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Vie de La Brochure
1 mars 2023

Politique : de l’Italie à la démocratie sociale

J’essaie d’expliquer depuis des années qu’à partir des années 1990 l’histoire de la planète a changé de configuration, de moteur ou d’orientation, je ne sais quel mot juste employer. Pour le dire autrement : les comparaisons avec le passé sont plus utiles que jamais pour comprendre qu’elles sont inutiles !

Prenons le cas italien qui à partir des années 1990 a changé du tout au tout. Auparavant, depuis 1945 la lutte politique opposait la tradition démocratie-chrétienne et la tradition communiste, la tradition socialiste ayant préféré s’unir à la droite.

Avec les années 90 les trois courants disparaissent. D’abord le PS qui s’effondre puis la démocratie chrétienne et le PCI transformé en PDS qui pensait que son tour de gouverner était arrivé.

C’est alors qu’est né le phénomène Berlusconi, celui d’une « droite moderniste » qui a poussé le PDS à devenir toujours plus social-démocrate effaçant ainsi l’héritage communiste. En s’alliant avec le centre  le PDS accèda de manière intermittente au pouvoir.

L’Italie s’est ainsi mise à l’heure française avec un face à face droite/gauche, sauf qu’au moment où Berlusconi émerge c’est Chirac qui gagne en France contre Balladur, une droite classique.

Au cours des années 60, le PCI comme le PCF, en des termes certes différents, ont plaidé pour l’union de la gauche mais les événements de 1968 vont instaurer une fracture. D’un côté un PCF et un PCI bloqué sur la stratégie front de gauche, et de l’autre des dissidences dites «gauchistes» qui en Italie vont donner il Manifesto et en France vont rénover la vieille SFIO en un nouveau PS.

La stratégie des majoritaires comme celle des minoritaires conduira à l’effacement des uns et des autres. Ce que le PCI a connu au cours des années 70, le PCF le connaîtra au cours des années 80-90 avec la série des « re » : rénovateur, reconstructeur, refondateur.

Tout a aussi été essayé du côté des critiques de « gauche » du PCI quand il est devenu PDS (Parti de la gauche démocratique qui deviendra ensuite sur le modèle des USA le parti démocrate).

En Italie, pour la gauche, tout a été essayé mais sans succès.

Le mode de scrutin italien suppose, plus qu’en France, des alliances. La constitution de la droite s’est faite avec Berlusconi mais avec d’autres forces car de ce côté aussi tout a été essayé. Je fais référence ici à la Ligue lombarde, Bossi prônant une droite régionaliste.

Bref, le face à face droite/gauche devenu plus classique mais incapable de résoudre les problèmes, l’électorat italien a tenté le phénomène Cinq Etoiles. On va me dire qu’en fait la mutation historique concerne surtout les manipulations de l’électorat par médias interposés.

Je ne sous-estime pas l’effet média qui a totalement fabriqué l’effet Berlusconi mais l’émergence puis la victoire des 5 Etoiles qui ont refusé d’utiliser les médias, indiquent une limite à cette puissance médiatique.

Prenons le cas écologiste si présent dans la politique française et si absent dans celle d’Italie. A un moment l’Italie a eu des référendums importants dont un qui a permis la fermeture des centrales nucléaires. Le courant écolo est puissant (un des héritages du courant communiste) mais se manifeste très peu sur le plan électoral. Les médias n’y sont pour rien.

Et les limites du pouvoir médiatique va apparaître encore avec la victoire qui va suivre celle du 5 Etoiles, je veux parler de la victoire de Meloni actuellement au pouvoir. Son parti Fratelli d’Italia n’a as été porté par les médias plus soucieux d’aider Berlusconi ou Salvini. Le courant d’extrême-droite n’est pas un courant factice, une illusion de plus, mais une conviction populaire que, ni droite ni gauche ne pouvant résoudre les problèmes, il faut voir ailleurs.

Je l’écris d’autant plus que ce courant d’extrême-droite n’est pas italien mais mondial ! Et ce courant, une fois au pouvoir, s’installe. Avant le cas italien, il y a eu le cas Hongrois dont il m’arriva de beaucoup discuter avec l’ami Max Biro qui avait de la famille là-bas.

