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Vie de La Brochure
12 novembre 2023

Québec, les Zapartistes en 2008

club soda

Zapatiste

J'ai déjà évoqué la question ICI.

Nous étions à Montréal pour les élections fédérales d’octobre 2008. Notre ami Jacques Desmarais nous avait réservé un billet pour le spectacle des Zapartistes qui le soir même des élections, tout en diffusant les résultats développaient leur spectacle comique. J’ai un souvenir vague de ce moment (pour suivre un tel l'humour il fallait être québécois) évoqué le lendemain dans le journal Le Devoir (voir à la fin). Si Harper est oublié Justin Trudeau (un Narcisse) est toujours là. Leur trajectoire symbolise les douleurs de la gauche. Au Québec aussi. Comme partout. Ils ont essayé. Le groupe est mort en mai 2022 et à ce moment là les survivants font le bilan avec DOMINIC TARDIF de LA PRESSE :

« En humour québécois, ça parlait beaucoup de son nombril, de sa saucisse. Il n’y avait rien qui parlait du nous, tout parlait du je », se rappelle Christian Vanasse, le seul à avoir été de tous les alignements des Zapartistes, au sujet du paysage comique obnubilé par les relations hommes-femmes dans lequel surgissait le groupe. « Et nous, on se demandait, qu’est-ce qu’on fait du projet collectif, de la lutte des classes ? »

C’était il y a 21 ans. Réunis au café l’Aparté, fondé rue Saint-Denis devant l’École nationale de théâtre par la Zapartiste de l’ombre – Nadine Vincent –, une bande de jeunes artistes logeant tous à gauche présentent un spectacle d’improvisation intitulé Improvisons des élections, le soir du scrutin fédéral du 27 novembre 2000. Jean Chrétien avait alors été reporté au pouvoir.

Parmi ses participants se trouvent François Parenteau, François Patenaude, Denis Trudel, Frédéric Savard et Christian Vanasse, qui formeront le 24 février 2001, à l’occasion d’un premier cabaret politique, le noyau dur de la mouture originale des Zapartistes. Le professeur et essayiste Francis Dupuis-Déri est aussi brièvement de l’aventure, que rejoint bientôt la comédienne Geneviève Rochette.

Et les rires qu’ils génèrent leur permettent rapidement de constater qu’ils ne sont pas les seuls à rêver dans leur coin à un autre monde. Les Zapartistes migreront de la minuscule scène du café-théâtre vers celle du défunt Spectrum, puis du Métropolis, et deviendront pour la génération de l’altermondialisme ce que les Cyniques avaient été pour les boomers.

Il y avait une catharsis qui se passait pendant nos spectacles. Tout d’un coup, on voyait qu’on était une gang à vouloir se moquer des banques !

 « Vissés à des places, lousses à d’autres »

Même s’ils n’ont jamais signé avec une grosse boîte de production, préférant patenter leurs tournées eux-mêmes en marge, la première décennie de vie du groupe consacre ses membres en stars de la gauche grâce à leurs incontournables revues de l’année. Une effervescence dont Vincent Bolduc et Jean-François Nadeau seront les témoins, avant de se joindre à la troupe en 2011. La femme de théâtre Brigitte Poupart, qui complète le quatuor scénique, y était pour sa part depuis 2005.

« J’aimais le contenu, bien sûr, se souvient Nadeau, mais j’étais aussi admiratif de la forme, très organique. Les spectacles étaient préparés, mais pas trop, vissés à des places, mais lousses à d’autres. Les autres spectacles d’humour, que tu sois à Gatineau, Drummondville ou sur le DVD, c’est pareil. Les Zap, c’était vraiment vivant. » Une des premières performances à laquelle les deux recrues participent se déroule à l’extérieur, en soutien au mouvement Occupons Montréal.

La veille, j’apprends que je fais Chartrand et je ne l’ai jamais imité de ma vie… Nadeau et moi, on était cachés dans une bouche de métro à essayer de se faire une répétition. Les autres nous pointaient en riant, en voulant dire : regarde les nouveaux, ils répètent !

Si leurs textes ont été pondus à ce point dans l’urgence – il est arrivé que la deuxième partie d’une représentation soit imprimée dans les coulisses, pendant l’entracte –, les conversations précédant le travail auront, elles, toujours été expansives.

« C’est ce qui m’a fait tomber en amour avec le groupe, raconte Brigitte Poupart. Ils n’ont jamais eu peur de parler des choses difficiles, d’aller au fond d’un sujet. Ça débattait jusqu’à qu’à 4 h du matin avant d’écrire les textes. » Les membres adhéraient d’ailleurs à la règle des 10 %, se permettant de ne pas être d’accord avec 10 % du contenu d’un spectacle.

