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Vie de La Brochure
18 avril 2023

L'art musulman dans le sud-ouest au Moyen-âge

l'art musulman

Je reprends ici une information donnée par  Maurice Albert Mauviel sur son facebook. Lui aussi a été instituteur en Algérie et travaille depuis des années à établir un pont par dessus la méditerranée. Ce texte de 1924 me semble impressionnant de modernité. JPD
Extrait de la préface de Prosper Ricard : "Pour Comprendre l'Art Musulman dans l'Afrique du Nord et en Espagne", Paris, Hachette, 1924.
(Prosper Ricard (1874-1952), jeune instituteur du département des Vosges, est venu enseigner à Tlemcen (Algérie) en 1900. Séduit par l'art musulman il se lie avec les artisans d'art de cette ville, apprend les langues arabe et berbère et devient historien de l'art musulman d'Afrique du Nord et d'Espagne. En 1915 il part pour Rabat diriger le service des arts marocains (1913-1925). Prosper Ricard a écrit de nombreux articles sur les arts d'Algérie, du Maroc et de Tunisie. Entre autres : " Le travail de la laine à Tlemcen " (1913), " La menuiserie mauresque dans les monuments arabes de Tlemcen " (1915), " Nattes berbères de l'Afrique du Nord " (1925), " Reliures marocaines du XIII ème siècle " (1933).
Souhaitons que "Pour comprendre l'Art Musulman dans l'Afrique du Nord et l'Espagne " soit connu des professeurs et des élèves des collèges et lycées. Il n'a pas pris une ride. L'extrait de la préface retenu ici peut ouvrir des horizons nouveaux. Les archives de Prosper Ricard, non encore exploitées, sont conservées au Musée Branly-Jacques Chirac à Paris).
Extrait.
"En envoyant des barons français et bourguignons au pèlerinage chrétien de Saint-Jacques de Compostelle, les prieurés clunisiens établirent un courant d'actives relations entre la France et l'Espagne qui, à cette époque, XIe siècle, avait grandement bénéficié des apports orientaux, perses et syriens. Le but était d'aider les premiers Chrétiens à la lutte contre les Maures ; lutte déjà engagée depuis plusieurs siècles. L'un des résultats fut, que, après la reprise de Tolède (1085), l'Espagne contribua à la construction de la nouvelle église de Cluny, où l'architecte importa des formes vues dans les mosquées musulmanes… La foi nouvelle, créant le style mudéjar, où les formes arabes s'appliquent à la construction chrétienne et s'y allient si heureusement qu'on peut dire que Tolède se situa, à la fois, au point de rencontre de l'Orient et de l'Occident, et au point de départ d'une diffusion qui gagna toute l'Espagne, franchit les Pyrénées, atteignit la France, dans des monuments tels que l'église de la Charité-sur-Loire, où l'on retrouve les arcs polylobés et tréflés de l'Espagne musulmane.
Cette diffusion touche aussi l'Auvergne ; par l'église Notre-Dame du Port, avec ses arcs trilobés et ses médaillons à copeaux familiers à l'architecture arabe du IXe siècle, ses mosaïques inspirées des revêtements arabes. Et l'on sait que cette église appartient à un modèle qui fut commun aux églises de Saint-Martial de Limoges, actuellement détruite, de Sainte-Foy de Conques, de Saint-Sauveur de Figeac, de Saint-Sernin de Toulouse, tous monuments inspirés de celui de Saint-Martin de Tours, aujourd'hui disparu.
Dans la cathédrale du Puy (en Velay) , la polychromie de la façade ( fig.A) , les arcades du cloître à claveaux noirs et blancs ( fig B) ; les arcades outrepassées de la nef ( fig C) ; les arcades étagées de l'entrée, les mosaïques du transept, les ouvertures tréflées du clocher, les caractères coufiques de la porte sont autant de formules, retrouvées dans le voisinage, à l'église Saint-Michel d'Aiguille, et même jusque dans la vallée du Rhône, à Valence et à Vienne, qui nous ramènent davantage en plein décor arabe, et surtout cordouan. Faut-il s'en étonner ? Le Puy n'était-il pas le point de départ de l'une des quatre grandes routes qui conduisaient à Saint-Jacques de Compostelle ?
Sur les autres routes, des observations analogues peuvent être faites. La coupole du transept de l'église de l'Hôpital Saint-Blaise, dans le Béarn, unique en France, est soutenue par des nervures saillantes dessinant en plan une étoile octogonale semblable à la mosquée de Cordoue. Des modillons à copeaux, du plus pur style arabe, existaient dans le vieux clocher de Saint-Front à Périgueux, avant sa restauration ; ils dataient du XIe siècle. Des arcs lobés et dentelés se retrouvent sur la route qui allait de Limoges à Vézelay par Saint-Léonard, Argenton, Châteauroux, Issoudun et Bourges. Des entrelacs, des palmettes et des caractères coufiques ornent certains chapiteaux de Moissac. Des plats de faïence musulmane sont encastrés dans la façade de Saint-Antonin, près de Moissac. Des chapiteaux cylindro-cubiques enveloppés, comme ceux de l'époque almohade, de palmettes et d'entrelacs, bordent les fenêtres de l'abside de Saint-Guilhem-le-Désert, dans la vallée de l'Hérault.
Ces témoignages suffiront-ils pour donner une idée du mouvement de curiosité qu'eurent pour l'art musulman, les architectes des églises romanes de France ? Certes, il ne s'agit que de détails. Mais combien, sans eux, sans le charme de leurs couleurs, sans la grâce de leurs lignes, l'art chrétien du moyen-âge eût été plus sévère et plus froid ? Le voyageur qui a entrevu le monde de l'Islam reconnaît ces imitations avec délice : elles mettent sur nos graves églises un rayon de l'ardente lumière du sud…"
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