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Vie de La Brochure
28 octobre 2023

Guilluy et le 18 juin 1973

Mao Nixon

Ce rappel de Guilluy est en effet fondamental pour qui reconnaît que parfois les dates changent le monde. Cette connivence entre quatre forces est en effet fondamentale. La force financière, économique (en 1972 avant d’être détruit par le Watergate, Nixon a rencontré Mao), sociale, et politique (Mitterrand ne s’en est pas caché il voulait liquider le PCF) ont changé la France. Juste je n’ai pas compris le titrte. J-P Damaggio 

Marianne 26 octobre

Carte blanche À CHRISTOPHE GUILLUY

FRANCE : Le Préquel

 Vous qui lisez ces lignes, vous souvenez-vous de ce 18 juin historique ? Pas de l’appel lancé depuis Londres par le Grand Charles, mais du 18 juin de l’an 1973 ? L’inauguration de la tour Montparnasse, à Paris, la plus haute tour de bureaux d’Europe de l’époque, ça ne vous dit rien ? J’en étais sûr. Pourtant, sachez que c’est ce soir-là qu’un tout nouveau boys’club changea le destin de notre pays. À l’écart de la foule, confortablement installés dans des fauteuils ovoïdes, une quinzaine de grands patrons, banquiers, économistes, intellectuels et élus encartés à l’UDR (1) profitent, au 56e étage, de la plus belle vue de Paris. Et l’on parle de quoi ? De projeter (enfin !) la France dans la modernité.

Dans un nuage de fumée, et un verre de whisky à la main, ils rivalisent d’imagination. Le plus exalté, c’est le banquier. Qui s’enorgueillit d’être à l’origine d’une loi récemment promulguée, et cruciale, la 73-7, dite sur la Banque de France. Grâce à elle, il est parvenu à casser définitivement le monopole d’emprunt à la Banque centrale ; le gouvernement peut désormais emprunter sur tous les marchés financiers, sans compter. «Une aubaine pour le pays !», se réjouit-il.

Également aux anges, l’économiste. Il faut le comprendre, il revient de Chicago, il y a rencontré Milton Friedman, un universitaire de génie : « Il est tout simplement en train de révolutionner l’économie mondiale ! Son idée est lumineuse : pour booster la croissance, il faut abandonner les politiques keynésiennes, la gestion étatique, bref, toutes les interventions publiques ! Vive la tertiarisation et vive le fabless (2) ! C’est génial ! Dans quelques années, nous nous enrichirons sans avoir besoin de fabriquer; les Chinois s'en chargeront ! »

Son enthousiasme est contagieux. Le petit cercle, persuadé que le gaullo-communisme à la papa est dépassé, est conquis. Ainsi ce haut fonctionnaire de la Datar (3) : « Le futur d’une France sans usines ? Je n’y vois aucune objection. Demain, les gens trouveront du travail dans les grandes villes, chaque région s’organisera sur ce modèle, les territoires seront homogènes et prospères. »

Un élu tique. Quid de l’acceptation par l’opinion de cette révolution ? «Vous n’y pensez pas, des millions d’ouvriers vont se retrouver au chômage du jour au lendemain, ils risquent de se révolter. En mars, aux législatives, le PCF (4) a encore fait plus de 21 % ! C'est quand même inquiétant, non ? Comment va-t-on pouvoir contrôler cette opposition ?»

Jusque-là très discret, un jeune énarquo-polytechnicien se lance. «Eh bien, justement, moi qui viens de m’encarter au Parti socialiste et qui ai l'oreille de M. Mitterrand, je vous l’annonce : son objectif est bien d’en finir avec ce foutu PCF. Il prévoit de le diluer dans un programme commun. Son plan, notre plan, rejoint le vôtre : à terme, nous voulons marginaliser les communistes et surtout en finir avec la classe ouvrière !» Le trentenaire fait grande impression. Son assurance est saluée par le président du puissant CNPF (5) « Parfait Jacques, excellent. Tout ce qu’il nous faut. Vous, à n’en pas douter, c’est un bel avenir qui vous attend, je suis certain que vous serez souvent amené à vous promener à l’Élysée. »

Il est tard, la réception prend fin. Les convives, ravis, se dirigent vers l’un des 25 ascenseurs de ce building flambant neuf. En musique de fond, les Pink Floyd et leur tube du moment, Money. Tout ce beau monde sera dans la rue dans moins de quarante secondes. Mais le plus impressionnant, c’est pas la descente, c’est l’atterrissage.

(1)     Union des démocrates pour la République, mouvement de la majorité gaulliste entre 1958 et 1976. Ancêtre du Rassemblement pour la République, lui-même ancêtre de l'Union pour un mouvement populaire, elle-même ancêtre des Républicains.

(2)    Sans usines, sans unités de fabrication. Contraction des mots anglais fabrication et less. Désigne une société qui conçoit ses produits mais sous-traite l’intégralité de leur fabrication.

(3) Délégation à l’aménagement du territoire et à l'attractivité régionale.

(4) Parti communiste français.

(5) Conseil national du patronat français. Ancêtre du Medef.

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