 2023

Rugby à XIII : Jean Galia le Catalan qui l'installe en France

Galia

Voici un article qui présente le cas de ce Catalan peu ordinaire puisqu’il est à la fois un champion de Boxe et de Rugby. Le premier article date de 1929 quand il n’y a qu’un seul rugby en France. Puis un article ensuite de 1934 quand débute en 1935 le passage au rugby à XIII. J-P Damaggio

Miroir des Sports 23 avril 1929

GRANDE a été la surprise des amateurs de rugby, de ceux qui suivent avec intérêt les évolutions de notre équipe nationale, quand ils virent, mercredi dernier, l'un de ses plus brillants représentants, Galia, s'attribuer, au Cirque de Pans, le titre de champion de France de boxe amateurs, poids lourds. C'est que rien ne les préparait à cette éventualité : chacun savait, en effet, que Galia était un Méridional épris de rugby, consacrant tous ses loisirs à son sport préféré et très attaché à ses occupations professionnelles de commerçant en primeurs. En plus, l'humeur paisible qu'on lui connaît ne semblait pas le destiner à un sport aussi combatif que la boxe.

Mais Galia est un athlète aux vocations subites : en 1926, il se mit à pratiquer le rugby ; à la fin de l'année, il était international militaire et, la saison suivante, il figurait dans l'équipe de France. Au mois de février dernier, Galia est poussé à essayer ses possibilités dans le sport, inconnu pour lui, de la boxe ; deux mois après, il enlevait le titre de champion poids lourds amateurs.

Evidemment, de pareils succès indiquent, chez lui, des dons athlétiques remarquables en même temps qu'un esprit clair et une ferme volonté. En fait, l'homme se présente avantageusement : mesurant 1 m. 80, Galia pèse 85 kilogrammes ; malgré ce poids en apparence disproportionné avec sa taille, Galia ne laisse apparaître aucune trace de graisse inutile. Son visage est maigre, sa tête menue sur des épaules larges et carrées. Les bras solides, les mains rudes, les jambes fortes et longues, les muscles saillants, Galia est le type de l'athlète respirant la santé à pleins poumons.

La facilité de sa vie, toujours agréable, exempte de soucis de toute sorte, est, sans doute, pour beaucoup dans la richesse de sa santé et dans sa confiance de tous les instants. Jean Galia vit le jour le 24 avril 1905. dans un bourg des Pyrénées-Orientales, Ille-sur-Têt. distant de 25 kilomètres à peine de Perpignan. Ses parents s'occupaient d'exportation de primeurs, et la situation florissante de leur entreprise valut à leur fils une jeunesse heureuse, pleine de quiétude. Bientôt, d'ailleurs, Jean vient en aide à ses parents. Le métier passionne Galia ; parlez-lui de son pays, des primeurs, de son travail, aussitôt ses petits yeux pétillent. Galia parle avec abondance de la richesse du pays, de ses exportations de primeurs en Allemagne,* en Algérie, de ses livraisons à la France entière. Il cite des chiffres, parle de millions de pommes, sans être gêné par l'énormité des chiffres qu'il avance.

C'est seulement lorsqu'il fut enrôlé au 9C régiment d'aérostiers, en 1925, à Toulouse, qu'il s'intéressa aux compétitions sportives. Ses dons naturels, ses aptitudes attirèrent l'attention de ses camarades, et l'idée de faire partie de l'équipe de rugby du régiment ne lui répugna pas. Il s'adonna avec plaisir à ce jeu nouveau pour lui et le fit avec tant de succès qu'il figurait, l'année même, dans l'équipe de France militaire. Entre temps, il pratiqua, toute la saison, au T. O. E. C., où il connut les bienfaits de la rude école toulousaine. Démobilisé, Galia s'empressa de revenir au foyer paternel à Ille-sur-Têt, pour reprendre ses occupations interrompues toute une année.

Mais, ayant goûté au rugby, à ses joies, à ses divertissements, à ses passions, Galia ne voulut pas rester inactif ; bientôt, il s'enrôla dans l'équipe de Quillan, en pleine formation à ce moment-là et où l'attiraient de solides sympathies. Au contact de ses nouveaux partenaires, animé de la même foi, désireux d'imposer le « quinze » quillanais, avec la même volonté, Galia fit des progrès tellement rapides qu'il connaissait, l'année même, les honneurs de la sélection nationale. Il figura, en effet, le 2 avril 1927 dans l'équipe française qui triompha de l'équipe d'Angleterre par 3 à 0. Galia joua dans l'équipe de France, l'année suivante, sans interruption. Cette saison, le Quillanais fit partie de l'équipe qui se heurta à l'Irlande le 31 décembre ; blessé au cours du match, Galia n'est réapparu dans l'équipe nationale que 1er avril dernier, en face de l'Angleterre. Beaucoup le considèrent comme le meilleur élément de la ligne d'avants de l'équipe de France ; en fait, ses performances sont variables ; nous l'avons vu, l'an dernier, à Twickenham, fournir une partie remarquable, allant jusqu'à surclasser partenaires et adversaires.

