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Vie de La Brochure
23 juin 2023

Point Gauche n° 51 janvier 2001 Pourquoi la terre se réchauffe ?

Je reprends cet article de Lélian Veaux sur le Point Gauche 2001. Il y a vingt ans et le monde ne va pas mieux. C'est juste un document de plus pour juger de l'évolution historique. JPD

Hormis quelques savants, dont les recherches sont financées pour certains d'entre eux par l’industrie américaine du pétrole et du charbon, le monde scientifique en est persuadé : le climat terrestre connaît actuellement un réchauffement anormal et rapide et ce phénomène va s'accentuer pendant le XXIème siècle. Cette progression est due aux émissions de gaz issues d’activités humaines, à savoir :

1) le gaz carbonique (C02) provenant de la combustion du pétrole et du charbon qui constituent à présent plus de 65% des sources d’énergie auxquelles les humains ont recours, et de la déforestation.

2) Le méthane (CH4) issu essentiellement des activités agricoles modernes : rizières, ruminants, développement impressionnant des termites dû à l’abattage intensif des grands arbres des forêts tropicales. Tout ceci est lié à l’activité humaine et à la démographie.

Qu’est-ce que l’effet de serre ?

Laissons parler L. Ribaudeau Dumas : « La terre absorbe environ 50% de l’énergie que lui envoie le soleil. Cette énergie permet à notre planète de se réchauffer. Mais pour qu’elle remplisse effectivement son rôle, il faut l’empêcher de s'échapper. C’est là rôle dévolu à un « couvercle » constitué de vapeur d'eau et de gaz. Couvercle indispensable qui agit un peu comme une serre pour les plantes : sans cet « effet de serre » la température moyenne de notre planète descendrait à -18° ! Mais les gaz issus des activités de l'homme viennent renforcer et faire grossir cette couverture naturelle. Résultat : sous la serre, la chaleur augmente. De plus en plus ... C'est l'homme et non la nature qui est à l'origine du réchauffement de la terre. »

Qui mesure le réchauffement mondial ?

En 1988, l'organisation mondiale de la météorologie et le programme des Nations Unies pour l'environnement créent le GIEC : Groupe Intergouvememental d'Experts sur l’évolution du Climat. Ce groupe comprend plus de 4000 scientifiques et économistes du monde entier. Il a déjà publié deux rapports d’évaluation, en 1990 et en 1995. Son troisième rapport sera publié en 2001.

Des faits et des prévisions (source : le GIEC)

♦             Depuis 1750, la concentration atmosphérique de gaz carbonique s’est accrue d’un tiers. La concentration actuelle n’a jamais été dépassée depuis 420 000 ans. Le taux d'augmentation de la concentration de C02 dans l'atmosphère a été d’environ 0,4% par an pendant les 2 dernières décennies. Cette augmentation est due, pour plus des 2/3, à la combustion de combustibles fossiles et pour le reste à la déforestation. A la fin du XXIème siècle, les modèles prévoient des concentrations entre 540 et 970 ppm (ppm : parties par million). Ce chiffre est à comparer avec une concentration avant la révolution industrielle de 280 ppm et avec une concentration actuelle d’environ 367 ppm. La reforestation ne permettrait qu'une réduction de 40 à 70 ppm de la concentration de C02 .

♦             La température moyenne de la surface de la terre a augmenté depuis 1860 de 0,6° C (dont 0,15°C en 5 ans entre 1995 et 2000). Cet accroissement est estimé devoir être de 1,5° C à 6°C de 1990 à 2100 augmentation sans précédent dans les 10 000 dernières années. Le plus notable est le réchauffement des régions au nord de l'Amérique du Nord et dans l’Asie du Nord et du Centre.

♦             La surface de la couverture neigeuse a diminué d'environ 10% depuis les années 60 et devrait continuer à se réduire pendant le XXIème siècle.

♦             L'épaisseur de glace a diminué de 40% en Arctique (pôle nord). On dénombre 1000 icebergs dans les années 1990 contre 400 dans les années 1960. A l'exception de la banquise du Groenland et de l'Antarctique, les glaciers et calottes glacières continueront leur retrait généralisé pendant le XXIème siècle.

