Delthil : voeux pour les XXe siècle
Les voeux étaient beaux mais la Colombe de la Paix n'a pas beaucoup survolé le XXe siècle. Merci tout de même à Camille Delthil pour ce rêve et pour la dédicace à Judith. JPD.
Moissac 5 janvier 1901 : A Judith Cladel
Au vingtième siècle
Que portes-tu siècle nouveau ?
Est-ce une torche, est-ce un flambeau ?
Es-tu l’incendie ou l’aurore ?
Viendras-tu mettre dans nos cœurs
Plus d’amour et moins de rancœurs,
Dans nos fronts un grain d’ellébore ?
Celui qui rentre dans le rang
S’est repus de chair et de sang,
Car l’homme y fut un loup pour l’homme.
A ton tour, seras-tu cruel ?
Ou plus doux et plus fraternel ?
Vaudras-tu mieux qu’un autre, en somme ?
Ah ! que de longs espoirs détruits
Et que de beaux rêves enfuis
Depuis que l’humanité marche,
Tournant dans le cercle des jours,
Comptant sur le divin secours
De la messagère de l’Arche !
La colombe au rameau fleuri,
Qui n’a point encore atterri
Pour apporter la paix au monde
Et donner le bien-être aussi
A ce menu peuple transi
Qui vit sur la machine ronde.
Siècle naissant, le verras-tu
Ce bel oiseau de blanc vêtu,
Apparaître à l’horizon rose ?
De regarder les yeux sont las,
Car depuis des milles ans, hélas !
On attend toujours qu’il se pose.
O siècle ! montre à tes enfants
Les jours bénis et triomphants
Où toute haine sera chue,
Où ces vieux monstres redoutés
Qu’on voit rôder à nos côtés :
L’Egoïsme à la main crochue,
L’Hypocrisie à l’air cafard
L’Envie au sinistre regard
Et la Peur, couveuse de crimes ;
Seront, sous les vents déchaînés,
Implacablement entraînés
Dans la profondeur des abîmes.
Où la Vérité fleurira
Où sur notre front brillera
Le clair soleil de la Justice ;
Où l’être humain, rendu meilleur,
Pratiquera, pour son bonheur,
La grande loi du sacrifice.
Et si tu ne peux, en passant,
Nous apporter, siècle impuissant,
Qu’un peu d’or et un peu de gloire,
Comme tes devanciers mauvais,
Tu t’en iras, après décès,
Pourrir dans un coin de l’histoire.
Camille Delthil