Le 1er avril dernier, il fournit un match beaucoup plus sobre. Dans son club, il semble être le point de ralliement autour duquel se groupent les coéquipiers du paquet d'avants. Sa manière est variable : bondissant à la touche, il happe le plus souvent le ballon avec dextérité, fonce de toute sa puissance, perce la défense adverse et sert avec à-propos l'un des partenaires qui l'a suivi dans son attaque. D'autres fois, jugeant la défense impénétrable, il contourne le paquet et lance les lignes arrière avec sûreté. Dans le jeu ouvert, il court infatigablement, et ses interventions puissantes, massives, créent toujours une phase offensive dangereuse pour l'adversaire joueur complet, il allie à son talent de distributeur de jeu celui de réalisateur.

Par ailleurs, il serait excessif de prétendre que le boxeur vaut le joueur de rugby ! Il est vrai qli jeune dans ce sport, sans expérience, Galia figure de débutant et il ne saurait prétendre à succession de Carpentier ! Mais le championnat qu'il vient de remporter dénote une adaptation prompte et non sans mérite. Au mois de février, Galia se risqua à boxer, s'entraînant tant bien que mal dans un modeste club, le Ring Olympique Perpignanais, sous la direction d'un ami dévoué, M. Malart. Malheureusement, ses adversaires sont tous des poids légers et l'on conçoit que le novice ne puisse s'initier" rapidement à toutes les finesses de la boxe.

Pourtant il remporta aisément le championnat du Midi, en battant par knock-out, au premier round, son adversaire, Belleville. Fort de sa victoire, Galia vient à Paris disputer le titre national. Son premier combat est un succès, puisqu'il contraint — sans avoir été touché lui-même — son lourd adversaire, Soleil, champion du Sud-Ouest, à abandonner dès le premier round. Ainsi qualifié pour la finale, Galia enlève le titre de champion de France sur Nicolas, champion de Paris, qu'il défait aux points. A vrai dire, son combat ne fut pas, ce jour-là, une démonstration de la boxe la plus savante. Procédant par swings larges, mais sans précision, Galia use surtout de sa force, de sa puissance. Sa résistance est certainement considérable, mais il manque encore au Quillanais la parade des coups, la variété dans l'offensive, que procure une longue pratique. Galia ne désespère pas de s'améliorer. Guidé par les conseils de son manager, M. Ramis, il songe à améliorer son style et à se perfectionner dans ce nouveau sport. Mais ce sont là velléités plutôt que ferme volonté. Galia, pris par ses affaires, passionné de rugby, n'aura guère de possibilités pour poursuivre plus loin sa carrière de boxeur !

Aimant le sport pour les plaisirs sains qu'il procure, Galia renoncera à passer dans le rang des boxeurs professionnels, où sa tâche serait rude, ses succès aléatoires ! Le Méridional restera attaché à son bourg d'Ille arrosé par le Têt ; il demeurera fidèle à ses occupations, qu'il n'abandonnera que pour se livrer aux joies d’un match de rugby au milieu de ses amis de l'U. S. Quillan, ou pour goûter aux plaisirs de la nage à Canet-les-Bains, dans l'eau bleue de la Méditerranée. M. L.

Midi Olympique 8 janvier 1934

Jean Galia, vingt fois international (annuaire 1934 de la F.F.R.) vient de quitter la Fédération. Il  a donné sa démission et, redevenu libre, il va organiser le rugby professionnel français.

Il faut voir dans cette décision un geste d’exaspération causé par une mesure coercitive déplorable et par la persistance de cette décision dont la nature même indiquait le sens provisoire; retrait momentané du permis de jouer. Jean Galia s’est trouvé à Paris au moment où l’on a organisé le premier match de rugby à treize. Il a été pris dans l’atmosphère d’enthousiasme qui a marqué cette création (tout nouveau, tout beau). Il a dû être saisi avant ou après le match d’offres diverses. Sa rancœur personnelle a fait le reste.

Désormais la F.F.R. va trouver devant elle la concurrence. Nous savons bien que du jour au lendemain la nouvelle organisation professionnelle ne pourra pas lutter à armes égales avec la puissante Fédération Française, membre de cette Fédération Internationale qui a inscrit dans son titre le mot amateur. Mais le rugby professionnel, s’il ne fait son chemin, sera partout redoutable parce que les joueurs pourront faire pression sur les clubs avec des moyens beaucoup plus puissants que ceux qu’ils emploient actuellement. Quand un joueur quittera la F .F.R. pour la Fédération professionnelle, ils n’aura pas de loi de deux ans à redouter. Il pourra jouer tout de suite. Ce sont toujours les joueurs reconnus indispensables et de grande qualité qui soutirent tout ce qu’ils peuvent de la faiblesse de leurs dirigeants.

