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Vie de La Brochure
11 juin 2023

5 –la mutation agricole comme révolution du capitalisme

Je termine ce voyage par un retour à l’économie car de toute façon c’est bien l’économie qui est au cœur de la vie humaine, constat qui a permis à Marx de construire sa théorie. Les humains peuvent développer mille activités mais à condition de pouvoir manger d’abord.

En quoi la mutation agricole s’inscrit-elle dans une révolution du capitalisme ?

A partir des années 60 en France, il a été convenu que pour produire plus… il fallait moins d’agriculteurs ! Il ne s’agissait pas d’une invention locale mais d’un constat vérifié d’abord en Grande Bretagne mais surtout aux USA.

Ce contre sens économique (produire plus avec moins de bras) a eu du mal à s’imposer en France grâce à la résistance des paysans, mais avec les années 60 la mutation de l’agriculture est devenue possible. Conformément à l’histoire elle a entraîné des luttes sociales avec de nouveaux syndicats mais je le répète : les chiens aboient et la caravane passe.

Je pourrais d’abord expliquer comment la résistance paysanne en France a pu tenir la route pendant tant d’années mais restons-en à l’histoire de la mutation.

Mon père a été maraicher toute sa vie et pour lui la mutation ce fut sans doute le passage de la traction animale au tracteur. Pour le capitalisme il n’y a rien de plus normal même s’il a fallu longtemps, avant d’inventer un petit tracteur pour les petits paysans. Heureusement Ferguson s’est attelé à la tâche.

Avec la mutation agricole l’industrie a pris totalement le dessus sur le travail paysan. D’abord, avant ce travail, par la production des machines, des engrais, des traitements, et des transformations du foncier. Pendant cette évolution est apparue une gestion financière énorme et au moment de la vente des récoltes la dictature du prix du marché mondial.

Pourquoi le tournant des années 60 ? Car la construction européenne allait faciliter l’enchaînement des événements grâce au triple effet des subventions. Des subventions pour sauver des paysans, des subventions pour les désigner comme étant des assistés, des subventions pour orienter les productions, des subventions servant en fait d’aides à l’industrie pour organiser la baisse de la part alimentaire (indispensable) dans le budget des consommateurs, au profit des autres biens de consommation (rendus petit à petit indispensables).

La révolution dans le capitalisme se situe surtout à ce niveau. Alors que la loi du marché doit s’imposer, la Politique Agricole Commune (PAC) installe une gestion contrôlée de la production agricole !

Le premier fait que j’ai vécu avec les années 60, de manière dramatique, s’appelle « la politique du retrait ». Quand la production de pêches devenait telle en quantité, que les prix s'effondraient, les politiques décidaient qu’une partie de la récolte était jetée aux ordures (et rendue inutilisable) contre une indemnité. Un geste amoral quand des milliers de gens ne pouvaient pas en manger ! Un geste amoral quand le fruit du travail (et il en faut du travail) était retiré du marché.

En conséquence par la politique des subventions, des quotas laitiers et autres, la production passait sous contrôle politique et non sous contrôle du marché. Nous étions en économie dirigée ce que le capitalisme rejette si fortement !

Dernièrement il a été proposé une diminution du nombre de bovins car ils dégagent du méthane et cette fois, ce sont des raisons écologiques qui sont invoquées, pour diriger le travail paysan. Les mêmes raisons qui proposent de transformer des champs en zone de panneau solaire ! L’agriculture a toujours était un facteur de production énergétique pour obtenir la traction animale par exemple. Donc que des cultures produisent du gaz pourquoi pas mais dans le cadre du capitalisme tel qu’il fonctionne aujourd’hui c’est une impasse. Peut-on redonner à l’agriculture une fonction autonome ?

Non, plus que jamais elle est prisonnière du système. Avec ce paradoxe : alors qu’elle est fondamentale pour le besoin premier des humains (l’alimentation) elle est dénigrée de toutes parts pour ses pollutions, ses bruits, ses coûts etc.

Comme sont dénigrés pour d’autres raisons les fonctionnaires y compris par des paysans pourtant mécontents du sort qu’on leur fait !

Le capitalisme a toujours développé le proverbe « diviser pour régner » mais sa révolution conservatrice le pousse à multiplier la guerre entre les pauvres et les moins pauvres. Non seulement chaque individu est atomisé mais chaque individu est en guerre contre son voisin : les femmes contre les hommes, les installés contre les immigrés, les jeunes contre les vieux, les urbains contre les ruraux, les végétariens contre les autres etc. J’ai consacré un livre à cette question qui n’est pas qu’économique. La sortie des paysans (et non leur fin car il en faudra toujours et partout) tout en renforçant la nouvelle formule du capitalisme incite à rechercher une sortie globale (donc non partielle) de ce capitalisme. J-P Damaggio.

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