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Vie de La Brochure
22 janvier 2023

Lucien Andrieu en 1910

andrieu

Surprise, en cherchant Lucien Andrieu, je retrouve Raoul Verfeuil et un jour je vais retrouver Félix Castan. Cet article fait suite au précédent du même journal ICI. JP D. 

Midi socialiste 6 juin 1910

Lucien ANDRIEU

Notre collaborateur Saincaize a déjà parlé en termes heureux et justes de notre compatriote Lucien Andrieu, l’artiste montalbanais qui exposa l’an dernier à Toulouse quelques-unes de ses œuvres.

Andrieu, revenu dans sa ville natale, fait, ces jours-ci, à Montauban une nouvelle exposition.

Nous avons, à cette occasion, visité son atelier et nous nous en voudrions de ne pas parler aux lecteurs du Midi Socialiste, de cette visite qui fut aussi une sorte de pèlerinage.

Saincaize, dans sa chronique, laissait, pressentir qu’Andrieu, abandonnant provisoirement le pinceau pour l’ébauchoir, arriverait dans l’art sculptural à une maîtrise consommée. Saincaize avait raison. Dans la sculpture aussi bien que dans la peinture, Andrieu est toujours l’artiste probe, consciencieux, fécond et puissant que nous connaissons.

Il joint à une audace qui peut surprendre mais qui est voulue, une conception très personnelle et très exacte, quoique peut-être un peu idéaliste, de la nature qu’il contemple, de l’homme qu’il étudie, et ce mélange de réalisme et de poésie est la preuve indéniable qu’Andrieu est un véritable artiste.

On aurait tort de croire, en effet, que tout doit être, ou purement matériel ou purement immatériel. La réalité ne manque pas d’idéal et l’idéal est fait d’une large part de réalité. La vie, si complexe et si variée, est à la fois un ensemble de contingences tangibles et d’envols éperdus vers des régions plus ou moins sereines, plus ou moins éthérées. Le but de l’artiste, qu’il soit poète, musicien, peintre ou sculpteur, est de lier, d’harmoniser, de fondre le tout, de synthétiser en un mot.

Et la sculpture d’Andrieu n’est pas autre chose qu’une synthèse, — synthèse de grâce ou de force, de délicatesse ou de vigueur, où la vérité n’exclue jamais la poésie et où la poésie se tempère toujours de la vérité, ce qui est, je le répète, la condition essentielle de la beauté.

La sculpture d'Andrieu est compacte, solide, consistante. Elle donne l’impression d’un ensemble pur et robuste, d’une masse harmonieuse et puissante qui ne manque d’ailleurs ni de variété ni de mouvement.

Andrieu nous le disait : « Ce que je veux, ce que je cherche, c’est reproduire la .vie.»

Et que ce soit dans son Etude pour une Vénus, qui est toute lumière et qui rappelle un grec primitif, ou que ce soit dans son Nazon, plein de noblesse, au masque étonnamment expressif, il tend à ce but et l’atteint. Il y a dans son atelier des œuvres qui ne sont pas loin d’être des chefs-d’œuvre.

J’aime surtout L’Enfant, au visage naïf et gracile, d’une sérénité, d’une candeur adorable, qui, est en outre d’une frappante ressemblance (car c’est un portrait), est un très beau morceau de sculpture. C’est le type même de l’Enfant, ce qui serait en littérature un caractère. Il est pur de ligne et de forme, sans mièvrerie et sans maigreur. Et cette pureté de ligne et de forme nous la trouvons aussi dans Les Mains. L'une décèle la volonté, la virilité, je dirais presque la poigne, si cette expression était moins vulgaire. L’autre est douceur et délicatesse. Toutes les deux sont également pleines de mouvement et de vie.

Un projet de monument de combattants, qui dénote l’impétuosité et la bravoure ; les Enfants rieurs, qui symbolisent la joie facile et inaltérée du jeune âge, sont aussi particulièrement intéressants.

Et je ne ferai que citer, pour ne pas être trop long, le Cuirassier mourant, les bustes de M. L. de M. B... et de M T. une danseuse, la Douleur, le Philosophe, la Nuit, plusieurs maquettes pour le monument du peintre Nazon, etc. etc.

Je disais que la sculpture d’Andrieu était consistante. Sa peinture l’est autant. L'une procède de l’autre. Ses toiles sont solidement construites et visent à l’unité. Ce ne sont pas des amas fragiles et confus de tons plus ou moins criards qui dégringolent en avalanche multicolore. Tout est à sa place. Les proportions et les plans sont rigoureusement observés et les notes les plus audacieuses se fondent doucement en un parfait amalgame.

Il y a, dans la peinture d’Andrieu, des qualités de simplicité, de lumière et de solidité remarquables.

Et maintenant, pourquoi cet artiste de talent n’est-il pas plus connu et mieux apprécié ? C’est l’éternelle histoire. Il n’habite pas Paris et ne peint pas un certain monde, — le monde bourgeois.

Il travaille à sa façon, comme il l’entend, épris de silence et de recueillement, tout à son idéal et à l’œuvre qu’il ébauche, au paysage qu’il reproduit, au buste qu’il modèle ; il travaille dans le but sublime de servir seulement la cause de la beauté et non de satisfaire une clientèle généralement aussi maniaque qu’elle est stupide, éprise de formules et de nullités, passionnée de veulerie.

Andrieu est resté consciencieux et probe. Et dans la société actuelle, être honnête, c’est être dupe. Andrieu le savait. Il n’en a pas moins suivi sa voie de droiture et de loyauté artistique. Qu’il se console : s’il n’a pas l’admiration des foules, du grand public, il a le tribut d’éloges de ses nombreux amis et cela peut, pour l’instant, lui suffire.

La fortune, qui vient si souvent en dormant, vient aussi en travaillant. Et dans son atelier spacieux et clair de l’ancienne usine Lagravère, près du Tarn, dont il surprit en maintes toiles fraîches et lumineuses la fougue et la splendeur ; dans ce coin pittoresque et fleuri du vieux Montauban, Andrieu, sage et philosophe, travaille opiniâtrement... Raoul VERFEUIL.

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