Canalblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Vie de La Brochure
27 septembre 2023

Les abstentionnistes ?

145454_couverture_Hres_0-681x1024

Le 21 septembre Roger Martelli rend compte du livre de Julia Cagé et Thomas Piketty.

Le 24 septembre il rend compte de ses désaccords avec Mélenchon et Bompard sur le même sujet. Comme vous pouvez le vérifier, comme moi, il renvoie par clic aux textes des deux insoumis.

 Le 26 septembre l’insoumis Antoine Salles-Papou répond sur le journal L’insoumission. Mais sans donner les liens.

 Pour ma part je retiens de Martelli ce qu’il dit des abstentionnistes.

« Bompard évoque ce qu’il appelle le « quatrième bloc », à savoir la masse des abstentionnistes. La formule a pour elle sa simplicité, en écho à la métaphore si répandue des « blocs ». Mais justement, elle a le défaut qui est celui de prétendus blocs, qui sont des mythes plus que des réalités. Cela fait des décennies que l’on entend répéter que la question des questions est « de s’adresser aux abstentionnistes ». Quand le PCF a commencé à reculer électoralement, au début des années 1980, la direction du parti s’est mise à expliquer que le PC avait été victime de l’abstention, que les abstentionnistes restaient des électeurs communistes potentiels et qu’il suffisait de s’adresser à eux pour les remotiver. En fait, ils ne sont jamais revenus et le déclin du PCF a été continu. Par la suite, alors que l’abstention croissait un peu plus à chaque élection, l’idée s’est généralisée : il faut regagner les abstentionnistes. Globalement, ce fut sans effet massif, en France comme ailleurs. L’abstention a suivi son petit bonhomme de chemin.

Le problème est que, par définition, les abstentionnistes ne sont pas un bloc. Leur nombre augmente, mais s’il y a un noyau permanent de désengagés, beaucoup d’abstentionnistes le sont de façon aléatoire, tantôt à l’écart, tantôt mobilisés ponctuellement. Et, globalement, s’ils sont en général un peu plus perplexes à l’égard du monde politique en général, ils ne se distinguent pas politiquement de ceux qui votent. En 2022, l’institut OpinionWay, a mené une enquête après le premier tour de la présidentielle. Le nombre d’individus interrogés était suffisant pour extraire un panel d’abstentionnistes, à qui l’institut a demandé ce qu’ils auraient choisi si, in fine, ils étaient allés voter. Globalement, les réponses se distribuaient dans les mêmes proportions que les suffrages exprimés ce jour-là dans les urnes.

Quand dans les années 1960 et 1970 — jusqu’aux législatives de 1978 —, la participation électorale a eu tendance à augmenter, et notamment dans les catégories populaires urbaines, ce ne fut pas parce que la gauche d’alors — et en premier lieu le PC qui était la force à gauche la plus dense et la mieux organisée — a mis plus de forces dans les quartiers populaires. Le moteur de la participation était avant tout dans la confiance, dans le sentiment que, cette fois, la gauche allait gagner et « changer la vie ». La propension au vote ne découlait pas de la seule volonté, elle ne relevait d’aucune « méthode Alinsky » de propagande (autrefois, on appelait cela… le porte-à-porte). L’essentiel était que la gauche de ces années-là avait un programme commun, mais surtout elle attisait une espérance et apparaissait comme porteuse d’une perspective crédible pour que cette espérance réussisse enfin.

Il n’est pas besoin de beaucoup d’études pour comprendre que, après des années de modèles en échec (le soviétisme, l’État-providence, la révolution tiers-mondiste…) et de déceptions populaires accumulées, c’est cette confiance toujours nourrie par des projets qui est la clé des reconquêtes. Or la confiance s’acquiert avant tout par la pratique, la proximité sensible, l’esprit de rassemblement et donc de tolérance. Si elle est contrariée, c’est par l’arrogance, l’affirmation péremptoire, la tentation du clivage et de la dénonciation des « autres », même s’ils sont les plus proches. »

 Je suis d’accord avec cette analyse. Ce n’est pas la première fois que Mélenchon –Bompard reprennent une stratégie ancienne du PCF (je pense par exemple à la référence à l’union populaire) qui, malheureusement, sur le lo,ng terme, n’a pas donné les succès escomptés.

Salles-Papou écrit : «J’admets qu’il ne soit pas d’accord avec notre analyse nonobstant les succès de sa mise en œuvre depuis dix ans ». LFI est sur le bonne voie vu les succès à la présidentielle. Oui mais jusqu’à quel point ce succès, quand il se limite à la présidentielle ?

D’où la référence de Bompard aux abstentionnistes : il suffit de les remotiver et cette fois la victoire est au bout. Or quand on regarde globalement les élections il est facile, comme le pointe le sondage évoqué par Martelli, de constater par exemple que l’abstentionnisme touche autant le RN que la gauche ! Les prochaines européennes vont le prouver. L’abstentionnisme est un problème plus profond, plus divers que les fausses références aux blocs.

Salles-Papou ne répond pas à Martelli sur ce point, et sur les autres il bavarde.

JP Damaggio

P.S. La discussion sur les autres points est tout autant utile mais peut-être une prochaine fois.

Commentaires
Vie de La Brochure
Archives
Newsletter
Derniers commentaires
Visiteurs
Depuis la création 1 085 353