Inauguration de la ligne Bordeaux-Sète en 1856
J'étudie l'arrivée du premier train à Montauban le 27 août 1856. Cette ligne sera inaugurée le 31 août et le lendemain le Journal de Toulouse rend compte des cérémonies qui débutèrent par la bénédiction de deux locomotives grâce à l'archèvêque, dont je reprends le discours. Tel était alors le Second empire ! Et telle était la religion qui, au même moment, refuse de tout son poids (immense) les découvertes des premiers préhistoriens. Franchement, cette lecture est effarante ! Et j'en remercie d'autant plus, ceux qui nous ont évité la perpétuation de telles pratiques (mais qui reviennent par la bénédiction des cartables). Mais pourquoi vouloir récupérer y compris une innovation technologique comme une voie ferrée ? JPD.
Mgr Mioland s’est exprimé ainsi :
« Messieurs,
Vous désirez que la Religion répande ses bénédictions sur les prémices de cette nouvelle voie, et sur tous ceux qui en recueilleront le bienfait. Nous applaudissons à ces désirs si chrétiens, et nous mêlons volontiers notre ministère pastoral à cette première fête. Qu’est-ce, en effet, que ces prières et ces bénédictions ? C’est un acte de foi chrétienne. Et en demandant ces prières, en vous y unissant, que faites-vous? Vous professez solennellement deux grands principes de votre religion. Vous reconnaissez d’abord que tout vient de Dieu ; et ensuite que tout doit retourner à lui. Double sentiment qui vous honore, Messieurs, et vraiment digne, soit de cette noble et religieuse Cité, soit des magistrats qui président si sagement à ses destinées, soit du guerrier illustre, qu’un choix auguste place parmi nous comme le représentant de ce Prince dont le génie veille avec une égale sollicitude à la prospérité comme à la gloire de la Patrie [le général Roguet qui représente Napoléon III].
Oui, tout vient de Dieu ; tout don parfait, tout bien excellent, à quelque ordre qu’ils appartiennent, descendent de ce Dieu, père des lumières; et auteur de toutes choses.
Oui, nous sommes tout entiers dans ses mains, dit l’Esprit-Saint; nous, notre sagesse, la science de nos œuvres et la manière de les conduire. Or, de même qu’à l’origine du monde, Dieu amena devant le premier homme, comme devant le loi de la création, les animaux de la terre, pour qu’il leur fît reconnaître son empire en leur imposant un nom ; l’homme, à son tour, amène aux pieds de Dieu, frémissantes mais soumises, comme un tribut de ses facultés exercées et perfectionnées, les forces de la nature qu’il a su dompter et assouplir à ses usages.
Gloire donc à Dieu seul qui nous a fait ce que nous sommes ; qui nous a donné tout ce que nous avons, et surtout l’intelligence et le génie pour nous en servir !
Mais si tout nous vient de Dieu, tout doit retourner à lui; n’est-il pas en effet la fin comme le principe de toutes choses? N’a-t-il pas tout créé pour sa gloire? Et retenir pour nous quelque chose de ses dons, ne serait-ce pas un larcin et une usurpation sacrilège?
Or, combien cette offrande n’est-elle pas plus digne de lui, si on l’ose dire, et plus précieuse à ses yeux, quand ses dons sont plus excellents et les œuvres de notre génie plus merveilleuses ?
Tout parle ici, messieurs; quelle puissance que celle qui a été donnée à l’homme sur la matière ! Elle soumet à la fois le temps et l’espace; elle court sur la terre à pas de géant; elle lutte sur la mer avec la rapidité des vents ; et toutefois, quel que soit le génie de l’homme qui l’emploie, quelle que soit la force et l’habileté du bras qui peut la dompter et la gouverner, le bras de l’homme, ni son génie ne pourraient y suffire, si la main du Seigneur ne s’étendait pour protéger et pour bénir; pour faire de ces éléments redoutables des ministres dociles et des messagers fidèles.
Voilà, Messieurs, le sens des bénédictions de l’Eglise.
Nous allons consacrer au Seigneur l’usage de ces merveilles humaines, lui demander d’en écarter tout péril, et de nous faire la grâce de ne nous en servir que dans l’ordre de sa providence, c’est-à-dire pour accomplir ses desseins sur nous pendant le temps si court de notre pèlerinage.
Recevez donc, Seigneur, nos humbles actions de grâces pour ces dons du génie et du travail qui vous sont offerts comme au souverain maître d’où ils émanent. Que vos anges, que la bienheureuse Vierge Marie veillent sur tous ceux qui parcourent cette voie nouvelle ! Et qu’en usant des biens de la terre qui passent, nous n’oubliions jamais ceux du ciel qui demeurent éternellement ! »
