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Vie de La Brochure
27 octobre 2023

En dépit de tout encore Vallejo

arturo

Sur Ojarasca, la si belle revue mexicaine, je découvre ce texte si poétique, que ma traduction est sans doute bien peu à la hauteur. Je ne connais pas l'auteur mais je not qu'il s'est enché sur la cas d'Alponse Reyes que Jean cassou a traduti en France et dont Vallejo se moquait avec humour. J'admire le rapprochemtn avec Juan Rulfo. On trouve des poèmes de lui ICI

 

 

Vallejo

 

La forte rencontre que nous avons eue au Mexique avec la poésie de César Vallejo a été dévastatrice (fulminante). Il est venu équilibrer le charme de l’époque, inondé de poètes ringards, de philosophes paziens ( ?), ou de grands émules de Borges. Lui, mammifère sombre, soigneusement peigné, grattait nos visages de son implacable diamant, de son air manchot et de son tour de passe-passe civil, écrivant avec l'écume de ses lèvres mouillées, hérissant nos pensées, peignant le vent, dorant nos brouillards. Nous avons caressé sa triste tristesse et bu langoureusement sa liqueur.

Je me souviens de Vallejo à cause de son front. Je l’ai gravé dans mon front, son front. Une fenêtre haute et dressée, où s'inscrivent tous les lundis de vérité, les mois nonos ( ?), les cuzcos mourants. Dans ma jeunesse, quand l'ennui bourdonnait, Vallejo surgissait, bleuissant mon chaos d'encre. Vieux curaca, berger du garúa de Lima, toujours présent, chaque mois d'avril à mars.

Quand le miel des crépuscules brillait encore à Mexico derrière les volcans, le front de Vallejo le rendait jaune. Sur les îles vertes de l'université, dans les salles de cinéma sombres, où nous naviguions comme des cygnes somnambules, mangeant du pop-corn avant le spectacle, le livre avec en couverture le visage de Vallejo, la main posée sur la pommette, transperçait mon regard de lecteur sombre et étonné.

Le cholo César est arrivé, dans son pantalon momentané, la voix brisée, avec des pierres-mots explosant face à la mer, laissant l'air plein de soleil et de sel. Prodiguant son maïs, il cultive le champ de maïs le plus profond d'Amérique latine, le champ de maïs tellurique, celui qui renaît à chaque lune. Le parallèle immédiat se faisait avec un autre squelette chantant, Juan Rulfo : succinct, pierreux et lumineusement incompréhensible. Tailleurs de pierre de la langue, ils brandissaient leur piolet pour blesser la langue, apprivoiser les mots, apaiser les verbes, dynamiter les adjectifs, et brûler les malgré tout, en écoutant le murmure des filaos. Salut César Vallejo, ô vieux centenaire, mortel immortel, éclaire-nous trilcement, d’ici à mille ans, mieux encore dans cent ans pas plus. Et jusqu’à l'os.

 

Arturo Dávila (Mexico, 1958), poète mexicain basé dans le nord de la Californie, où il se consacre à la littérature comparée latino-américaine et à la promotion de la langue nahua. Il a publié La ciudad dormida, Catulinarias, Poemas para ser leídos en el metro, La cuerda floja, ainsi que la collection d’essais :  Alfonso Reyes entre nosotros

 

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