Benedetto en 2002
Très franchemnt, je n'aime pas du tout ce texte de Benedetto qui parle par ailleurs d'une question toujours très présente (c'est le moins qu'on puise dire). En fait vu la violence subie soyons bien content que les jeunes ne mettent pas le pays à feu et à sang. Mais qui sont donc "les jeunes" ? Après 68 Benedetto écrivait : "Urgent crier !" et il se souvenait peut-être que ceux qui mirent le feu aux voitures en 68, se casaient déjà dans les cercles du pouvoir. Et si d'autres feront de même ensuite, au service des mafias vu que les cercles du pouvoir sont de plus en plus mafieux, je ne sens derrière son propos aucun enjeu révolutionnaire. Ce texte est démagogique et paternaliste mais peut-être ne nous reste-t-il que cette position vis à vis de jeunes mythiques ? car ceux plus réels s'activent sérieusement. J-P Damaggio
L’Humanité 16 janvier 2002
Oh oui ! la sécurité, nous en avons besoin, nous toutes et nous tous, et puis surtout les jeunes. Nous vivons dans un monde instable, inquiétant, dangereux, où la violence à chaque instant et sous toutes ses formes nous agresse et nous frappe. N'importe quand et n'importe où soudain des catastrophes se produisent. Des fleuves sortent de leur lit. Des torrents s’enflent et déferlent. Des terrains d’affaissent. Des tremblements de terre engloutissent des populations. Des vagues de la mer emportent des promeneurs. Des bourrasques de vent arrachent tout, tuent et dévastent. Selon les statistiques, chaque année des records sont battus. Tout cela, les jeunes le savent et ils constatent que les adultes, qui ont les pouvoirs, n'y peuvent rien et que quand ils le pourraient, ou bien ils ne font rien par négligence ou bien ils prennent des décisions lourdes de conséquences, - hélas souvent par intérêt, dans les petites comme les grandes villes.
Au niveau mondial, États-Unis en tête, beaucoup de pays refusent de signer et de s'engager avec la communauté internationale pour réduire les gaz à effets de serre, pour promouvoir les droits de l’enfant, pour abolir la peine de mort, pour interdire les mines antipersonnel... Tout cela les jeunes le savent et si les grands pays du monde, si les très puissantes démocraties ne respectent ni les êtres humains, ni la nature, ni l'avenir de la planète et des espèces, pourquoi eux, les petits, les infimes qui ne pèsent rien, respecteraient-ils quelque chose ? Ce serait dérisoire ! Si les grands responsables et les chefs tant montrés et tant vantés ne font rien pour améliorer l'avenir, pourquoi eux s’inquiéteraient-ils du futur et même du présent ? Quand ils voient ce que font les Russes aux Tchétchènes, les Israéliens aux Palestiniens et les Nords-Américains à tout le monde, quand ils voient que la force prime le droit et se permet tout, pourquoi eux, de quelque milieu qu'ils soient, respecteraient-ils leurs petits camarades ? Pourquoi respecteraient-ils les enseignants qui leur paraissent peut-être au service d’un monde corrompu, et sans autre règle que celle du profit ?
Il est épouvantable de constater cela et de se dire que la violence est pire que celle qu'on dit, que le mal est plus profond qu'on ne peut l'imaginer. Tout coûte trop cher, mais plus rien ne vaut quelque chose. Tout a une valeur, mais les valeurs se dissolvent dans l’air du temps. Le monde est une marchandise, mais l’avenir ne vaut pas un clou. Depuis tout petit, les jeunes savent ce qui se passe dans le monde. Ils ont des yeux et des oreilles. Ils entendent les nouvelles. Ils voient les images. Le poids des mots dans leur esprit et le choc des photos dans leur imaginaire ne peuvent les laisser indemnes. La violence des faits jaillit des pages et des écrans. Oh pas la violence des films et des séries, oh non ! Mais celle des nouvelles qui dégorge à pleins tubes cathodiques et qui des milliards et jeter des gens à la rue. Des gens comme eux. Ils apprennent les gains excessifs des sportifs, les méfaits des violeurs qu'on appelle cyniquement des pédophiles et dont on fait l’apologie ouvertement, les sans-logis qui meurent de froid, les enfants qui meurent de faim, les prostituées et les prostitués, très jeunes, et toutes les autres horreurs déversées quotidiennement.
Et trop souvent sans grande déontologie. Exemple: les drogues sont toujours présentées comme des sources de profits colossaux. On dit ce que ça vaut, des millions, et on ne dit jamais ce que ça coûte aux malheureux, à leurs parents, et à tout le monde. On pourrait dire aussi à quoi ça pourrait servir pour le bien... Mais quel présentateur s’est jamais posé la question ? À ces jeunes, à ces adolescents, où qu’ils soient, tout leur dit à chaque instant et de mille manières que ce monde est foutu. Cette hypothèse d'une fin programmée contre laquelle on ne pourrait rien atteint les esprits avec une extrême violence. Et eux, ils ne peuvent rien du tout pour empêcher l’apocalypse. C’est déjà beau qu’ils aient encore globalement des comportements civiques, qu’ils ne foutent pas tout à feu et à sang comme on semble l'attendre d’eux, ou qu’ils ne tombent pas tous dans les poches des intégristes.
La violence gicle de partout. On ne peut pas y échapper. On n’échappe pas plus à la violence générale qu'à la pub. Il n’y a aucune sécurité, aucune protection possible. C’est comme une contamination générale. Ainsi dit un poète: «Tu cueilles une fleur, tu bouges une étoile. » Tout est lié. Une bourrasque ici et beaucoup plus loin une feuille qui tombe. La violence c’est comme la marée noire. Un seul trou dans la coque d’un navire et des centaines de kilomètres de côtes polluées. Et que propose-t-on comme solution ? La répression, toujours la répression. De qui la répression ? Des feuilles qui tombent ! Des «sauvageons» bien sûr, de leurs parents et jamais des lointains responsables. Et trop souvent la violence institutionnelle qui relaie la violence du profit. On accuse, on n'explique jamais. Les politiques ont de grandes responsabilités parce qu’ils accusent des innocents au lieu d'expliquer. Et s’ils ne s’expliquent pas, c’est peut-être qu’ils sont complices et coupables. Il faudrait qu’ils se mettent à parler vraiment, à dire ce qu'ils savent, à expliquer à fond et pendant le temps qu’il faut. Qui donc, quoi donc les empêche ? Le taux d'audience, le pourcentage des parts de marché ? Si l’autorité de l'Etat est attaquée, l’État doit s’interroger sur cette autorité, sur ses fondements et sur sa légitimité. Sécurité d’abord. Toute la sécurité pour toutes et pour tous contre toutes les violences.
(*) Ecrivain, dramaturge, directeur du Théâtre des Carmes d'A vignon. Dernier ouvrage paru : les Arpenteurs de la cité, Editions Gilles Brémont, 2000.
