Encore sur le combat d’Olympe de Gouges contre l’esclavage
Je découvre aujourd’hui seulement un texte de Sylvia Duverger sur Médiapart au sujet de l’esclavage des noirs qui commence ainsi : «Olympe de Gouges était partisane de l'abolition de l'esclavage. On lui a reproché de ne pas l'avoir été sans ambiguïtés. Afin de juger de l'engagement de cette autrice féministe du XVIIIe siècle, voici trois textes qui dénoncent l'inhumanité avec laquelle les Noir·es sont traité·es. Ils ont été choisis par Béatrice Daël, qui a achevé en 2017 l'édition de ses œuvres complètes. »
Je connais très bien les textes en question qui dénoncent avec courage la situation faite aux Noirs mais malheureusement Sylvia Duverger comme d’autres, fait l’impasse sur la préface de 1792, de L’Esclavage des Noirs où Olympe s’insurge contre la révolte de Noirs en 1792 !
Comme il est dit, la Société des Amis des Noirs, avait pour but l'abolition de la traite et la disparition progressive de l'esclavage. Oui la disparition progressive de l’esclavage ce qui n’est pas l’abolition pure et simple. Tout comme dénoncer l'inhumanité ce n'est pas proposer cette abolition.
Donnons la parole à Olympe dans ce texte modéré de 1792 :
« C’est à vous, actuellement, esclaves, hommes de couleur, à qui je vais parler ; j'ai peut-être des droits incontestables pour blâmer votre férocité : cruels, en imitant les tyrans, vous les justifiez. La plupart de vos Maîtres étaient humains et bienfaisants, et dans votre aveugle rage vous ne distinguez pas les victimes innocentes de vos persécuteurs. Les hommes n'étaient pas nés pour les fers, et vous prouvez qu’ils sont nécessaires. Si la force majeure est de votre côté, pourquoi exercer toutes les fureurs de vos brûlantes contrées ? Le poison, le fer, les poignards, l’invention des supplices les plus barbares et les plus atroces ne vous coûtent rien, dit-on. Quelle cruauté ! quelle inhumanité ! Ah ! combien vous faites gémir ceux qui voulaient vous préparer, par des moyens tempérés, un sort plus doux, un sort plus digne d’envie que tous ces avantages illusoires avec lesquels vous ont égarés les auteurs des calamités de la France et de l'Amérique. La tyrannie vous suivra comme le crime s'est attaché à ces hommes pervers. Rien ne pourra vous accorder entre vous. Redoutez ma prédiction, vous savez si elle est fondée sur des bases vraies et solides. C'est d'après la raison, d'après la justice divine, que je prononce mes oracles. Je ne me rétracte point : j'abhorre vos Tyrans, vos cruautés me font horreur. »
Faut-il comme Florence Gautier décréter à partir de là : "En mars 1792, elle fait rééditer sa pièce sous un nouveau titre L’esclavage des Noirs ou l’heureux naufrage, avec une préface où elle défend le projet officiel de la Société des Amis des Noirs, c’est-à-dire un projet colonialiste, qui se limitait à «adoucir» les conditions de vie des esclaves, ce qui n’est pas abolir l’esclavage ! Précisons qu’en mars 1792, cela faisait déjà plus de six mois que l’insurrection des esclaves avait commencé, à Saint-Domingue, et qu’elle se poursuivait, ce qui signifie qu’il n’avait pas été possible de la réprimer.»
Vraiment, un projet colonialiste ?
C’est un des points que j’ai tenté d’expliquer à Moissac : je refuse tout autant de marginaliser l’engagement révolutionnaire d’Olympe et ses positions modérées. La phrase clef est bien celle-ci :
« Je ne me rétracte point : j'abhorre vos Tyrans, vos cruautés me font horreur. »
Couper en tranches Olympe c’est la guillotiner encore.
JP Damaggio
P.S. Je n'avais pas l'intention de revenir sur le sujet car je n'ai pas la force de frappe de Mediapart mais je souffre trop pour Olympe.