Le rugby à Graulhet en 1965 avec Pauthe
Graulhet reste pour moi une ville bizarre. Les circonstances de ma vie m’ont permis de bien connaître, Cordes-Carmaux, Puycelsi—Gaillac-Albi, Castres-Mazamet mais pas Graulhet. Pourtant c’est la première ville du Tarn où je suis allé en 1965 mais où je ne suis jamais repassé. Je m’en souviens car la route empruntée tournait beaucoup et j’ai eue peur. C’est sans doute mon oncle qui conduisait. Nous allions voir un match Graulhet-USM. Deux équipes équivalentes. Comment une petite ville comme Graulhet pouvait-elle rivaliser avec Montauban ?A cause des mégissiers ! Et ce nom ajoutait au mystère surtout en y arrivant : la ville était d’un gris et d’une tristesse immenses. C’était ça les mégissiers ? En 1967 Montauban est devenu champion de France car sur sa route ils purent éliminer Graulhet qui les avait si souvent éliminés ! Il n’y avait pas de grands internationaux sauf un pilier et en équipe de France les discussions avec Cabanier devaient être épiques. Installé dans l’élite du rugby français, le Sporting Club graulhétois va disputer entre 1955 à 1973, 18 seizièmes de finale de 1ère division consécutifs, 11 huitièmes (dont 7 consécutifs), 6 quarts de finale (dont 3 consécutifs de 1965 à 1967) et 3 demi-finales dont 2 de suite (en 1957 puis en 1966 et 1967).
Pour aujourd’hui je retiens seulement cet article que la suite des événements va confirmer puisque Graulhet ira en demi-finale. J-P Damaggio
Guy Pauthe « rendez-vous la saison prochaine »
(juin 1965 Miroir du Rugby)
« NOTRE meilleure saison ! Supérieure même à celle qui nous permit d’atteindre les demi-finales en 1957 et de quitter le championnat à ce stade sans avoir été battus sur le terrain (match nul 3-3 et élimination par le R.C.F. à la plus jeune moyenne d’âge).»
Le triumvirat Marcel Batigne (président), Francis Rouzières (conseiller technique), Guy Pauthe (capitaine) est unanime : « Jamais le S.C. Graulhet n’avait, au cours de son existence, marqué le rugby français comme il vient de le faire cette saison. »
Club numéro un à la fin des poules de huit après avoir terrassé le champion de France palois et le glorieux F.C. lourdais à deux reprises le club tarnais s’est imposé non seulement par la valeur individuelle de bon nombre de ses éléments mais surtout par une méthode de jeu très complète prônée par Rouzières à son avènement.
Que de chemin parcouru depuis le règne du fameux « demi d’ouverture- botteur » Vidal autour de qui tout le jeu des « mégissiers » tournait !
Sous la double baguette de Guy Pauthe et d'André Abadie le « quinze » graulhetois est un groupement très complet dont le registre ne comporte qu’une seule lacune : l’absence d’une paire de grands sauteurs à la touche qui libèrerait Abadie de son rôle de « filtreur » pour d’autres tâches, plus payantes, de construction et de percussion.
Abadie, bouclier de Pauthe
Soucieux de délivrer à Guy Pauthe et à son excellente ligne d'attaque des ballons non tarés le pilier international « B » est contraint d'assurer une fonction de relayeur sur toutes les balles, ce dont on lui a injustement fait grief, notamment lors du «huitième», contre Montauban, au stadium municipal toulousain.
Guy Pauthe tient à éclairer la lanterne de ceux qui ont pu penser que ce faisant, Abadie tirait un tant soit peu la couverture à lui :
« Nous avons sciemment mis ce procédé sur pied pour pouvoir tirer le maximum de nos ballons conquis à la touche. A fin de gagner du temps et compte tenu du fait que nos sauteurs ne peuvent pas contrôler la balle avec netteté et la transmettre directement, nous leur demandons simplement de la dévier dans notre camp le plus rapidement possible sur Abadie qui la récupère... et subit le choc de la première vague d’assaut adverse. Il va de soi que si j’étais obligé d’assurer ce rôle et... d’encaisser tous les coups qui glissent sur la solide carcasse d’André, je n’aurais pas tenu la moitié de la saison ! »
Ce point éclairé abordons le « point chaud » de la saison : l’éviction de justesse (5 à 0) du championnat par le C.A. briviste à Béziers.
