De Réalville à Lastoursville
Je reprends ici un article que j'avais totalement oublié. J-P Damaggio
De Réalville à Lastoursville en passant par Caylus
Franchement, pourquoi un s à Lastoursville ? Car le nom de cette ville du Gabon est en hommage à un Français qui s’appelait de Lastours. Un natif de Montauban mais en fait un homme qui passa son enfance dans le château familial à Réalville. Et hier soir, au débat que j’ai animé à Cayrac on a fait, entres autres vagabondages, ce chemin de Réalville jusqu’à Lastoursville car un des participants, dont le grand-père a travaillé pour le château de Lastours se retrouve avec un fils marié à une Gabonaise qui, comme ceux de l’endroit où elle habite, voue une admiration pour l’explorateur de Lastours ! N’est ce pas génial de retrouver ainsi l’histoire ?
C’est par un texte d’internet que nous apprenons :
http://www.annales.org/archives/x/rigail/rigail.html
« La vie de François Rigail de Lastours, compagnon de Savorgnan de Brazza. par le Dr Joseph Vassal
Ce texte a été publié dans La Géographie, 1931, LVI, pp. 310-329
En descendant l'Ogooué, je me suis arrêté devant la tombe de François Rigail de Lastours, au poste d'honneur où il est mort et qui porte son nom. Devant ces tuiles disjointes que la brousse envahit, j'avais pensé qu'il fallait rendre hommage à sa mémoire. Il fut un collaborateur de Pierre Savorgnan de Brazza dans la conquête et l'organisation du Congo français.
Pour m'acquitter, je n'avais trouvé, dans les bibliothèques que des traces insignifiantes. Mais la piété d'une sœur veillait. Des documents, des lettres étaient conservés comme des « reliques ». Mme Dupré de Pomarède les a mis à ma disposition pour rédiger cet article.
Jacques-Marie-François Rigail de Lastours était né le 26 mai 1855, à Montauban, de Antoine-Paul-Léonce et de Laure-Pauline- Antoinette Delort. Il appartenait à une ancienne famille protestante du pays. Ainsi qu'en témoigne le « livre de raison », que les familles de religion réformée tiennent à jour et conservent de père en fils, la généalogie des de Lastours se poursuit pendant dix générations. La ville de Montauban, aux annales glorieuses, qui compte tant de fils célèbres, a tenu à revendiquer François de Lastours parmi les siens.. Une plaque commémorative a été apposée sur la maison natale, aux allées Mortarieu, le 3 décembre 1912.
Il passa son enfance au château de Lastours, à Réalville, proche de Montauban, partageant ses jeux avec ses trois sœurs, Charlotte, Marguerite et Suzanne. Les parents moururent de bonne heure, François fut élevé par son oncle maternel, M. Delort, officier de marine en retraite, dont l'influence fut prépondérante et détermina sa vocation coloniale. »
Pourquoi faut-il que sur cette famille, il soit si difficile d’arriver à trouver des documents ?
Cette rencontre à Cayrac qui a rassemblé dix-huit personnes a permis un échange tous azimuts, sur le chemin entre Réalville et Lastoursville. Un échange émouvant pour moi car Cayrac et Réalville sont le paysage de mon enfance. Un échange qui dépassa largement le thème, la Troisième République, pour aller du moyen-âge à l’actualité. Un échange qui rassembla l’ouvrier et le noble, le paysan et l’autodidacte, la spécialiste et le curieux, une diversité assez unique. J’en ai acquis la certitude qu’à nos portes il y a partout des choses magnifiques à étudier, à creuser, à partager… ce qui n’interdit pas d’aller loin !
La commune de Cayrac a un axe « noble », la rivière Aveyron mais c’est une commune sans village. La commune de Réalville a un axe « minable » la rivière La Lère mais c’est un beau village. La Lère ressemble à un modeste ruisseau or ce fut un axe de communication nord-sud de longue date comme le confirma le débat. Du temps des romain, au Moyen-âge, pendant et après la révolution, puis une route nationale, une voie ferrée, une autoroute… comme si l’histoire se répétait. Peut-on écrite l’histoire de la Lère ?
Pas loin de la Lère, le jeune François a beaucoup joué, il lui est venu des rêves d’explorateur et un explorateur ce n’était pas forcément un colonisateur. Il va mourir très jeune de maladie comme son père va mourir jeune d’un accident de chemin de fer. Ces hommes voués à la connaissance seront tués par leur passion !
Pourquoi chercher très loin ce qu’on n’arrive pas à voir sous nos yeux ? Il est évident que le jeune Réalvillois qui arrive à Lastoursville sans connaître l’histoire… ne la verra pas, il se demandera simplement : pourquoi ne pas écrire simplement Lastourville ?
De Réalville à Caylus
Parce que le hasard fait bien les choses, l’ami Pierre Caors évoqua au détour d’une phrase un autre des natifs du village épris par les mêmes passions, Pommarède qui, ayant observé les sols aux alentours de Caylus comprit la présence de phosphates.
Les phosphorites du Quercy comprennent les gisements de phosphate de chaux exploités entre 1870 et 1914 dans le Tarn-et-Garonne, principalement les cantons de Caylus, de Caussade, de Saint-Antonin qui possèdent quatre types de dépôts de phosphorites, souvent en masse concrétionnée, parfois en masse compacte dite ostéotite. Un article nous éclaire :
Nous apprenons : « 1.- Découverte et exploitation. A. Thévenin, qui publia en 1903 une thèse de Doctorat-ès-Sciences sur la bordure sud-ouest du Massif Central, excellente pour son époque, dit que c'est "vers 1865" que M. Pommarède avait découvert le premier gisement à Cos, aux environs de Caylus. La "Statistique" mentionnée ci-dessus dit que M. Poumarède fit sa découverte en 1869 à la ferme de Pendaré (qui est aussi dans la commune de Caylus, à 2 km de Cos). Enfin des recherches récentes ont fait apparaître que Jean-André Poumarède, pharmacien, médecin et chimiste à Caussade écrivit le 4 janvier 1867 au Préfet du Tarn-et-Garonne : "J'ai l'honneur de vous communiquer que je viens de faire une découverte qui peut avoir une certaine importance pour l'agriculture et la paléontologie" »
Une fille de Lastours s’est mariée avec un Pomarède qui n’est donc pas Poumarède.
De Réalville à Caussade
La question des chapeaux de paille mériterait elle aussi une étude ample, précise pour voir par exemple comment Réalville où elle se développa quelques temps rata, sans doute pas désintérêt de ses élus hobereaux, le développement de cette industrie phare à Caussade et Septfonds. J’ai déjà étudié une partie du dossier dans une brochure sur Miss Cantecor et les chapeaux, en constatant que comme pour les minières de Bruniquel ou les phosphates de Caylus, le monde des travailleurs n’a pas la côte dans l’histoire locale.
En conclusion, il n’y a rien de tel que ce type de dialogues pour avoir envie d’aller plus loin… même si parfois on n’y arrive pas.
Si la soirée avait été enregistrée j’aurais pu écrire un livre sur le sujet.
19-02-2011 Jean-Paul Damaggio