♦             Le niveau moyen des mers s’est élevé de 10 à 20 cm pendant le XXème siècle. Cette augmentation est dix fois plus importante que pendant les derniers 3000 ans. Entre 1990 et 2100, une élévation est prévue de 0,14 à 0,80 m avec une valeur centrale de 0,47 m ce qui est 2 à 4 fois le taux observé pendant tout le XXème siècle.

Pendant le XXème siècle, les précipitations ont augmenté de 0,5 à 1% par décennie sur la plupart des continents de moyenne et haute latitudes de l'hémisphère nord. Elles ont diminué sur la plupart des terres intertropicales (-0,3% par décennie). Les épisodes chauds du phénomène El Nino/Emo ont été plus fréquents, plus durables et plus intenses depuis le milieu des années 1970.

Les conséquences du réchauffement

Les terriens « doivent s'attendre à être confrontés à des bouleversements multiples et à la nécessité de s’y adapter » explique le GIEC.

♦             Une dérive des ceintures désertiques vers les pôles. On peut s’attendre, entre autres, à une aridification du Sud de l’Europe et des pourtours de la Méditerranée. « C’est dans les régions tempérées que l'on assistera à la migration la plus forte de cultures (vignes et céréales) et à l'impact le plus fort sur les capacités d’élevage » dit R. Sadoumy.

♦             Une augmentation des précipitations, en hiver, dans les latitudes moyennes.

♦             La hausse du niveau de la mer recouvrira purement et simplement des zones littorales, certains deltas de fleuves ainsi que des îles. 50% des humains vivent près de la mer.

♦             Risque de recrudescence des maladies infectieuses à transmission par vecteur comme le paludisme ou la fièvre jaune.

♦             Modification des écosystèmes et de la végétation voire disparition pour certains. La terre est habituée aux changements climatiques mais ceux-ci s'étendaient jusqu'à maintenant sur plusieurs millénaires. Or celui qui arrive se fera sur un siècle. Les capacités de résistance des écosystèmes naturels seront mises à rude épreuve surtout pour ceux dont l'évolution est longue. 11 faut plusieurs siècles pour qu'une forêt évolue. Mais comment réagira-t-elle à un réchauffement brutal ? Y survivra-t-elle ?

Quelques chiffres ?

♦             Chaque année les humains rejettent 7 milliards de tonne de C02 supplémentaires.

♦             Premier pollueur: les Etats Unis avec 25% des émissions, chaque américain produit chaque année 19,88 tonnes de C02 (chiffre 1996).

♦             La Chine arrive en second avec 14% des émissions.

♦             L'Union Européenne dans son ensemble : 2.3 tonnes par habitant et par an.

♦             La France : 6,23 tonnes par habitant et par an.

♦             Selon l’Agence américaine de l’énergie, les USA pourraient augmenter ces émissions de 34% d’ici 2010.

♦             En 2010 le secteur des transports français devrait représenter à lui seul 40% des émissions de gaz carbonique.

♦             Depuis 1990 le Japon a émis 8% de plus de gaz à effet de serre, la Chine 27% de plus, l’Inde 28% de plus, le Brésil 20% et l’Indonésie 40% de plus.

♦             Selon le journal de Pékin « China Daily » 64% des émissions de gaz à effet de serre proviennent des pays industrialisés alors qu’ils représentent 25% de la population mondiale.

Que font les gouvernements ?

Plus de 160 pays, l’UE, les Etats Unis et un groupe de 77 pays en développement se sont retrouvés lors de 3 conférences sur le changement climatique de la terre à Rio en juin 1992 , à Kyoto en décembre 1997 et à La Haye en novembre 2000. La convention de Rio compte parmi ses objectifs la stabilisation des émissions de gaz à effet de serre. En 1997 le protocole de Kyoto demande à 38 pays développés de réduire en 2010 leurs émissions de gaz réchauffant la planète d'environ 5% par rapport à 1990. Le Congrès des USA ne ratifie pas ce protocole ; principal argument : refus des pays en développement (dont la Chine) de s’y engager. Depuis 1997, la négociation sur la mise en œuvre concrète de ces objectifs n'avance pas. L’Europe et les Etats Unis s'opposent quant à la place du marché dans ces moyens.

