Marcel Lenoir expose à Paris
Marcel Lenoir avait 30 ans... JPD
Le Midi socialiste 25 mars 1912
NOTES D’ART
Exposition Marcel Lenoir
Notre distingué compatriote, le peintre Marcel Lenoir de Montauban, vient d’ouvrir dans son atelier de la villa Brune à Paris, une exposition de ses œuvres les plus récentes. Nous y avons remarqué de très vivants portraits traités avec originalité et maîtrise, des paysages, des fusains, aquarelles, gouaches et tout un carton comprenant au moins cinq cents dessins, esquisses et recherches, pour des toiles en cours d’exécution. Certaines de ses peintures sont de véritables fresques qui décoreraient superbement les vastes panneaux d’un palais ou d’un monument. Toutes les productions de cet artiste mystique et sensuel -— soit qu’il décrive la passion ou dépeigne des scènes religieuses -— sont le fruit de recherches purement plastiques, documentaires, techniques ou le reflet d’une imagination violemment littéraire. Marcel Lenoir, qui vient d’être reçu à la société nationale des Artistes français, y exposera le Nu véridique et enverra, au prochain Salon des Indépendants, la Femme au nez retroussé, la Crucifixion dans la vallée, la Résurrection de Jésus et autres sujets païens comme le Satyre adolescent, le Rut et enfin le portrait si réel et si expressif du célèbre poète René Ghil.
Artiste complet, Lenoir traduit dans les paysages non seulement le coloris et la lumière, mais encore l’âme de la nature et son harmonieuse beauté; dans les portraits, il fixe la ressemblance et, bien plus, souligne le caractère et dévoile le tempérament dans les grandes compositions où il se complaît et où il veut exceller; tout s’agite, tout vit intensément, impressionne et émeut. C’est en somme dans l’ample décoration, aux horizons larges, aux étendues infinies, aux champs illimités, où peuvent se mouvoir les foules, évoluer le peuple, que notre artiste méridional réalisera son rêve ambitieux.
Ses œuvres futures, nous disait-il, seront les fêtes de la Nature et les fêtes sociales. Et celui, qui avec tant de mouvement et de couleur fit défiler devant nous les Processions du Vendredi Saint à Gérone, et se dérouler les lamentables théories des meurt-de-faim allant mendier leur soupe, saura bien évoquer, en de grandioses tableaux, les aspirations, les souffrances et les joies de l’humanité torturée. Ainsi, il réalisera le programme que, de puis longtemps il s'est tracé : du Mystère à l'Humain et qu’il s’efforce d’accomplir dans un labeur opiniâtre, cependant couronné de succès et d’encouragements laudatifs.
Au seuil de l’atelier, où de si magiques visions nous avaient été offertes, nous demandions à ce fier artiste de talent, son ambition et son idéal. Pas des honneurs, nous dit-il, point de médailles, ni de rubans. Apprendre toujours, découvrir non inventer, créer et non produire et atteindre à la synthèse par la pensée, la science, la lumière et la vie. Et, comme ultime orgueil, se savoir du génie et en pleurer de joie.
José SAINCAIZE.
