PCFet islamophobie
Le texte de base du Congrès ne faisait pas référence à l’islamophobie et un amendement pour y inscrire ce mot a été refusé dans le cadre d’un débat clair.
Cette notion qui transporte la question du racisme sur le terrain religieux (à la grande joie des islamistes) fait débat à gauche depuis longtemps. En 2019, dans un cadre d’émotions particulières toute la gauche a été invitée à manifester contre l’islamophobie et le PCF y avait participé. LFI aussi avec plus de force. EELV avec un fort débat interne.
Le Congrès du PCF vient de trancher, et moi qui combat cette dérive, j’en prends bonne note. Je peux être minoritaire dans une organisation qui accepte cette notion mais encore faut-il que cette acceptation soit le résultat d’un débat. Mélenchon (et donc LFI) a changé de point de vue au moment du tournant de 2019 sans le moindre débat et j’y insiste, ce n’est pas la position prise qui me dérange, mais l’absence de débat sur ce point comme sur tous les autres. Donc ici je rends compte du débat au sein du PCF.
Dans les contributions Pierre Saly (section Paris 5e) xplique sa défense de la notion :
« Tout ceci a été désigné par le mot « islamophobie », mot dont la pertinence est évidente pour désigner toutes ces manifestations de haine ou de stigmatisation, nourries par la mobilisation des peurs ancestrales et réactivées par les guerres coloniales de la France et le trouble sentiment qu’elles ont induit dans l’inconscient collectif. Dans un contexte nouveau l’islamophobie remplit la même fonction que hier l’antisémitisme, une fonction de détournement des aspirations à de vrais changements dans notre société. De même que l’antisémitisme a servi pour une part d’épine dorsale à la mobilisation (populaire hélas) que le nazisme a organisée et fait fructifier, l’islamophobie est aujourd’hui le terrain par excellence des entreprises de la droite extrême. Face à de tels enjeux le débat sur les origines du terme (les mollahs ou pas les mollahs) parait bien futile. »
Mettre sur le même plan antisémitisme et islamohobie est un tour de passe-passe très grave. L’antisémitisme s’est développé à partir du génocide nazi qui s’ets orienté souvent contre des juifs qui n’avaient rien de religieux. Je n’ai pas connaissance que des musulmans soient victimes du même génocide même si le cas de la Chine suscite discussion.
Michel Bilis – 75 reprend la question :
«Cependant, si le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie relèvent du «temps long» historique, leurs manifestations ne sont pas statiques et revêtent des formes différentes, selon les contextes politiques. Ainsi le racisme traditionnel, ethnique, à l’encontre des arabes et des africains («le bougnoule» et «le négro») s’exprime principalement aujourd’hui sous une forme «culturelle», de stigmatisation du «péril islamique» sur la société française: de la «soumission» chère à Michel Houellebecq, au «grand remplacement» prédit par Renaud Camus. N’en déplaise à certains, l’islamophobie est bien devenue l’habit neuf du vieux racisme anti-arabe.
L’islamophobie est bien une forme de racisme lorsque l’on présente l’islam comme une menace pour la société française, lorsqu’en une généralisation stupide, on essentialise l’islam au point de vouloir y déceler la cause et l’instigateur de crimes, délits ou méfaits commis par des individus se réclamant, ou non, de cette religion.»
Voilà un amalgame classique : ce n’est pas l’islam qui menace la société française mais l’islamisme. La notion d’islamophie permet de cacher la différence entre islam (qui a droit de cité) et l’islamisme qui doit être combattu fermement non seulement en France mais partout.
La revue Contretemps s’insurge contre la décision du PCF :
«De façon encore plus manipulatoire, et alors que ce mot figurait dans les résolutions de ses précédents congrès, la direction s’est employée à empêcher l’adoption d’un amendement – porté par une grande fédération de la région parisienne et soutenu par les applaudissements d’autres – au motif qu’il comportait le mot «islamophobie». La scénographie de ce rejet a été particulièrement violente. À la tribune Amar Bellal (dont les accointances avec le Printemps Républicain, qu’il partage avec d’autres dirigeant-es, sont connues) ira jusqu’à affirmer que l’emploi de ce mot était à l’origine des attentats de Charlie Hebdo. Les conditions du débat ont par ailleurs été outrageusement faussées, empêchant aux militant-es qui – comme le PCF lui-même depuis de nombreuses années – employaient ce mot, d’expliquer la pertinence de son emploi. Dans un esprit voisin, un modeste amendement a également été rejeté, qui tendait à remplacer le verbe «libérer» par le verbe «protéger» dans une phrase disant que la laïcité libérait de l’obscurantisme et «des communautarismes» (sans que cette dernière énormité ne soit même relevée). Plus tard, la référence à l’intersectionnalité sera écartée, car cette théorie élaborée aux États-Unis serait inapplicable en France. »
Mais oui, « une grande fédération de la région parisienne » n’est pas le parti à lui tout seul ! Et pourquoi caricaturer un vote sans en donner le résultat ! Il se trouve qu’autrefois on pouvait parler de manipulations mais à présent les opinions différentes ne donnent pas lieu à exclusions. Comme je viens de la montrer tous les communistes (et tous les lecteurs de l’Huma) ont pu avoir accès aux opiniosn divergentes et le tout a été sanctionné par un vote ! Point à la ligne.
Sur Twetter, Paul Elek :
« Au congrès du #PCF de #Roussel, débat sur un amendement d’ajout du terme d’islamophobie. Réponse de la direction il « n’apporte rien et au contraire ouvre des problèmes » et est donc rejeté massivement. »
Et aussitôt ce commentaire dans le ton moderne d’aujourd’hui :
« La première préoccupation des cocos c'est comment être fachocompatible. »
Voilà comment, une fois de plus, les diplomés du contre-sens raisonnent ! Je me souviens de cette critique en 2017 quand le drapeau tricolore a fleuri dans les rassemblements LFI : c’était un signal à l’adresse du FN ! Car il faudrait laisser le drapeau tricolore au FN ! Et clamer son plaisir à boire du vin c’est un cadeau au RN etc. Cette réduction d’une stratégie politique à un seul aspect, est typiquement une soumission à l’extrême-droite !
En ïle de France le RN aura du mal à obtenir des députés aussi le PCF lical et encore plus LFI y ont une vision tronquée de la vie politique. J-P Damaggio