Peu de temps avant l'ouverture de la conférence de La Haye en novembre 2000 le GIEC envoie au gouvernement de chaque pays participants un « résumé pour les décideurs » de l’épais « rapport d’évaluation » qui sera publié en 2001. Ce rapport est plus solide que les deux précédents. Les connaissances avancent. Les décideurs sont informés. La conférence de La Haye doit concrétiser le Protocole de Kyoto. La première semaine de la conférence chacun se positionne. Les Pays européens demandent sans que leur cohérence soit absolue :

-que les échanges de permis d’émission soient plafonnés avant d’obliger les pays à prendre des mesures nationales de réduction d’émission,

-que les forêts (ou puits de carbone) ne puissent être comptées, sauf marginalement, comme moyen de réduire les émissions,

-que les engagements pris à Kyoto soient respectés par un régime strict « d’observance » assorti de sanctions réelles.

Position des USA : « Vive le marché, vive les « puits » et « oui » à une observance réelle mais sans sanction financière." » (Le Monde du 21-11-00)

Certains pays du Groupe des 77 comme la Chine, l’Inde et le Brésil s’impliquent plus fortement que dans les deux précédentes conférences. Ils demandent le strict respect des engagements de Kyoto et de limiter l’utilisation des « puits de carbone ».

Le projet de texte final proposé le vendredi 24 novembre par le président de la Conférence (le ministre néerlandais de l’environnement Jan Pronk) comme base de travail, valide les principales demandes des USA :

-le marché des permis d'émission est accepté sans réserve.

-les « puits de carbone » sont comptés dans l'effort de réduction.

-les pays qui ne respecteraient pas leurs engagements ne seraient pas sanctionnés financièrement. Leurs obligations seraient reportées sur la période suivante.

-Une aide financière importante des pays industrialisés pour aider les pays du Sud à modifier leurs pratiques et leurs politiques énergétiques est acceptée malgré diverses réticences.

 

Monsieur Pronk privilégie l'objectif d'obtenir un accord des Etats-Unis, ne retenant presque rien de ce que l'Europe défend depuis plusieurs années. Lors des négociations sur ce texte, c'est au moment où il est proposé que les puits de carbone pourraient permettre aux Etats-Unis de défalquer 50 millions de tonnes de carbone de l'effort de réduction des émissions, que la Suède, la Finlande et l'Espagne refusent. Plus tard, lorsque les Européens se réunissent à nouveau, plusieurs ministres sont partis et Madame Voynet, présidente de l'Union, n'estime plus avoir un mandat européen.

Il n'y aura pas de « résolution de La Haye». Les gouvernements n’ont pas pu s’entendre et cet échec dans la concrétisation des engagements de Kyoto laisse un goût amer à ceux qui sont conscients de l’importance de l'enjeu. Les Etats-Unis, premier émetteur de gaz à effet de serre (20 tonnes par personne et par an contre 10 par Allemand et 2,3 par Chinois) jugent que ce n’est pas leur mode de vie qui est en cause mais plutôt l’inefficacité économique du reste du monde. En effet, disent-ils, quand on raisonne en tonnes de C02 par unité de produit national brut, un Américain émet 0,77 tonne de C02 pour 90 dollars de PNB quand un Chinois émet 3,54 tonnes pour produire le même revenu. C’est pourquoi les Etats-Unis ont défendu l’idée des marchés de permis d’émissions, moyen privilégié de transférer les technologies efficaces notamment aux pays en développement.

Cependant, même si les Américains sont plus efficaces que la grande majorité des pays du Sud, ils restent en dessous des performances européennes. Quand un Américain émet 0,77 tonne de C02 pour 90 dollars de PNB, le Danois en rejette 0,3, l'Allemagne 0,46. Bien qu'ils aient une image d'avance technologique du fait de leur maîtrise de l'informatique les Américains sont en retard si l'on évalue le progrès technologique global par la capacité à maîtriser ses consommations d'énergie. Actuellement, la puissance impériale des Etats-Unis leur permet de freiner l'effort international de lutte contre l'effet de serre, ce que leur inefficacité relative leur impose : alors qu'ils se sont engagés à Kyoto, en décembre 1997, à réduire de 7% leurs émissions par rapport à 1990, ils ont déjà dépassé ce niveau de 11% et pourraient le dépasser de 28% en 2010 !

C'est leur refus d'accorder, dans leur pays, la priorité à la protection du climat qui est à l'origine de l'échec de la conférence de La Haye.

Lélian Veaux

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