N’est-il pas surprenant que la première femme chef du gouvernement en Italie soit d’extrême-droite et que la première femme à pouvoir être présidente en France soit aussi d’extrême-droite ? La tradition de l'extrême-droite n'est-elle pas à dénigrer les femmes ? 

Entre Meloni et Marine il existe une différence. Meloni est au pouvoir par une coalition avec deux partis qui ne rêvent que de lui glisser des peaux de banane sous les pieds, alors que Marine a un parti unique. Aussi Meloni va tout faire pour que demain il ne reste que Fratelli d’Italia.

Face à la situation italienne la France peut se dire qu’elle a encore une gauche à travers la NUPES. Sauf qu’en France comme ailleurs la gauche n’est qu’une histoire passée ! Pourquoi ? Car elle s’est refusée à élaborer une stratégie adaptée au nouveau contexte capitaliste né avec les années 90, ce que par contre l’extrême-droite a fait avec la France en modèle !

Le quinquennat Hollande n’a pas été un accident de l’histoire et il suffit de regarder ailleurs pour le vérifier.

La prochaine élection européenne sera déterminante. Cette élection est de peu de poids politiquement (faible participation) mais elle fixe un rapport de force.

Mélenchon l’a compris quand il a quitté le PS, juste avant les européennes de 2009 pour, en s’alliant, avec le PCF jouer un rôle aux européennes. Après les européennes de 2014 il se prépare à abandonne le Front de gauche pour créer LFI. Après les européennes de 2019 qui furent un échec cuisant pour LFI il se prépare à renouer avec l’union de la gauche qu’il a tant insulté auparavant. Pour les européennes de 2024 il veut absolument une liste NUPES même sans tête liste LFI pour sauver le navire. Tout comme en Italie Meloni va tout faire pour une liste unique à droite. En France Zemmour pense prendre sa revanche sur le RN mais il faut 5% sinon comme le PCF la dernière fois, c’est l’élimination définitive. D’où pour le PCF 2024 une difficulté : avec qui s’unir pour éviter l’élimination sans pour autant s’unir avec LFI ? Pas non plus avec EELV pour qui cette élection est historiquement la meilleure ! Casse-tête difficile qui dit bien la situation difficile de la NUPES.

Dans tous les cas une liste NUPES ne peut espérer plus de 25% sans réserve de voix ensuite, car tel est aujourd’hui le poids électoral de la gauche. Un poids électoral qui souhaite l’union comme au temps du programme commun, sans pour autant avoir été un succès.

Dans le duel Mélenchon Olivier Faure, le PS se dit que l’effondrement de LFI qui interviendra après 2027 et le dernier combat de Mélenchon, profitera à son parti toujours profondément inscrit dans les collectivités locales.

En conséquence, quelle alternative ?

Face au capitalisme d’aujourd’hui je plaide pour une stratégie à long terme, au-delà du droite/gauche et que j’appelle la « démocratie sociale ». A travers l’histoire et la géographie elle a eu quelques apparitions éphémères qu’il faudrait inscrire dans une organisation démocratique durable. Le ni droite ni gauche renvoie historiquement à l’extrême-droite, mais le combat de la démocratie sociale doit viser juste à reprendre à ce courant toute une part de l’histoire de la gauche qu’il a détourné à son profit. Si en France le courant de l’écologie politique a pu émerger c’est par cette position ni droite ni gauche. Et Macron a fait de même en s’alliant au centre !

En France François Ruffin pourrait être le porteur d’une telle stratégie à partir du moment où l’idée ne serait pas d’aller vite mais de faire comme le FN-RN, une longue marche pour construire un encrage. Parmi les opposants à Mélenchon il est le plus crédible à partir du moment où il ne lui doit rien (inversement à Corbières) et à partir du moment où sa conception de l’union à gauche n’est pas politicienne (comme Autain). Vu son contexte politique dans le Nord il mesure que rien ne sera possible sans s’affronter au RN de manière concrète, et non pas classique, par des cris inutiles contre le retour du fascisme. Je ne rêve pas d’un nouveau sauveur suprême mais d’un regroupement qui se met en place autour des relais «Fakir». Et là aussi la prochaine élection européenne sera cruciale.

Mais j’ai déjà été assez long. J-P Damaggio

Commentaires
M
Justes perspectives, me semble-t-il<br /> <br /> R.Merle
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