Cette fois des paysans catalans au cinéma
Le fils réalisé par Carla Simon a le nom d’un village proche de Lleida (Lerida) : Alcarràs. Une production Espagne-Italie de 2022. Après Verano 1993 (2017) c’est avec un excellent drame familial sur les changements profonds qui affectent la vie rurale la plus traditionnelle, que la réalisatrice fait un beau retour. Le film (lauréat de l'Ours d'or à la Berlinade 2022) m’a permis de revoir en plus grand les champs de pêchers de mon enfance, à l’heure de la récolte.
C’est l’été dans un paysage un peu désertique sauf là où l’eau de l’irrigation apporte ses bienfaits. Tout semble calme mais avec dès le départ des joies et des frustations. Trois gamins qui jouent dans une voiture à l’abandon (transformée en vaisseau spatial) et qui seront fortement présents tout au long du film. Puis on entend un bruit, une grue qui enlève la dite voiture au grand désespoirs des enfants. Toute la réalisation va fonctionner ainsi au risque de dérouter le spectateur : une image choc puis un déroulé calme de l’histoire. Tout d’un coup un jeune et son oncle qui plante en se cachant du cannabis dans un maïs.
Car la ferme est une œuvre familiale et toutes les générations sont au rendez-vous avec leurs histoires propres. On se demande si le grand-père va mourir. On se demande si le responsable va se suicider. Toujours joies et frustations. Joies de la récolte. Frustrations de ne pouvoir en profiter. Après la voiture les enfants verront détruite leur cabane et ils vont même être séparés. Une ado plus grande va finalement refuser de monter sur scène, le jour de la fête du village, pour la danse qu’elle prépare depuis des semaines etc.
La grue qui entre en scène au début et qui saisit fermement la voiture, et la fait "voler"... pour dégager le terrain qu'elle occupait, se retrouvera à la fin pour d'autres raisons. Il s’agit au départ de libérer une esplanade qui sera bientôt occupée par des panneaux solaires. Il y a ce grand thème : la mort du milieu rural ; d'un mode de vie où avant la terre était cultivée, et maintenant la lumière du soleil est stockée, c'est l'éternel conflit entre hier et aujourd'hui, un combat inégal !
Les membres de la famille Solé, trois générations d'un arbre généalogique qui a pris racine sur une ferme qui, en principe, ne leur appartient pas. Le champ où ils travaillent était une cession orale qu'une famille aisée a accordée au grand-père au moment de la guerre civile car il a caché le propriétaire.
La campagne de récolte des pêches commence et la famille Solé, avec un groupe de travailleurs saisonniers, se met au travail. Sur ce point comme sur les autres, la question est effleurée et non explicitée. Il y aurait pu y avoir un film sur les dits saisonniers. Les femmes sont là autant que les hommes : le moment venu, les jeunes enfants sont fascinés par l'histoire racontée par une grand-tante. Sa voix nous entraîne dans les yeux du grand-père, qui semble vouloir parler, puis non, pour l'instant il préfère continuer à chercher une solution impossible. Il ramasse des figues avec l'ado de la famille qu'il porte aux héritiers pour les amadouer..
La cuisson des escargots, boire le vin au poron, s’amuser dans la piscine, au bal. Et une forte présence de la musique et de la chanson qui parle moins aujourd’hui en France que hier, avec Luis Llach.
Carla Simón c’est la sublimation du regard omniprésent, mais en aucun cas omnipotent. Elle est partout, mais elle rate toujours des conversations et des décisions importantes : son attitude non interventionniste transparaît dans la façon dont le film se laisse submerger par la vie qui l'entoure, sans jamais essayer de s'élever au-dessus. La hauteur de la caméra est définie par le personnage ; l'instant par lequel il passe. De la même manière, le scénario signé avec Arnau Vilaró est animé par la conviction que rien n'est définitif et que, quoi que nous fassions, la vie continuera. Pour le meilleur et pour le pire. Pour tout cela, aucun personnage ne reçoit la condamnation de ses créateurs, ni des éloges démesurés. Chacun compte avec l’affection familiale qui prend le dessus même quand elle s’exprimer par une gifle bien envoyée par la femme envers son fils et son mari.
Il m'est arrivé de me pencher sur l'origine du mot melocoton. Le film est en catalan et je n'ai pas su bien noter comment ils disent en catalan. Je penche pour durazno mais je ne suis pas sûr.
J-P Damaggio.