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Vie de La Brochure
3 juin 2023

Nanni Moretti et Mercedes Sosa

Mon deuxième article sur mon ancien blog le 27 octobre 2011 et qui reste d'actualoité si j'en crois la présentation du nouveau film du cinéaste. JPD

mercedes sosa

Depuis 1989, je vis en « compagnie » du cinéaste Nanni Moretti qui est resté le même, tout en devenant plus cinéaste avec plus de moyens, donc plus de figurants, plus de splendeurs. Voici deux ans j’avais annoncé sur ce blog qu’il occupait la Villa romaine qu’occupe la France. Maintenant je sais pourquoi. De ce film Habemus Papam (un titre en latin c’est bien, il n’a pas besoin de traduction) j’ai des tonnes de choses à dire mais je vais me limiter à un détail.

Pour tout film de Moretti, j’attends avec impatience le moment de la chanson. Parfois je me demande si tout scénario n’est pas chez le réalisateur conduit par une chanson. Car, en effet, ne l’oublions pas, Moretti continue d’être le scénariste, le réalisateur, l’acteur essentiel, le producteur, même s’il est moins autarcique qu’au début. Donc il choisit lui-même les chansons, cet élément clef de l’art populaire, cette marque de jeunesse, ce témoignage aux multiple entrées.

 Cette fois, quand j’ai commencé à entendre Cambia todo cambia / Cambia todo cambia, le garde suisse remplaçant le pape ayant mis une sono un peu forte ce qui fait danser les cardinaux, je n’ai pas mesuré exactement la nature de cette chanson latino-américaine. C’est seulement à un autre moment du film qu’elle a pris toute sa place : avec la version interprétée par Mercedes Sosa. Quelle interprète ! Je ne suis un fana de la voix de Mercesdes Sosa.

 Cambia todo cambia / Cambia todo cambia, on entend tout de suite que tout change, et quand un pape refuse son élection c’est bien la preuve que tout change. Mais la chanson ne s’arrête pas là aussi pour comprendre parlons de son auteur.

En Amérique latine, des chansons entrent vite dans le folklore car elles sont reprises par des dizaines de chanteurs différents à travers tout le continent (le droit d’auteur n’existe pas).

 L’auteur est Julio Numhauser qui comme son nom ne l’indique pas est un Chilien fondateur d’un groupe dont le nom a fait le tour du monde, Quilapayun. Il a aussi écrit Comandante : je ne suis pas allé vérifier si c’est l’hommage à Che Guevara.

La chanson commence ainsi :

Cambia lo superficial / Cambia también lo profundo

Cambia el modo de pensar / Cambia todo en este mundo

Le superficiel change, le fondamental aussi, le mode de penser change, tout change dans ce monde.

Un couplet totalement en phase avec le film. Et l’Eglise qui ne peut changer est en difficulté…

Cette chanson ne serait pas devenue un hymne latino-américain sans une chute finale exceptionnelle, une chute qui concerne aussi Moretti.

Le second couplet indique :

Cambia el clima con los años / Cambia el pastor su rebaño

Y así como todo cambia / Que yo cambie no es extraño

Le climat change avec les années / le troupeau change aussi le berger

Et comme tout change, que je change aussi n’est pas surprenant.

Tout change sauf une chose car en effet même dans le plus profond changement, celui qu’en effet nous connaissons, il existe des permanences, des inévitables, comme est inévitable la présence d’une chanson dans un film de Moretti qui n’oublie pas non plus d’y caser deux enfants ou des ballons. J’aurais pu baser cet article sur cette autre attente : l’arrivée des enfants. Les enfants des films de Moretti mis bout à bout, quel film !

Qu’elle est donc cette chute dans Todo Cambia ?

Pero no cambia mi amor / Mais mon amour ne change pas

Les films de Moretti semblent presque sans amour car de toute façon sans sexe… sauf qu’il y a les enfants (enfants de l’amour) et y compris la chambre du fils.

La chute du film est le contraire du titre qui dit « On a un pape ». En fait tout peut changer, il n’empêche que l’humanité de chacun reste, et cette humanité, cet amour, n’est ni dans le camp de changements factices ni dans le camp d’institutions sclérosées.

J’en conviens tout de suite, le film a bien d’autres choses à dire…

28-10-2011 Jean-Paul Damaggio

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