Les raisons de la défaite de Béziers
C'est avec un pincement au cœur que les Graulhetois ont enregistré l’annonce du succès briviste sur le Stade Montois, Guy Pauthe estime en effet :
« Nous valons bien les Brivistes ! L’écart au score le prouve d’ailleurs mais aussi la façon dont ils nous ont éliminés. Notre défaite tient à bien peu de choses. Devant, nous étions en effet supérieurs en valeur intrinsèque mais, comme notre pack était un peu émoussé, nous avons davantage tenté de construire derrière et comme ils sont plus alertes que nous dans ce secteur ils nous ont nettement « pris en contre ».
« Nous avons aussi manqué de chance. Ainsi, alors que leur arrière, Villepreux, qui avait longtemps cherché la cadence et qui prouva l’avoir pleinement retrouvée, s’est présenté contre nous au summum de sa forme, le nôtre, Casals, sensationnel tout au long de la saison, n’a pas fait preuve de son habituelle souveraineté.
« Si notre pack avait tourné à son régime habituel les données du problème eussent totalement été inversées. C’est eux qui auraient été dans l’obligation de prendre des risques derrière.
Pauthe et Rouzières encore là l’an prochain
« Nous les avons d’ailleurs tellement dominés en première mi-temps qu’ils nous ont ensuite confiés ne pas croire pouvoir s’en sortir. Leur unique essai fut un coup de raccroc. Notre troisième ligne, obnubilée par le drop-goal que pouvaient tenter, après mêlée près de nos buts, Puget ou Roques, a laissé toute liberté de manœuvre au jeune Levin.
« Ne déduisez pas de tout cela que je mésestime les qualités fondamentales de notre vainqueur. Je veux tout simplement faire ressortir le fait que la marge qui nous sépare de lui est minime et que notre élimination est en partie justifiée par notre manque d’habitude des grandes confrontations. »
On a parlé de retraite pour Pauthe et Rouzières, comme on en parlait les saisons précédentes en ce qui concerne le président Batigne toujours solide au poste.
Ce dernier nous a confié :
« La retraite annuelle ? C’est chez nous un rite ! Rappelez-vous combien de fois j’ai — en toute franchise — annoncé la mienne, pour me rendre ensuite aux bonnes raisons que l’on m’avançait et reprendre le collier. En ce qui concerne Guy je crois pouvoir vous affirmer qu’il sera encore fidèle aux rendez-vous importants de la saison prochaine. Certes, à 32 ans, il estime le moment venu de laisser la place aux plus jeunes: Mazel et Bousquet. La saison prochaine nous ne lui demanderons pas de participer à tous les matchs seulement aux confrontations difficiles. Et il m’a déjà donné l’assurance que nous pourrions compter sur lui. Pensez donc, Guy et son père cela représente 50 ans de rugby au service du club. Un passé dont on ne s’affranchit pas brutalement !
« En ce qui concerne Francis Rouzières il en est de même. Il est possible que pendant un mois ou deux il cède ses prérogatives à quelqu’un d’autre au début de la prochaine saison mais ensuite... »
Le triumvirat qui a si brillamment conduit, cette saison, les destinées du S.C. Graulhet sera donc encore aux commandes du club en 1965-66. Il pourra compter sur tous les éléments actuels sauf sur le deuxième ligne Villeneuve (qui épouse une Héraultaise et s’expatriera peut-être) et recevra l’appoint de trois ex-juniors de grande qualité : un futur Dauga : Zumerle deuxième ligne de 1 m 90 tout en muscles et en os, un trois-quart centre : Ferrières et un ailier : Blanc.
Ce renfort joint à la plus grande maturité de l’ensemble dont le symbole est le demi d’ouverture Andrieu (qui, en une saison, s’est totalement métamorphosé, devenant un chef d’attaque de très grande qualité) doit permettre au S.C. Graulhet de saisir à pleines mains l’an prochain la chance qu’il a laissé passer cette année devant Brive. Pauthe et son président en sont intimement persuadés ! Henri GATINEAU