Ce sont ceux-là qui les menaceront de leur départ chez les professionnels. Cette menace va se démontrer particulièrement sérieuse dans les jours à venir, puisque la création de l’organisation professionnelle coïncidera avec les matches capitaux du challenge Du Manoir et du championnat de France. Il faut donc aviser et au plus vite. Voici que se pose à nouveau la question d’une amnistie générale dont nous entretenons nos lecteurs pour la troisième fois en peu de temps. Si la F.F.R. avait estimé qu’une seule année de suspension pour Galia c’était suffisant, le capitaine de Villeneuve serait, à l’heure actuelle, à la tête de sa chère équipe. II aurait probablement commandé celle de France dans le match contre l’Allemagne. C’est dire qu’il ne lui aurait pas été possible d’apporter au mouvement professionnel l’appui de son incontestable autorité.

Des cas Galia, les dossiers de la F.F.R. en regorgent. Il nous semble qu’il serait opportun de rendre leur activité à des gens qui, de toute façon, s’ils ont vraiment péché, n’ont eu que le tort de se laisser prendre. Car les membres du Bureau de la F.F.R., comme ceux de la Commission de discipline, savent parfaitement à quoi s’en tenir sur les agissements des joueurs. Puisque le mal a été déclaré incurable par les médecins qui le soignent ou plutôt qui font semblant de le soigner, il nous semble qu’on pourrait éviter de renforcer les rangs des professionnels en laissant partir une série de bons joueurs qu’une simple licence n°1 conserverait au rugby fédéral.

Nous savons très bien qu’il est délicat pour des dirigeants de faire semblant de suivre des directives recommandées par les journaux. Et pourtant les dirigeants n’ont pas le monopole de la sagesse, ils sont faibles comme nous tous, et c’est précisément cette faiblesse qui les empêche d’écouter d’excellents avis dont l’acceptation pourrait ! contrarier leur précieux amour-propre. De ceci peu nous importe. Nous serons toujours placés aux heures de confusion pour contempler le désastre. (Il en fut ainsi lorsque se créa la scission de l’U. F.R.A. que quelques concessions faites à certains Méridionaux eussent évitée.) Mais alors il sera cependant trop tard et pendant longtemps il faudra subir les conséquences de cette négligence comme nous avons subi et subissons encore le poids de la guerre contre l'U.F.R.A.

Ceci dit et passant, une fois n’est pas coutume, du général au particulier, nous en revenons à l’affaire Noguères. Jean Galia étant passé avec armes et bagages dans les rangs de l’armée professionnelle du rugby, va-t-on conserver sur la- touche le joueur Noguères contre qui la sévère Commission de Discipline de la F.F.R. n’a rien relevé et à qui elle a solennellement délivré une licence n° 1 sur laquelle le Bureau de la F.F.R. a aussitôt mis l’embargo. Aujourd’hui, plus rien ne s’oppose à ce qu’on en finisse avec l’affaire dite Noguères. Il faut que Noguères joue à l’U.S.A.P. parce que de cette façon plus rien ne subsistera de ce qui fut un des tout derniers (souhaitons que ce soit le dernier) des scandales sportifs de ces derniers temps. On devrait le comprendre en haut lieu.

DES NOMS ?... PAS AVANT LE 15 FEVRIER, PRECISE GALIA

Il a été publié dans plusieurs journaux — et nous l’avons indiqué ici même — une « liste probable » de joueurs qui auraient consenti à faire partie du team de rugby à treize que compose l’ancien international Jean Galia. Celui-ci nous envoie une protestation énergique :

« Tout cela est faux, nous écrit-il ; que Servole, Choy, Coderc, Griffart aient démenti avoir donné leur adhésion, c’est d’autant plus naturel qu’ils ne se trouvaient sur cette liste fantaisiste que grâce à l’imagination de quelqu’un de vos confrères. Du reste on peut être certain que, s’il y a des joueurs qui se sont engagés vis-à-vis de moi, leurs noms ne seront connus avant le 15 février, date où sera réunie l’équipe. Toute publication de liste qui contiendrait des noms de joueurs non suspendus ne peut être qu’une manœuvre. »

Jean Galia ajoute que, avec les adhésions qu’il a reçues déjà, il peut former une très belle équipe, capable de donner la réplique aux clubs anglais. Il se défend aussi contre l’accusation de professionnalisme intégral portée contre son entreprise de formation d’une équipe. Il nous indique que les joueurs n’ont nulle intention d’abandonner leur métier et que les indemnités qu’ils recevront seront en somme qu’un « manque à gagner ».

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