Berlusconi usant de la fascination pour l’incohérence (2)
Dans mon précédent article sur le sujet j’en étais resté au passage de la langue de la réclame, à celle de la publicité. Cette mutation venue des USA a mis du temps à s’imposer en France. Pensons aux interruptions publicitaires dans les films passant à la télé : combien d’années entre le premier cas aux USA et celui en France ? Peut-être 30 ans.
Mais revenons en Italie. Entre 1994 et sa mort, Berlusconi a dirigé le pays 8 ans sur 28 ! Autant dire que ses défaites furent beaucoup plus nombreuses que ses victoires mais ceci étant son ombre a toujours plané sur le pays et au-delà : qui connait le nom d’un des hommes politiques qui l’écartèrent du pouvoir ? Par l'effet média, au pouvoir ou pas, il était toujours là car en face ce n'était jamais le même homme. Même le mouvement Cinq Etoiles lui a fait mordre la poussière !
L’homme politique Berlusconi est né d’une incohérence : alors que les juges avaient détruit la classe politique pourrie qui gouvernait (le socialiste Craxi fuyant jusqu’en Tunisie) le remplaçant fut pire ! Et le phénomène n’a cessé de se développer. La révolution en Tunisie a chassé Ben Ali at aujourd’hui la situation est pire encore ! Les magnifiques révoltes populaires en Algérie, au Pérou et dans tant d’autres pays n’ont abouti qu’à des situations pires encore !
La fascination pour l’incohérence a donné lieu à un des petits livres majeurs de l’histoire philosophique : Le discours sur la servitude volontaire. Comment la servitude peut-elle être volontaire ? Ce livre n’a pu sortir de la nuit qu’avec la révolution française au moment où le peuple français décida d’en finir avec la servitude.
La force de Berlusconi n’a été que le reflet de l’incapacité de la gauche à lui opposer un projet libérateur et cette incapacité n’est pas le fait de tel ou tel parti (sans vouloir masquer leurs responsabilités) mais le fait de cette fascination populaire pour l’incohérence.
Les dictateurs d’hier refusaient la légitimité du suffrage universel. Berlusconi a été si bien élu qu’il a été souvent battu sans que pourtant il fasse un coup d’état pour garder le pouvoir. Dans les «démocraties» faire l’impasse sur les choix exprimés par le peuple c’est faire l’impasse sur son existence.
Souvent on passe d’une extrême dans l’autre : toute l’Italie aurait été pour Berlusconi alors que ne fut jamais le cas ou alors Hitler aurait été élu alors qu’il n’avait eu que 30% et qu’ensuite il refusa toute élection.
La servitude volontaire est alimentée par la puissance des pouvoirs mais si elle est alimentée c’est qu’elle existe sans ça !
Un véritable projet émancipateur suppose de s’affronter à cette réalité basique autant qu’au pouvoir de la classe dominante. J-P Damaggio