Les Zapartistes auront cependant toujours refusé de se soumettre à cette injonction voulant que les commentateurs comiques de l’actualité se doivent de distribuer leurs camouflets équitablement. « On s’est tellement fait demander : “Allez-vous taper sur tout le monde égal ?” », lance Vanasse. « La réponse, ç’a tout le temps été non ! On n’est pas au centre. On est de gauche et indépendantistes. Ce que ça veut dire, c’est qu’on est contre tous ceux qui ont du pouvoir. Je ne me souviens plus de qui avait dit : le centre, c’est la droite des paresseux. »

On leur aura aussi souvent reproché de prêcher aux convertis, une formule qui continue de confondre Jean-François Nadeau, pour qui un spectacle des Zapartistes servait avant tout à « donner de l’énergie aux troupes », et non à s’illusionner sur la possibilité qu’un membre du Parti conservateur se soit métamorphosé en militant anarcho-syndicaliste à la sortie de la salle.

Bien qu’ils aient peu d’héritiers directs, Les Zapartistes laissent derrière eux un univers humoristique beaucoup plus politisé qu’à leurs débuts, où il est possible pour un Guillaume Wagner ou une Virginie Fortin de remporter du succès auprès du grand public, tout en croquant du puissant. Ils tirent leur révérence non pas parce que le désir de montrer les dents s’est dissipé – Christian Vanasse prend le micro en solo depuis quelques années – mais parce que l’arrimage des horaires chargés de chacun ne se simplifiait pas avec le temps.

Nul besoin donc de puiser dans le passé ; nos quatre guérilleros à perruques promettent avec À soir, on meurt un spectacle exempt de nostalgie, complètement arrimé à ce que le présent porte de raisons de grogner. Qu’est-ce qui les met en colère, ces temps-ci ? « Toutte ! répond Vanasse en sautant de sa chaise. Il n’y a rien qui ne me met pas en criss. »

Il offre deux exemples : « Les gens pour qui l’écoanxiété, c’est un problème, alors que c’est de ne pas être écoanxieux qui en est un. Aussi : les gens qui croient que la menace actuelle, c’est les wokes. »

Nadeau y met du sien : « L’étiquette radicale à toutes les sauces. Dès que tu fais quelque chose, t’es un radical. Ça, ça me met en criss. »

Vanasse reprend le crachoir. « Veux-tu que je te dise ce qui me met le plus en criss ? C’est quand quelqu’un dit : ‟Je ne me reconnais plus dans la gauche actuelle”… Voyons donc ! La gauche, ce n’est pas un miroir pour te regarder ! »

 Jean-François Nadeau, Le Devoir Mercredi 15 octobre 2008

Salle archi-comble et rire majoritaire

Stephen Harper a eu la vie dure hier soir avec les Zapartistes. Dans son spectacle électoral, le groupe d’humoristes a épinglé durement un premier ministre transformé, pour les besoins de la caricature, en un idéologue de droite froid et lisse comme un iceberg.

Une heure avant le spectacle, de nombreux amateurs de l’humour cinglant des Zapartistes étaient déjà rassemblés devant le Club Soda, assurés de s’amuser d’un monde politique aux allures parfois tragiques. «Vous aurez deux spectacles pour le prix d’un, ce soir», ont lancé les humoristes.

Chaque chef politique est venu faire sa présentation dans une sorte de tournis électoral cinglant et mordant La plus réussie de ces incarnations était certainement celle du Stephen Harper campé par un François Parenteau plus vrai que nature. Sorte de pantin humain empâté, à mi-chemin entre la figurine Playmobil et le simplet, le Harper de Parenteau s’est présenté aux côtés d’un Mario Dumont servile, incarné par Christian Vanasse.

Le spectacle était ponctué de courtes capsules, d’information, à la manière décapante des Zapartistes.

Les spectateurs ont aussi eu droit à quelques chansons poétiques. Mais c’est Justin Trudeau, revêtu d’un veston couvert de symboles canadiens, qui a volé la vedette avec une incroyable macédoine franco-anglaise, charabia linguistique tellement incompréhensible que même son père aurait ri à se décrocher la mâchoire devant ce Narcisse habillé des couleurs canadiennes.

A travers les balbutiements des débuts de cette soirée électorale, les Zapartistes rejouaient à leur façon le débat des chefs, dans une sorte de tragi-comédie où la question linguistique continuait d’être très présente.

Les résultats électoraux ont été communiqués au public grâce à des écrans géants installés dans la salle. Le Duceppe de Parenteau, avec en bouche des maximes inspirées d’une philosophie douteuse, sonnait le tocsin. «Vous ne pensez pas, a-t-il dit, que si nous avions été plus fermés et dogmatiques, notre succès aurait été meilleur à Québec?»

Tout au long du spectacle, le Stéphane Dion misérable et sans autorité incarné par François Patenaude a fait la joie du public, majoritairement composé de partisans du NPD et du Bloc québécois.

En guise de conclusion, François Parenteau a fait dire à son Gilles Duceppe: «Dans l’fond, les seuls perdants ce soir sont les sondeurs qui nous ont laissé croire qu’on pouvait faire plus.»

Les Zapartistes avaient déjà présenté une soirée électorale pour les élections provinciales de 2007. Salle comble, encore une fois, pour ces élections fédérales. Et salle ravie.

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