Elections espagnoles : Podemos marginalisé
Après sa participation au gouvernement du PSOE le bilan de Podemos est clair : le mouvement est marginalisé et divisé. Dans les autonimies de 47 députés il passe à 13. On retrouve la situation du PCF en 1984 même si nous sommes dans un cas totalement différent.
Podemos a créé la surprise suite à une élection européenne de 2014 avec pour ligne politique : « non à la caste ». L’Espagne était sous l’effet du bipartisme après que le PSOE et le PP aient réussi à éliminer toute force centriste et Podemos a rompu ce bipartisme. Aussitôt les sondages ont donné une marge de progression considérable au parti jusqu’à envisager le dépassement du PSOE. Le 2 novembre 2014, un sondage publié par El País l'a même donné pour la première fois en tête du futur scrutin avec 27,7 %.
Aux régionales et municipales de 2015 les victoires du nouveau courant sonrt nombreuses mais déjà s'annonce la mutation : avec qui s'allier ?.
Cette situation a eu plusieurs conséquences : le PP n’ayant plus de majorité le PSOE devait-il le soutenir ? D’autant que sur la droite, la naissance de Ciudadanos entraina un affaiblissement du PP.
Encore aux élections générales de 2015 avec 20% des voix les alliances autour de Podemos marquent des points. Mais Podemos n’arrivant pas à passer devant le PSOE accepta l’union avec Izquierda Unida dans le cadre d’Unidas Podemos (21% des voix aux nouvelles élections de 2016) sauf qu’il s’agissait d’un retournement de stratégie. En effet Podemos avait considéré que l’échec politique de IU provenait de sa stratégie d’union de la gauche… que Podemos reprenait à son compte !
A partir de là la majorité du PSOE qui avait été tenté par le maintien d’une stratégie centriste adopte à son tour sous la direction de Sanchez une stratégie d’union de la gauche et Podemos et IU acceptent mais en position de faiblesse puisque leur score est passé à 14%.
Podemos avait commencé à se diviser en adoptant la stratégie d’union de la gauche et à partir de là les divisions se sont accrues sans que pour autant les scissionnistes avec Mas Pais (fort à Madrid) ne réussissent à mettre en place une stratégie claire. De son côté Pablo Iglesias a décidé après les dernières élections locales à Madrid auxquelles il avait participé, après avoir démissionné de son poste de ministre, de mettre un terme à sa carrière politique. Le résultat des nouvelles élections dans la ville est pire qu'en 2021 !
Il a écrit un livre pour faire le bilan de son expérience (voir mes compte-rendus avec les liens) en espérant que Yolande Dias devienne la figure capable de relancer Unidas Podemos or elle a décidé de créer son propre mouvement Sumar que les dernières municipales ont encore plus marginalisé que Podemos.
Et l’extrême-droite dans cette histoire ?
C’est là que nous pouvons vérifier la différence importante avec la France.
LFI est né un peu sur le modèle de Podemos suite aux Européennes de 2014 que le Front de Gauche avait perdu. Mais en présence du FN-RN solidement implanté.
En Espagne Vox est soumis à la même histoire que Podemos. Vu le mode de scrutin à la proportionnelle tout comme Podemos a été poussé à s’unir au PSOE pour empêcher la droite de gouverner, Vox est poussé de s’unir au PP pour empêcher la gauche de gouverner. Ce fut aussi le problème Ciudadanos.
D’un côté le mode de scrutin à la proportionnelle favorise l’éclatement politique pour que chacun se compte mais la nécessité ensuite de créer des coalitions pour gouverner renvoie vers le bipartisme, car à s’allier avec le PSOE ou le PP, alors votons pour ceux qui peuvent gouverner !
Les commentateurs observent toujours qu’en Allemagne, Espagne, Italie les forces politiques acceptent de négocier des coalitions alors qu’en France ce n’est pas le cas, d’où quand un gouvernement est minoritaire au parlement il ne trouve pas d’alliés. Mais qui profite des alliances ?
Avec en Italie cette différence : des partis venus de rien (Cinq Etoiles et Frères d’Italie) arrivent au pouvoir mais le besoin de coalition a le même résultat. Pour gouverner, les Cinq Etoiles se sont alliés d’abord avec la droite puis avec la « gauche », et ont alimentés à leur tour... le bipartisme. Melloni a compris le danger et elle va tout faire pour marginaliser ses alliés de droite Berlusconi et Salvi.
En France le mode de scrutin a pu installer solidement le FN-RN par son refus du principe des alliances. Il n’a été dans l’embarras qu’après les régionales de 1998 quand il pouvait faire ou défaire une majorité. En Midi-Pyrénées le centriste élu président (Censi) avec les voix du FN a démissionné, et finalement c’est le PS qui l’a emporté et qui gouverne depuis. Aussitôt le mode de scrutin à la proportionnelle a été changé pour éviter cette situation (avec un second tour), nouveau mode de scrutin qui d’un côté marginalise le FN mais en même temps l’enracine !
Le mode de scrutin était fait par de Gaulle pour marginaliser le centre or Macron a pu à son tour en bénéficier ! Tout comme Mélenchon ! Avec toujours comme conséquence le renforcement du FN-RN !
Pour gagner Macron a marginalisé Les Républicains et le PS puisqu’il a pris des voix et des responsables dans ces deux familles. La droite étant marginalisée le RN s’enracine sous l’effet d’un double phénomène : la droite incapable d’assumer le pouvoir laisse la place au RN, et Macron préfère affronter le RN.
Le PS étant marginalisé, Mélenchon et LFI s’enracinent mais comme Podemos le mouvement est pris entre deux tendances : devenir une version de gauche de la social-démocratie (et donc remettre en selle le PS), ou jouer la carte anti-système mais sans relais réel dans la société vu le fonctionnement du mouvement, fonctionnement conçu pour masquer cette division.
Bilan : l’histoire glorieuse de la gauche mondiale a été incapable, malgré tous ses efforts, de trouver des réponses aux défis du capitalisme d’aujourd’hui. Du Chili à l’Italie, du Mexique à l’Espagne, de la France à la Russie, les situations politiques sont fort différentes mais dans la même impasse. En tant qu’internationalisme, l’altermondialisme a été la dernière tentative pour sortir de cette impasse. Elle avait donné lieu à un grand mouvement en France, ATTAC, mais sans lendemain comme a été sans lendemain les luttes contre le FN-RN. Tout espoir est-il perdu ? Non, jamais, si la lucidité est au rendez-vous.
J-P Damaggio
P.S. J'apprends à l'instant que Sanchez vient d'avancer les élections générales prévues en décembre... au 23 juillet. Podemos et Sumar ont dix jours pour fixer leur stratégie !.
