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Vie de La Brochure
22 avril 2023

L’ouverture de la gare Matabiau

L’ouverture de la gare Matabiau c’est aussi l’ouverture de la gare de Montauban version Villebourbon. Alors voyons ce cas. Il manque l'évocation de la ligne Toulouse-Paris par Figeac bien antérieure à celle par Montauban-Cahors. JPD

 La Dépêche Publié le 09/04/2023

Propos recueillis par Philippe Emery

En été 1856, le premier train arrive dans la gare Matabiau toute neuve, à Toulouse. L’inauguration a lieu le 31 août avec un Toulouse-Agen aller et retour. Thierry Bonnafous raconte, dans son livre « 1856-Gare Matabiau, le train arrive enfin ! », comment l’histoire peut se répéter, de la vapeur à la LGV.

Vous êtes enseignant. D’où vient votre passion pour l’histoire ferroviaire ?

Mes deux arrière-grands-pères travaillaient à la gare Matabiau dans la manutention. Mon grand-père Paul était chef de gare à Foix, Tarbes, Carcassonne, puis sous-chef de gare principal à Toulouse-Matabiau. Il était le numéro 2 de la gare. Mon oncle était conducteur de trains, il a fini sa carrière en 1995 avec la rame TGV du record du monde qui a roulé à 515 km/h. Mon père a trahi, il était dans les avions à Toulouse, il a connu Caravelle, Concorde et Airbus. On peut dire que la famille a une passion pour les transports.

Oui mais vous ?

Je suis né alors que mes parents habitaient le faubourg Bonnefoy, le quartier des cheminots, avant qu’ils déménagent pour la Cité de la Gare à Colomiers (ça ne s’invente pas !). J’ai toujours eu l’idée dans ma carrière de 37 ans comme enseignant et formateur d’enseignant (il est actuellement prof au lycée de Tournefeuille, NDLR), de me lancer dans la recherche. On m’a proposé d’écrire ce livre au moment où je pensais à autre chose que l’enseignement.

Comment l’inauguration de la gare Matabiau a marqué la ville en 1856 ?

Fin 1854, tous les grands carrefours ferroviaires de France, toutes les grandes villes de province, ont déjà leur gare, sauf Toulouse, qui était pourtant déjà la cinquième ville de France par la population. Le premier train avait circulé autour de Paris dès 1837. C’était un peu comme l’arrivée de la ligne à grande vitesse aujourd’hui, l’occasion de rattraper un retard. C’était un événement considérable pour les Toulousains. On en attendait beaucoup. L’arrivée du train, c’était le progrès enfin, l’ouverture de Toulouse sur le reste du pays, le développement économique. C’était aussi un merci à l’empereur (Napoléon III, NDLR).

La ligne passait déjà par Bordeaux ?

La première ligne, créée par la Compagnie des chemins de fer du Midi des frères Péreire, qui avaient obtenu la concession pour 99 ans, reliait déjà Toulouse à Bordeaux. Pour aller à la capitale, il fallait passer par Bordeaux, comme pour la LGV. La liaison vers Sète ne sera créée qu’en 1857. La ligne vers Paris par Limoges et Cahors seulement en 1893, par une société concurrente, la Compagnie Paris-Orléans.

L’arrivée du train à Toulouse a-t-elle suscité des oppositions comme celle, demain, de la LGV ?

Pas de la même manière. La mairie de Toulouse aurait aimé que la gare soit plus près des boulevards. En 1856, il n’y avait ici que des champs et la gare était séparée de la ville par le canal du Midi. Les ponts les plus proches pour aller en ville étaient celui de Matabiau (d’où le nom de la gare, qui aurait pu s’appeler sinon Marengo, nom du quartier), ou le pont des allées qui reliait l’ex école vétérinaire (actuellement Médiathèque Marengo, NDLR).Des voyageurs tentaient de passer par l’écluse devant la gare avec leurs malles, qui finissaient parfois au fond du canal. Un soldat s’est même noyé en 1858. Le pont vers la rue Bayard n’a été construit (par la Cie du chemin de fer) qu’en 1860. Et puis l’arrivée du train a aussi marqué la mort du canal du Midi, et torpillé aussi, à terme, la nouvelle halle aux Grains. La Cie du chemin de fer a d’ailleurs racheté la Cie du canal du Midi en 1858. Et puis à peine inaugurée, la gare a été jugée trop petite, sans possibilité d’extension, ou risquant d’être submergée par les eaux du canal. Il y avait déjà des fake news. Comme l’idée qu’on allait relier les Pyrénées par Bordeaux, ou Agen.

La gare Matabiau de 1856 n’était pas celle qu’on peut voir aujourd’hui?

Non, toute la façade a été refaite et agrandie en 1905-1906 par le même architecte que la gare Saint-Jean à Bordeaux et la gare de Lyon à Paris (Marius Toudoie, NDLR, en pierres de Saintonge, alors que la gare initiale était en briques et parements de pierres en façade avec arcades. Il n’en reste que la partie côté voies. Il y avait aussi des hangars à la place du parking actuel. La gare Raynal n’a été créée qu’en 1899.

Matabiau a donné naissance à tout un quartier ?

Le faubourg Bonnefoy et le quartier de Marengo se sont construits là où il n’y avait que des champs. Côté ville, la rue Bayard a été aménagée à l’époque par la municipalité, mais a minima, d’où son format assez réduit, 16 m de large, par rapport à d’autres villes.

« 1856-Gare Matabiau, le train arrive enfin ! ».  Collection « Cette année-là à Toulouse ». Éditions Midi-Pyrénéennes.

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