retour sur Antonio Pennacchi et Canal Mussolini
J'ai décidé de me replonger dans un gros livre car depuis pas mal de temps je lis (et parfois survole) des petits livres anciens. J'ai choisi Canal Mussolini d'Antonio Pennacchi et je reprends d'abord des articles de l'ancien blog avec des photos personnelles du personnage rencontré à Colomiers puis dans une rue de Toulouse. J-P Damaggio.
Une très belle librairie de Colomiers. La foule des grands jours. Ils sont deux écrivains italiens à évoquer leurs horizons pour débuter le nouveau Marathon des mots : Carlo Lucarelli et Antonio Pennachi. Aujourd’hui je m’en tiens au deuxième dont Marie-France vient d’achever le roman : Canal Mussolini.
La trajectoire d’Antonio Pennachi n’est pas ordinaire. Né à Latina en 1950 et il y vit depuis : marié, père de deux enfants, grand-père. Jusqu'à récemment, il fut travailleur de nuit dans une usine de cables.
Très jeune, il s'inscrit au MSI (parti néofasciste), avant d'en être expulsé et de rejoindre les troupes marxistes-léninistes par le biais du mouvement Servire il popolo. Il rejoint par la suite le Parti Communiste italien ainsi que de nombreux syndicats et mouvements comme le PSI, la CGIL, la UIL... En 1982, son expulsion de la CGIL marque une rupture avec la politique. Il a alors plus de quarante ans, fréquente pour la première fois les bancs de la fac, et se met à écrire des romans.
Pour comprendre, relatons le moment où Antonio s’enflamme. Vous connaissez le film 1900 de Bertolucci, cette histoire d’une grosse ferme en Toscane où le peuple se révolte contre les exploiteurs. Ce n’est pas l’art version Pennachi. Pour lui, il n’y a pas les bons d’un côté et les méchants de l’autre, pour lui, le conformisme c’est conforter les autres dans leurs schémas. L’homme est ainsi fait que par soumission il suit la foule, mais par hédonisme aussi ! Pour se sentir bien l’homme a besoin d’une communauté.
Serions-nous dans le relativisme ordinaire ?
Pennacchi ne se pose pas cette question. Pennacchi dit l’histoire de sa famille. Il est né pour raconter cette histoire. Ce sont ses tripes qui écrivent, pas son cerveau.
Pour suivre voici une vérité : Antonio a écrit d’abord Canal Mussolini dans la langue de sa mère, dans le dialecte de sa vénétie et en italien, il en est resté beaucoup de cette langue, surtout dans les dialogues, la traductrice réussissant l’exploit de faire percevoir la nuance.
La présentatrice avait cru utile de faire une belle introduction sur littérature et vérité en citant Platon et Orwell. Pennacchi n’aime ni Platon, ni Orwell….
Mais pourquoi le titre du précédent roman de cet écrivain a-t-il été traduit par Mon frère est fils unique ? Il s’agit en fait du fasciste-communiste !
Jean-Paul Damaggio
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Le Marathon des mots est un marathon pour les spectateurs mais aussi pour les auteurs qui vont d’un bout à l’autre de la ville et là, Pennacchi, rue du Taur, se sent fatigué. Il a l’esprit dans l’écriture d’un livre de science fiction qui occupe étrangement ses heures, et il a les jambes qui flanchent. Alors il s’assoit sur un plot de la rue, pour une pause, pour se dire qu’il compte les jours. Il croise un Français qui le salue d’un buongiorno et qui le prend en photo ! La notoriété ? Un costume, une cravate, une cigarette à la main, il est encore la classe ouvrière qu’il vénère, une classe pour laquelle il parle car on a trop souvent parlé à sa place ! Il est encore la classe ouvrière car je le sais, elle a toujours aimé, en quittant le bleu de travail, mettre la cravate, sur une belle chemise et avec un costume. Le petit-bourgeois que je suis a toujours dédaigné cette conformité pourtant elle fait sens. Et avec une casquette aux couleurs de l’ensemble ! Pas la casquette à la mode nord-américaine. Non, la vraie casquette. Pennacchi est encore là. JPD

