Berlusconi, je me souviens 1986
C’était en 1986 une discussion dans une école avec un membre du PS. Il ne pouvait digérer la création d'une chaîné de télé privée. Mitterrand était bien placé pour savoir que son futur premier ministre de droite se servirait de la télé publique alors il a voulu une télé privée à son service et quoi de plus naturel que de faire appel au copain socialiste Craxi qui lui conseille le copain Berlusconi !
En cet automne 1985, le gouvernement socialiste accorde une concession de service public de 18 ans à la société France 5 pour l'exploitation du cinquième réseau hertzien de télévision à diffusion nationale. Quelques mois plus tard, la chaîne La Cinq devient la deuxième chaîne privée à émettre dans l'Hexagone après Canal+.
Déjà roi du petit écran en Italie où il est surnommé "Sua Emittenza" (mélange de "son éminence" et de "son émetteur"), le milliardaire milanais veut étendre son empire audiovisuel sur l'Europe. Ce sera Telefünf en Allemagne, Telecinco en Espagne et donc La Cinq en France.
Berlusconi s'associe à l'homme d'affaires Jérôme Seydoux. Sur le papier, tout oppose le chef de l'Etat socialiste, amateur de littérature, et le pape italien de la "télé Coca Cola". Mais le papier ne compte pas pour Mitterrand. Seul compte le résultat par m’importe quel moyen.
Pour gagner Mitterrand est contraint de conduire une bataille parlementaire entre la majorité socialiste, qui veut installer un émetteur sur la Tour Eiffel pour que la Cinq puisse émettre, et l'opposition RPR, dont le président et maire de Paris Jacques Chirac, qui s'y oppose.
L’émetteur est installé et le 20 février 1986 la chaîne commence à diffuser ses programmes. L'émission inaugurale "Voilà la Cinq" est animée par des stars du petit écran débauchées à prix d'or (quatre fois leur précédent salaire) aux chaînes publiques françaises. Ce soir là, c'est Christian Morin, Roger Zabel ou encore Alain Gillot-Pétré qui reçoivent les plus grandes stars de la variété française (Johnny Hallyday, Serge Gainsbourg ou encore Mireille Mathieu).
La chaîne dépense sans compter. D'autant que, concession exhorbitante du pouvoir, elle a le droit de diffuser 250 films par an et ce, deux ans seulement après leur sortie (contre trois pour les chaînes à l'époque).
Mais le triomphe de La Cinq ne sera que de courte durée. Avec Chirac premier ministre, La Cinq ne disposera jamais d'autant d'émetteurs que ses rivales TF1, Antenne 2 et FR3, elle perd le droit de diffuser des films et surtout la concession de service publique est remise en cause. Les audiences de la chaînes restent bonnes et progressent jusqu'à atteindre un record en 1989 au moment de la chute du mur de Berlin avec plus de 13% de parts de marché. Insuffisant pour autant pour justifier les dépenses très importantes souhaitées par Berlusconi. Ce dernier s'oppose au patron de presse Robert Hersant, entré dans l'aventure La Cinq, en 1987, qui juge que l'Italien paie trop cher ses programmes américains. En retour, Berlusconi estime que l'information prend trop de place à l'antenne.
La Cinq meurt en 1992.
Aujourd’hui Berlusconi est mort et son parti Forza Italia va mourir, avalé par le parti de Meloni. Mais il a été un pionnier de la révolution du capitalisme et son combat va continuer sous diverses formes. Je vais relire des passages de ce livre sur un tournant pour l’Italie.
Jean-Paul Damaggio


