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Vie de La Brochure
23 avril 2023

Gramsci sur Combat en 1970

Combat 6 août 1970

«LA VIE D’ANTONIO GRAMSCI» de Giuseppe FIORI

Les fresques de Giotto, qui décorent la cathédrale d’Assise, relatent l’histoire de Saint François pour un peuple analphabète. Le grand peintre sut exprimer avec toute la délicatesse nécessaire ( ?) et les préceptes d’un homme humble jusqu’au dénuement qui réforma totalement après Saint-Benoit, le monachisme européen. C’est à ce haut témoignage porté devant la ferveur populaire que ressemble la biographie de Giuseppe Fiori : «La vie d’Antonio Gramsci » (1). Cet ouvrage ( ?) à sa rédaction s’apparente plus à l'imagerie qu’au résumé théorico-politique de l’existence d'un militant révolutionnaire de tout premier plan. La notion de l’Histoire, si importante au sein de la pensée d’Antonio Gramsci, est très éludée quant à la composition de l’ouvrage. Il manque peut être à son auteur une solide formation matérialiste et dialectique ; cette carence le fait sombrer dans une sorte d’imagerie tout proche de la vie de Saint Dominique Savio et Saint dom Bosco.

LA JEUNESSE D’UN MILITANT

Antonio Gramsci naquit en 1891 et appartenait à une famille d’origine modeste appauvrie par l’incarcération arbitraire du père et l’emprisonnement joua un rôle déterminant dans le développement de l’adolescent. Les études de Gramsci furent difficiles, très tôt il dut quitter la Sardaigne et sa famille, pour vivre sur le continent. Il obtint au prix d’immenses efforts une bourse et s’installa à Turin où il suivait les cours de l’université. La misère et la maladie le contraignirent à ralentir le rythme de son travail et il dut même quelque temps s’arrêter. C’est à l’université qu’il rencontra Togliatti, ce compatriote qui deviendra son compagnon de lutte. Peu avant la guerre 1914-1918, le jeune Gramsci se lança dans le journalisme et devint militant socialiste. Idéaliste au fond du cœur, ses premiers écrits relèvent encore d’une pensée hégélienne (article dans l’Avanti 1917). Après le conflit, il lança l’Ordine Nuovo et entama sa progression vers le communisme. Au sein du PSI ses positions durcirent et tournèrent véritablement

au marxisme. Il essuya les erreurs gauchistes des premiers balbutiements de Bordiga, qui recevant les remontrances de Lénine fonda alors un PCI orthodoxe. Le 21 janvier 1921 le PCI se sépara du PSI et Gramsci se rendit en URSS pour représenter l’Italie aux réunions de l’Internationale. A Moscou il tomba malade et dut rentrer en Sanatorium. A la même époque, il rencontra Julia qui sera sa femme.

En octobre Mussolini entame la marche sur Rome et prend le pouvoir. Les communistes italiens n’envisagent l’événement que sous l’angle d’un simple changement de ministère. Gramsci vient et s'installe à Vienne d’où il dénonce le danger fasciste. Député, il retourna à Rome et fonda le journal L’Unita avec ses camarades. Le 10 juin 1934 le député Matteoti fut assassiné et les pressions fascistes s’accrurent.

« Le petit communiste Sarde et bossu »

A tort, Gramsci espère dans la légalité. Les fascistes chaque jour abandonnent cette légalité et engendrent la terreur et le crime. Milan, Rome, Turin sont le théâtre de représailles dirigées contre les démocrates. A Naples, la maison de Benedetto Croce est pillée.

Gramsci en vain essaie de protester au parlement de l’Avantin. Mais le Duce assuré d’une complète victoire se moque des remontrances du «petit communiste Sarde et bossu ». Gramsci entame la composition d’un ouvrage théorique, une analyse marxiste des problèmes du Mezzo-giorno 1926. Le régime fasciste es r totalement assuré ; il interdit les partis et les journaux d’opposition. Les chefs du PCI se terrent. Gramsci, après un second, voyage à Moscou, croyant être encore sous l’immunité parlementaire, se laisse arrêter le 8 novembre 1926.

Traîné de prison en prison, il est très affaibli lors de son procès. Un maigre dossier trafiqué le fait condamner à vingt ans de prison.

A la prison de Turin, où il doit purger sa peine, Gramsci commence un gros travail théorique. Il reprend son premier essai sur le Mezzo-Giorno et la critique philosophique de Croce, qu'il considère comme le plus grand exemple de penseur libéral. Il pense que toute reconsidération du marxisme ne peut avoir comme point initial que la position crocienne de l’identité de l’histoire et de la philosophie : «L’histoire, une histoire formelle, une histoire des concepts et en dernière analyse, une histoire des intellectuels et même une histoire autobiographique de Croce ».

Cette histoire des Intellectuels qui lui était si chère donnera lieu à une réflexion sur Machiavel.

Après plusieurs tentatives, ses amis obtinrent de Mussolini sa grâce et la possibilité d’être soigné dans une clinique. D’abord transporté à Formia où il connaît encore un régime pénitentiaire assoupli, il vient à Rome dans une autre clinique où il meurt, le 27 avril 1937 sans avoir pu revoir sa Sardaigne natale. Michel OZENNE

(1) Fayard

 

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