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Vie de La Brochure
29 novembre 2023

Autobiographie : Pas de révolution sans contre-révolution et inversement

Gamin, je me suis mis à l’étude de l’histoire à des fins politiques (au sens global du terme). En tant que communiste j’ai pensé que pour la révolution de demain, il était utile d’étudier les révolutions d’hier. Donc en me plongeant dans les archives, j’ai donc étudié la révolution de 1848 qui me renvoya à celle de 1789. Sans oublier la révolution russe de 1917 et la révolution aux USA en 1776 (qui n'était pas une révolution !).

Petit à petit j’ai découvert, ce que tout historien authentique sait par avance, qu’il n’y a de lecture possible d’une révolution que par la contre-révolution et la pré-révolution.

Je l’ai appris par le coup d’Etat de 1851 et par le coup d’Etat du maire de Montauban en 1790 (deux thèmes auxquels j’ai fini par consacrer un livre).

J’ai alors appris que des historiens professionnels pouvaient au nom de la contre-révolution effacer la révolution. Et par ricochet la contre-révolution elle-même ! Ainsi l’effacement de la Révolution de 1848 leur permettait de minimiser le coup d’Etat de 1851 ! Et la création de l’Empire cher à Napoléon 1er d’effacer la Révolution de 1789.

Ne pas braquer le projecteur sur la révolution ne doit pas signifier sa négation mais au contraire une meilleure compréhension du phénomène.

 D’un certain côté, étudier la révolution de 1789-1799 est nettement plus facile pour un chercheur du dimanche, car se plonger dans les arcanes de l’Ancien Régime c’est un peu s’y perdre vu la complexité du paysage politique.

Je me souviens très bien par exemple que j’étais fasciné par l’énorme travail de Daniel Ligou au sujet de l’Ancien régime à Montauban (une thèse), quand je pensais que tous ses efforts auraient dû porter sur la révolution elle-même.

 

Bref, pour la Gauche l’histoire de France serait l’histoire de ses révolutions : 1789, 1830, 1848, 1871, 1936, 1945, 1968.

Pour la droite l’histoire de France serait celle de ses contre-révolutions : 1815, 1851, 1919, 1940, 1958.

Il n’est pas sérieux de défendre chacun un pan de l’histoire quand l’histoire elle-même est l’articulation des deux moments cruciaux. Comment 1936 s’articule avec 1940 quand on se souvient que c’est la même Assemblé national qui fait de Léon Blum le premier socialiste à la tête du pays, et du Maréchal le fossoyeur de la République !

Pour une part le Révolutionnaires s’appuient sur une Révolution précédente, et le cas de 1848 est emblématique du phénomène ce qui a beaucoup amusé Karl Marx.

Peut-on sortir de cette illusion ? Peut-on cesser de la cultiver ?

Je n’écris pas qu’en 2023, il y a rien à apprendre des révolutions, j’écris qu’il y a à apprendre de l’engendrement qui conduit à la fois à la Révolution et à son échec.

 Ayant eu 7 ans au moment du coup d’Etat du Général de Gaulle, j’ai cru que si la gauche revenait au pouvoir, ça serait pour y rester, non par la force bien sûr, mais par les satisfactions qu’elle apporterait au Peuple, chose qu’elle ne pouvait faire en étant dans l’opposition ! D’ailleurs si l’hypothèse de la victoire de la gauche donnait une peur bleue à la droite c’était bien la preuve que cette victoire était un danger pour la classe dominante. Il n’était d’ailleurs pas pensable pour moi que les pays du socialisme réel puissent redevenir capitalistes.

 Plus que jamais il n’existe de révolution possible que par les circonstances du moment. Ce sont elles qui décident, et non l’imaginaire au sujet du passé dont l'étude est utile pour le contenir... dans le passé.

J-P Damaggio

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