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Vie de La Brochure
14 octobre 2023

Redeker et le rugby

Je cherche Michéa sur l'Humanité qui me renvoie à un ancien article de Redeker sur le triste programme philo décidé par le gouvernement Jospin. Je cherche cet article et je tombe sur ce bilan de la Coupe du monde de rugby de 2007, mais malheureusement il  n'y a que le début de l'article. Pour Sitjar je le reprends cependant. JPD

 

La coupe du monde hantée par les spectres du rugby, Robert Redeker

Dans Les Temps Modernes 2007/4-5 (n° 645-646), pages 7 à 12

Enfant, du temps innocent des Zani et des Sitjar, je suivais les bleus et blancs du SU Agen, me dirigeant parfois vers le bucolique stade Armandie en fredonnant : « Avec un peu de chance/Le SU agenais sera champion de France. » L’ancien amateur de rugby tirera la leçon suivante de la récente Coupe du monde : ce jeu est devenu un sport-spectacle. Mais n’est-ce pas le destin, comme l’avait vu Baudrillard, de tout ce qui bascule du côté de l’écran planétaire ? La télévision tue ce dont elle s’alimente. Qui survit alors comme un spectre increvable dans son éternel au-delà déréalisé. Le jeu de rugby vient d’en faire la funèbre expérience.

Le sport traque le jeu avec l’implacabilité d’inquisiteurs lancés dans une chasse aux sorcières. Qui ne se souvient de ces ailés trois-quarts centre de rugby — Badin, Maso, Sangali, Bertranne, Codorniou, entre autres —, anges persécutés, trop souvent écartés du XV de France, parce que trop créatifs, risquant, par leur inventive folie, de mettre en danger le résultat chiffré ? Pourquoi cette traque ? Essentiellement parce que le jeu ne s’ordonne pas à la rentabilité, à l’efficacité comptable, parce qu’il plonge ses racines dans d’autres valeurs que celles du sport devenu tiroir-caisse, spectacle planétaire permanent. Pour que prospère le sport, il faut que meure le jeu. L’une des racines refoulées du sport réside dans la gratuité, âme du jeu. Gratuit était le jeu sportif de jadis. « La rose est sans pourquoi, fleurit parce qu’elle fleurit… », a écrit, d’un vers qui expose mieux la gratuité que de pesants traités de philosophie, le poète allemand Angelus Silesius…

 

Et sur le site du Figaro : Robert Redeker: «Pourquoi je suis passé du foot au rugby»
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