JP Pabanel et les législatives de 2022
Par l’intermédiaire d’une nouvelle collection chez Cairn, Jean-Pierre Pabanel propose une analyse des élections législatives de 2022 sur la deuxième circonscription du Tarn et Garonne qui a vu la victoire du RN.
Première observation : Au vu de la situation, pour Jean-Pierre Pabanel cette victoire était annoncée dès le départ. Bien qu’il ait eu un pied dedans, il présente un tableau objectif du rapport de forces, et si les acteurs impliqués veulent croire en son renversement par la campagne électorale, les faits sont là, Martine Hamelet a gagné très largement. Ce qui, pour les uns ou les autres, ne rend pas inutile une campagne puisqu’elle permet d’en tirer les conséquences !
Deuxième observation : L’espace de la brochure (30 pages, petit format, 5 euros) ne permet pas de donner toute l’épaisseur historique au fait, ce qui confirmerait ce constat. La victoire du RN est un combat de longue date sur le secteur, un travail de fourmi qui n’apparaît qu’avec les élections mais qui existe au quotidien et discrètement (et le fait que local de la députée soit toujours fermé ne change rien à ce constat). L’évolution nationale et la particularité locale font que depuis 1984 la commune de Moissac a les meilleurs résultats du FN-RN de tout le Tarn-et-Garonne (sauf toutes petites communes), lui-même fortement FN-RN dans la région Midi-Pyrénées. On aurait pu espérer qu’avec la victoire éclatante de Romain Lopez aux municipales de Moissac des leçons seraient tirées par les autres forces politiques.
Troisième observation : Au second tour la candidate PRG a refusé de donner une consigne de vote, or, quand elle était seconde face au RN comme en 2017, elle faisait des appels au front républicain, le PRG pointant d’ailleurs ceux qui ne s’y ralliaient pas. Au second tour la candidate RN, même après ajout des résultats du candidat Reconquête elle a fait 6000 voix de plus. D’où venaient-elles dans un contexte d’abstention plus forte ? On peut considérer qu’elles ne venaient pas des voix de la NUPES qui se retrouvent surtout dans les votes blancs et nuls ou dans l’abstention, la candidate ayant appelé à refuser toute voix au RN. Elles venaient donc des 9892 voix de la candidate PRG.
Quatrième observation : Il avait été dit pendant les années 80 que le succès du FN venait de l’effondrement du PCF. Le cas du Tarn-et-Garonne prouvait le contraire vu le faible score de ce parti et le bon score du FN. Nous savons à présent que la porosité existe entre tous les électorats et que, comme le rappelle Jean-Pierre Pabanel d’abord dans une mairie marquée à gauche puis dans une circonscription marquée à gauche, le RN a pu l’emporter. Ceci étant les évolutions nationales sont les plus décisives depuis que Jospin a mis les législatives à l’ombre de la présidentielle ; le contexte local ne fait que les renforcer (et pour cette élection, la guerre entre Baylet et Astruc conduite par quelques mensonges classiques de La Dépêche qui ont aussi visé la NUPES). En conséquence la stratégie pour redonner une dynamique à l’opposition au RN (à gauche comme à droite car en TetG la responsabilité de Barèges n’est pas moindre) ne peut pas être un bricolage électoral mais un travail de fourmi en lien avec la population, un travail qui devrait redonner à la politique ses lettres de noblesse perdues depuis longtemps dans la circonscription. La brochure de Jean-Pierre Pabanel devient sur ce point un outil précieux pour éviter d'oublier les conséquences de cette victoire annoncée. JPD
P.S. Je rêve d'un tel petit livre sur le cas des P.O. dont je ne digère pas que les quatres députés soient tous RN !
