Olympe de Gouges en 1879
Dans le cadre de la préparation d'une conférence sur Olympe de Gouges je fais un bilan de la question en lien avec le Tarn-et-Garonne. J-P Damaggio
Courrier du TetG 10 mai 1879
Ëphémérides Montalbanaises
7 mai 1745. — Naissance d’Olympe de Gouges. Les dictionnaires biographiques publiés récemment, continuent à donner des renseignements fantaisistes sur la naissance, le mariage et la filiation d’Olympe de Gouges, qui, d’après les uns, serait la fille naturelle de Lefranc de Pompignan ou même de Louis XV, et, d’après les autres, aurait été épousée, pour sa beauté, par un vieux traiteur, riche de 60 mille livres de rente. Le Courrier de Tarn-et-Garonne a cependant publié, il y a plusieurs années, des documents communiqués par M. Ferbeyre, qui auraient dû couper court à ces inventions, inspirées par quelques passages des écrits de notre compatriote. En attendant que la Biographie de Tarn-et-Garonne consacre une étude complète à Olympe de Gouges, nous allons résumer, dans une courte éphéméride, les faits les plus intéressants de sa vie, qui fut si agitée.
« Marie Gouze, fille de Pierre Gouze, boucher, et d’Olympe Moisset naquit à Montauban, sur la paroisse Saint-Jacques, le 7 mai 1748; elle se maria le 24 octobre 1765, dans l’église Saint-Jean, avec « Louis-Yves Aubry, officier de bouche de l’intendant de Gourgues. » Du contrat de mariage, retenu par Me Grelleau, il résulte que la future se constitue en dot 1400 livres, et que le futur, originaire de Paris, possède 399 livres 15 sols pour tous biens. Marie Gouze n’avait qu’une éducation très incomplète, mais l’acte de mariage porte sa signature, contrairement à l’opinion des biographes qui prétendent qu’elle ne savait pas écrire. Il est probable que Aubry et sa femme suivirent à Paris M. de Gourgues lorsqu’il fut remplacé à l’intendance de Montauban, en 1773, par M. Terray.
Recherchée dans un certain monde pour son esprit et sa beauté, la femme d’Aubry quitta bientôt le nom de son mari, prit celui de son père, précédé du prénom de sa mère et augmenté d’une particule, et devint Olympe de Gouges. C’est sous ce nom qu’elle envoya, en 1785, au Théâtre Français, une petite comédie, qui lui causa de vifs démêlés avec les comédiens, et mit à l’index toutes ses compositions dramatiques.
Dès que la Révolution éclata, notre compatriote ne laissa guère passer d’événements sans émettre ses idées dans de nombreux pamphlets; elle rêva l’émancipation des femmes, et soutint même qu’ayant le droit de monter à l’échafaud, elles avaient bien le droit de monter à la tribune. Après avoir admiré Necker, elle se montra enthousiaste pour Mirabeau, et organisa une société populaire de tricoteuses. Plus tard, émue de pitié pour Louis XVI, elle prit sa défense, et après la mort du roi attaqua énergiquement le régime de la Terreur. Une brochure politique causa son arrestation au mois de juillet 1793, et le tribunal révolutionnaire l’envoya à l’échafaud le 4 novembre de la même année. « Elle y monta avec courage, dit Michelet, en recommandant à la Patrie sa mémoire et sa vengeance. »
Les ouvrages d’Olympe de Gouges annoncent une féconde imagination et de l’esprit; mais son style laisse beaucoup à désirer. Nous avons réuni la plupart de ses écrits, dont la liste seule dépasserait la place réservée à une éphéméride; nous citerons seulement ses Œuvres, publiées à Paris en 1788, 3 vol. in 8°, qui ne contiennent ni ses pamphlets politiques, ni beaucoup de pièces de circonstance, que nous indiquerons un jour dans une notice bibliographique spéciale, qui suivra sa biographie.
Le fils d Olympe de Gouges, Pierre Aubry, né le 29 août 1766, signait Aubry de Gouze dans une lettre adressée le 2 brumaire an VII, au maire de Montauban, pour demander son acte de naissance. Après être sorti d’une école militaire, il devint lieutenant en 1791, capitaine en 1792 et adjudant général en 1793. Suspendu à cette époque par suite des opinions de sa mère, il reprit son grade à l’armée du Rhin, où il nt grièvement blessé et mis à la réforme. Plus tard, le 1e r consul lui donna le commandement des troupes et stations de la Guyane française, et il mourut à Sinnamary vers 1804. F. N.