J'ai essayé d'être un historieur...
A la soirée italienne de Beaumont dont j'ai rendu compte j'ai évoqué la revue Radici. On peut la lire en partie sur le net, en particulier, en français, le dernier édito de Rocco Femia.
Radici se présente comme la revue pour les passionnés d’Italie. Paraissant tous les deux mois, elle est d’une très grande qualité et est aussi une maison d’édition. J’ai consulté souvent et depuis longtemps son site internet. L’essentiel est écrit en italien et l’essentiel est à la gloire de l’Italie. Et je ne vais pas m’en plaindre.
La population d’origine espagnole très forte à Toulouse n’a pas une revue équivalente.
Il existe aussi une pièce de Théâtre : "Italiens, quand les émigrés c'était nous" par Rocco Femia dont il a indiqué qu’elle est passée à Larrazet et que depuis elle a été jouée 160 fois, et qui est présentée ainsi : « Des pages et des chansons originales, des histoires, des portraits et des chroniques… qui ont inspiré la réalisation de ce spectacle. 90 minutes pour parcourir en chansons, images et réflexions, cet exemple singulier dans l’histoire des émigrations. »
Et à parler de Larrazet j’y ai entendu le responsable d’une revue, LIMES, en 1993, à son lancement, et qui était là en tant qu'habitant proche du village !
A un moment Rocco Femia qui est journaliste et écrivain marqua une distance avec les historiens qui l’auraient induits en erreur. Je ne sais si le propos était à mon intention mais j’en profite pour rappeler que je ne suis en rien un historien, juste un historieur victime du syndrome du maraîcher (et rieur pas assez dans ce monde de brutes).
J’ai consacré cinq ans de ma vie à l’Italie de 1989 à 1994 et ma bibliothèque témoigne de quelle Italie il s’agit. Mais je n’ai eue ni la passion de l’Italie ni la passion d’aucun pays, l’Espagne ou l’Argentine, les USA ou le Mexique, le Pérou où l’Algérie, un pays auquel j’ai aussi consacré beaucoup de temps. Le syndrome du maraîcher c’est celui de l’homme qui fait un peu de tout suivant son inspiration et ses capacités. C’est ainsi que j’ai été fidèle à mes parents. Pourtant au milieu de ce labyrinthe de pays il a bien fallu qu’une passion me serve de boussole et en effet partout je me pose la même question : comment sortir du capitalisme et donc de quel capitalisme le mot est le signe ?
J’ai donc toujours apprécié les avancées sociales qui pouvaient surgir sans les surestimer. Oui ma vie a été jalonnée de victoires sociales que j’ai toujours apprécié sans les considérer comme des révolutions. Pour la chute de Ben Ali, un ami de Tunis nous a téléphoné sa joie le jour de la chute du régime et j’ai été heureux avec lui sans pour autant oublier les analyses pessimistes d’Albert Memmi qui a eu raison. Les grandes manifestations populaires en Algérie ? Oui que de beautés dans les rues ! Pour l’Italie ce fut l’immense joie en découvrant le film de Nanni Moretti, Palombella Rossa que je suis allé voir trois fois dont une fois dans une salle du cinéma de Moissac où j’étais seul ! Un film qui annonçait indirectement la fin de la démocratie chrétienne mais en même temps le double danger représenté par les difficultés du PCI à trouver une alternative, et par la capacité du monde des médias à s’emparer du pouvoir.
Je suis fier d’avoir dans ma bibliothèque –peut-être suis-je le seul en France – un livre de 1990 Il cinema di Nanni Moretti, mon premier livre acheté en italien, et que je conserve précieusement. Si cette Italie là sommeille, elle existe toujours. Et j'ai un seul regret : ne pouvoir être aussi rieur que Moretti.
J-P Damaggio
