Un Italien de Castelsarrasin a 100 ans
Dans un article de novembre 2022 j’ai évoqué indirectement Luigi Tomasin dans la liste des personnes recrutées à l’usine de Castelsarrasin en 1946. Alain Fourlenti et la Dépêche du Midi viennent de lui rendre hommage pour son centenaire.
Avant Castelsarrasin, gamin, il était passé par le Belgique. Né dans le village de Vazzola le 20 janvier1923, au nord de Trévise, il quitte donc pour la première fois sa région de Vénétie direction une mine à Charleroi, en Belgique. Il reste dix ans dans cette région. A l’origine son père Antonio était menuisier et sa mère Laura brodeuse. Lui va apprendre le français et obtenir l’équivalent du Certificat d’études. Ensuite, il voulait être mécanicien mais sa mère lui préfère la sculpture et il rentre en formation auprès de celui qu'il appellera son maître Ernest Patris (sur la photo) qui est un artiste né en 1909 et mort en 1981. Luigi restera en Belgique de 1936 à 1940.
La famille doit rentrer au pays en 1940. Il est appelé pour combattre dans l’armée italienne, à la rentrée 1942.
Affecté à Naples, il subit les bombardements alliés qui vienent de débarquer, puis l’armistice est déclaré avec l’Italie. Il est capturé par l’armée allemande en 1943, et passe deux ans en camp de travail à Hanovre, en Allemagne.
À la Libération, il a dû rentrer en Italie par ses propres moyens en prenant les premiers qui allaient vers le sud. "Je parlais français grâce à ma vie en Belgique, ça nous a aidé" se souvient-il.
Ensuite il tente d’entrer en France en clandestin mais les conditions de l’immigration ont changé. Il faut avoir un contrat pour venir en France. Il se fait arrêter mais par chance, la famille (comme souvent) vient à son secours : un oncle déjà installé à Castelsarrasin vient à la rescousse et lui confirme qu'il peut venir travailler à son usine de fonderie. D’où ma liste des embauchés à l’usine. Luigi n’est pas seul dans son aventure et Polèse Antonio, Maccari Guido et Tomasella Luigi sont aussi embauchés le même jour. Photo ci-contre de Luigi par Alain Fourlenti.
Arrivé à Castelsarrasin dans l’après-midi du 5 novembre 1946, il embauche dès le lendemain dans l’usine de fonderie. Il rencontre à l'usine Odette employée de l'usine et se marièrent en 1948. Ils eurent 3 enfants, Esther, Daniel et Corinne. Il quittera l’usine en 1981 à 58 ans.
Donc il ne bougera plus, ni de ville ni de travail. Ce que confirme le document officiel mais celui-ci indique une date de naissance différente : 20-4-1928. Preuve une fois de plus que les documents officiels peuvent se tromper.
A sa retraite il se consacre à ses passions qui ne le quittèrent jamais : la sculpture, l’histoire et le patrimoine. Tout en exerçant sa carrière de fondeur à l'usine il continu sa passion de sculpteur et mouleur qui ne le quittera jamais. De multiples œuvres comme le buste de St Alpinien ,la main de son épouse, la Vierge et l'enfant à l'église St Sauveur en 1993 , la restauration de la Vierge à l'église St Jean vandalisée en Nov 2015, le poignet et l'arc de Sébastien Flûte l'archer Champion Olympique de Castelsarrasin. et des centaines de vierges à poser sur les tombes de nos défunts qu'il offre sans jamais recevoir 1 centime et d'autres objets comme des petits Anges que l'on peut voir dans la boutique "Aux Anges". I
J-P Damaggio
P.S. Comme toujours il s'agit de témoignages qui ont les mérites et les limites de tout témoignage.

