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Vie de La Brochure
2 août 2023

Eléments sur l’échec de Podemos

Je ne prétends pas avoir raison mais une chose est sûre, l’échec de Podemos ne fait pas l’objet d’analyses que je connaisse, y compris dans la presse espagnole.

Or cette question concerne aussi la France et l’histoire de la gauche radicale en général.

Cet échec, pour des raisons différentes fait suite à l’échec du PCE (Parti communiste) puis d’IU (Izquierda Unida) avec par contre un résultat commun : le succès du PSOE !

Sans refaire l’histoire disons qu’après la mort de Franco, le PCE n’a été légalisé qu’après que les socialistes aient occupé le champ électoral. Le PCE avait la colonne vertébrale de l’opposition au franquisme mais on ne se bat pas dans la clandestinité comme dans la clarté. Et aussitôt s’est posé la question qui divisait : comment s’unir au pas avec les socialistes ?

Pour sortir de l’échec le PCE a accepté d’unir toute la gauche radicale dans le cadre d’Izquierda Unida ce qui a peut-être eu pour effet d’empêcher la naissance d’un parti écologiste. Mais les scores d’IU faisaient de ce parti un supplétif du PSOE.

Podemos ait né au nom d’un objectif erroné mais qui a eu son moment de gloire : battre la caste, c’est-à-dire le 2% qui domine le pays. Sauf que le système a le soutien d’environ 20% de personnes qui en bénéficient. Contre la caste a permis à Podemos de faire un bond dans les sondages lui permettant d’atteindre son rêve : faire mieux que le PSOE ! Je dis un rêve car la contre-attaque du pouvoir qui n’allait pas se faire attendre, n’a pas été anticipée. Donc quand il est apparu que les scores électoraux n’étaient pas aussi haut que prévu, Podemos comme le PCE auparavant, a proposé une stratégie d’union avec IU pour peser davantage. Sauf que ce changement de stratégie ramenait Podemos à la stratégie d’IU qui avait été auparavant si fortement dénoncée (sans nuances).

Dans le même temps il est apparu que la caste… c’était le groupe dirigeant de Podemos ! Tous étaient des jeunes universitaires issus du monde de la communication qui, au contact de la réalité politique, a commencé à se diviser.

Globalement l’échec de Podemos provient d’une confusion : la réalité d’un pays ne tourne pas autour de la communication même quand la communication joue un rôle de plus en plus grand.

L’exemple de cette analyse erronée a été donnée par Pablo Iglesias. Il quitta le gouvernement pour se lancer dans la bataille de Madrid pensant que sa notoriété à la fois radicale et de gestionnaire lui serait favorable or son échec a été si cuisant que comme Jospin, il décida aussitôt d’abandonner la lutte électorale.

Tout comme pour le courant communiste, la réalité d’un pays n’a pas tourné autour de sa classe ouvrière.

Pour un parti si jeune (le PCF bien que très vieux tomba dans les mêmes travers), à affronter la réalité gouvernementale, les failles devinrent des gouffres.

Yolanda Diaz a été mise en vedette en tant que ministre du travail. Venue d’IU qu’elle avait abandonnée, elle était un enfant du syndicalisme. Pendant ce temps une ministre Podemos obtenait que les jeunes de 16 ans puissent décider de leur transition (changement de sexe) sans autorisation des parents.

Et quand la direction de Podemos est au gouvernement, la question du parti lui-même passe au second plan (sur ce point le PCF ne fit pas cette erreur en 1981).

Podemos révéla un immense besoin de la société espagnole : changer sa classe politique. Celui qui en tira la leçon la plus efficace fut Pedro Sanchez qui, après une lutte interne difficile au sein du PSOE, put s’installer au pouvoir.

Aujourd’hui, avec une gauche radicale diminuée en forces et en ambitions, il va pouvoir en revenir à une politique centriste (certains disent réaliste) et impose son accord avec le Maroc sur le dos du Sahara occidental pour prendre un exemple.

L’Espagne cependant se trouve ainsi plus fragile que jamais et Yolanda Diaz, avec ses origines galiciennes, est bien placée pour la mesurer. Mon voyage dans cette région m’a permis de mesurer que l’importance des autonomies était cruciale là-bas aussi : la gauche radicale avait existé sous le terme Marea et avait obtenu de grands succès mais par la suite ce fut la division Podemos IU Marea et l’échec est global y compris pour les amis de Yolanda Diaz

La fragilité est celle de l’émiettement du pays et bien sûr le cas catalan est emblématique avec aujourd’hui la gauche radicale qui a été obligée de soutenir le parti socialiste pour la mairie de Barcelone. Car en Catalogne aussi il y avait Podemos et Comuns pour compliquer la situation.

Un dernier mot sur Vox. Suzana Diaz pour Sumar a mené campagne contre Vox sans comprendre que le bénéfice en revenait au PSOE. En effet, pour empêcher Vox de participer au gouvernement il fallait que le PSOE arrive avant le PP. 

Dans deux régions seulement le PSOE arrive en tête : la Catalogne et le Pays Basque, deux régions qui servent de repoussoir à Vox pour que le reste du pays bascule à droite ou à l'extrême-droite. A suivre. JPD 

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