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Vie de La Brochure
21 avril 2023

Geneviève Bonnefoi sur Combat

Geneviève Bonnefoi

Je n'ai jamais été très sensible à l'art contemporain donc quand je suis allé à la première exposition de Geneviève Bonnefoi à l'Abbaye de Beaulieu en 1973 je n'en ai pas gardé un grand souvenir si ce n'est l'immensité de l'église. Nous venons d'y revenir avec Marie-France, depuis je suis un peu moins ignare et le Musée est beaucoup plus considérable alors je ne regrette pas le détour. Donc je suis allé chercher un article de Geneviève Bonnefoi qui travailla d'abord à Combat. De quoi se replonger dans l'année 1950 où Alexis Carrel continue son travail comme s'il n'avait pas pris sa part aux théories eugénistes d'Hitler.

J-P Damaggio. 

 

abbaye de Beaulieu

28 septembre 1950 Combat

Que lirons-nous cet hiver ?

Une enquête littéraire de Geneviève BONNEFOI

CHEZ Denoël, M. Guy Tosi ne semble pas partager l'optimisme de certains de ses confrères. C’est sur la qualité de la production littéraire actuelle qu’il fait les plus graves réserves : « Nous recevons toujours beaucoup de manuscrits, nous dit-il, mais tout cela est d’une banalité et, il faut bien le dire, d’une médiocrité décourageante. On dirait que l’esprit des jeunes est tari. Ils écrivent des romans à la Zola, à la Loti ou à la Paul Bourget. Rien de vigoureux, de neuf, de sensationnel. On ne sort pas des ornières et des sentiers battus ».

Les éditions Denoël ont pourtant retenu quelques romans : Partie simple, de Mme Ferny Bresson roman « irritant », me confie Guy Tosi, qui se passe dans un milieu très puritain et raconte une sorte d’inceste moral : l’amour d'un père pour sa fille. Un médecin, Raymond Latouche, a écrit un roman historique, où évoluent les grands  personnages de la Révolution. La Lestrygone. Gilbert Dupé donnera Les Mauvents, et André Berry le tome II des Expériences amoureuses. Deux traductions : Blaise Alan, de Liliane Bos Ross, qui est la suite de Big Sur, et un roman anglais : Le Ciel et la Forêt, de Forster.

Denoël publiera également un recueil de nouvelles de Moravia : L’Imbroglio et des fragments - d’une œuvre posthume de Luc Dietrich : L’Injuste grandeur, précédés d’une étude de Lanza del Vasto.

 Chez Plon on veut amener le grand public à la vraie littérature

Le vieil hôtel de Sourdéac, rue Garancière, abrite à la fois les « Editions Plon » et les « Editions de la Table Ronde ». M. Maurice Bourdel qui dirige les premières et M. Laudenbach, directeur littéraire des secondes sont confiants mais circonspects. Ils reconnaissent que le public lit moins et que pour de nombreuses bourses moyennes les livres sont trop chers : « Mais le public est en pleine évolution. me dit M. Bourdel. De nouvelles couches d’acheteurs sont nées qui ne connaissent encore que les romans policiers et les « traduit de l’américain » et qu’il faut amener peu à peu à la vraie littérature. »

On pense aussi aux prix littéraires, rue Garancière, et les deux maisons alliées peuvent devenir à l’occasion des rivales. Chez Plon, le chef de file est Michel Déon avec Je ne veux jamais oublier, un roman romanesque, sorte d’Education sentimentale d’un jeune Français voyageur.

La Table ronde met en lice quelques adversaires sérieux : ce sont Paul Sérant dont Le Meurtre rituel a déjà paru, André Brincourt Le Vert paradis Jean de Baroncelli Les Chevaliers de la lune, histoire du demi- siècle vue à travers une grande famille nîmoise et Bernard Pingaud L’Amour triste, un roman de tradition française.

Plon annonce d’autre part dans la collection Feux Croisés «un livre sensationnel : Le Fait est là (The Sure Thing), de Merle Miller, sorte de pendant américain à «La 25ème heure » et que M. Gabriel Marcel présentera pour éviter aux lecteurs un choc trop violent. Des textes inédits de Carrel : Réflexions sur la condition de la vie qui sont le prolongement de L’homme cet inconnu, un Montherlant et les femmes de Jeanne Sandelion, les Souvenirs de Théâtre d’Albert Carré, un nouveau Thyde Monnier, un nouveau Goudge et Sur la scène international, par l’interprète d’Hitler, voilà pêle-mêle les quelques-uns titres au programme. Mais le fait important sera sans doute la publication d’un roman inédit de Bernanos : Le dernier rêve dont l’histoire est à elle seule tout un roman.

 Mais chez Albin Michel, on parle de « crise de la culture »

M. Sabatier, directeur littéraire — des Editions Albin Michel qualifie d’ «optimisme de commande » certaines déclarations qui nous ont été faites. «Je serais plutôt porté, me dit-il, à un « pessimisme actif» pour employer une expression chère à Denis de Rougemont. Le public s’intéresse peut-être davantage à la chose littéraire, par les à-côtés, les potins, les scandales en ce qui concerne quelques vedettes des lettres, mais s'intéresse-t-il vraiment aux œuvres.

Dans un métier comme le nôtre, poursuit-il, si sensible aux conjonctures générales, je crois qu’il est tout à fait vain d'espérer un retour à la normale, une sorte de demi-calme plat comme l’édition en a connu avant 1914 ou entre les deux guerres. Au moment même où vous menez cette enquête, la stabilisation péniblement obtenue en 1949 n’est-elle pas sur le point de céder de nouveau ?

Nous en arrivons à la délicate question du prix des livres.

Il est possible que les livres soient proportionnellement moins chers qu’avant 1914. Mais il est un fait indiscutable : les doléances des libraires. « Les livres, disent-ils, sont trop chers » et notamment pour la plupart des classes sociales, dites « moyennes », qui étaient, jusqu’ici, la clientèle fidèle des libraires. On ne peut considérer avec optimisme, à moins de limiter arbitrairement la librairie (ou la littérature) au roman seul, qui est, en effet, le secteur qui s’adresse au plus large public.

 Enfin, à mon sens, il y a beaucoup moins de crise de vente, proprement dite, qu’une crise de culture. Je n’insisterai pas sur cette vérité première que l'argent a changé de mains avec une très grande rapidité et que les classes intellectuelles, les professions libérales sont parmi les plus touchées.

On vous a parlé du «développement des bibliothèques et des abonnements de lecture ». Ce sera parfait lorsque ces cabinets de lecture seront une incitation, non seulement, à lire, mais encore, à acheter et à posséder les livres lus et aimés.

Au programme d’Albin Michel quelques romans de jeunes : Jeanne et Marie, de Mme Ferny-Bresson déjà citée chez Denoël, La longue route, de Mme Claude Seigne (décidément les romans féminins sont nombreux cette année). L’Ecume et le Sel, de Michel Zeraffa, Le Visage des Hommes, par Guy Le Clech h et Faux destin, de Jean Caubet.

Parmi les auteurs chevronnés citons Pierre Benoit (Les Agriates) et Roger Vercel (La Peau du Diable), Vercors donnera Plus ou moins Homme et Emile Henriot : Portraits de Femmes. Traductions: Mariage sans amour, de Hans Fallada, un nouveau Daphné du Maurier : La Chaîne d’Amour, un Vasco Pratolini : Un Héros de notre temps.

Documents, histoire : Balzac : Lettres à sa famille, 1809-1850, la correspondance de Romain Rolland et Richard Strauss et une étude de Jacques Pirenne sur Les civilisations antiques.

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