Caravita communiste italien de Montauban
Mario Caravita ayant été victime d’un retrait de nationalité sa vie fait quelques pages dans un dossier des archives départementales (1111W3).
Il était né le 8 septembre 1899, à Bagnacavallo, magnifique commune d’Emilie Romagne. Comme beaucoup d’Italiens il avait obtenu la nationalité française en 1939 (le 5 janvier). Il habitait alors cité Hubert.
Il arriva en France en 1924, passant par Cannes, Antibes, Rennes avant de s’établir comme plâtrier à Montauban.
Naturalisé, c’est bien beau, mais à devenir Français quand éclate une guerre c’est prendre le risque d’être appelé à l’armée. En conséquence le 22 janvier 1940 il est incorporé au 25° R.I. de Toulouse et il reste un mois au camp de Baconne. Observons qu’il a déjà 40 ans !
Il va passer par le 125° Bataillon de l’Air à Istres puis son unité se replie à Rabastens de Bigorre où il est démobilisé le 27 juillet 1940.
Le Parti Communiste est interdit mais il reste communiste, se fait surprendre à distribuer des tracts et gagne un voyage au camp de Nexon en septembre 1941.
Le préfet le 4 février 1942 demande d’engager à son égard « la procédure de déchéance de la nationalité française ».
Il est cependant modéré à son encontre : « Ouvrier consciencieux, sa moralité n’avait fait avant son internement, l’objet d’aucune remarque défavorable ».
Si le préfet se penche sur son cas c’est quand avril 1942 la police à Vichy souhaite lui retirer sa nationalité.
Il va alors rappeler qu’il est marié avec Pétronille Benigni, une native de Pietralunga où elle est née le 20 septembre 1903. Ils ont une fille Odette née le 26 mars à Cannes.
Cette épouse ne va pas cesser de plaider pour la libération de son mari et va trouver l’appui du curé de Villebourbon, l’abbé Prunet qui a mis en avant trois éléments : la famille est honnête, travailleuse et fidèle à l’église, la jeune Odette (11 ans en 1942) ayant même été dans une colonie catholique et bien avant l’internement de son père. L’abbé précise même que Clorinde Benigni est « Couturière de profession et élève son enfant avec soin, et a toujours eu une conduite irréprochable ».
Le préfet rappelle ce fait pour que si retrait de nationalité il y a, il ne concerne ni l’épouse, ni la fille. La nationalité lui sera retirée le 24 avril 1943. Elle lui sera rendue le 24 mai 1944 comme à tous ceux qui l’ont perdue suite à la loi du 22 juillet 1940. Par contre je ne connais pas la date de sa libération du camp de Nexon. Décédé le 11 août 1982 à Toulouse, à l'âge de 82 ans. JP Damaggio
Note
Les dénaturalisés de Vichy
Par la loi du 22 juillet 1940, l’État français décida de réexaminer toutes les naturalisations accordées depuis 1927. Cette mesure aboutit au retrait de la nationalité française de plus de 15 000 personnes sur des motifs politiques et raciaux. La procédure fut annulée par l’ordonnance du 24 mai 1944. La base « Dénat » a été créée comme outil de recherche aux Archives nationales. Elle reprenait les informations relatives à l’instruction des dossiers de chaque individu, avec le cas échéant un lien vers sa notice sur la base de données du Mémorial de la Shoah. Cet outil d'orientation et de recherche a été complété, grâce à un partenariat conclu entre les Archives nationales, l’US Holocaust Memorial Museum et le Mémorial de la Shoah, par la numérisation l’ensemble des dossiers de naturalisation des individus dénaturalisés par Vichy. Cette base de données ne comporte que les personnes née après 1910. https://data.culturecommunication.gouv.fr/explore/dataset/les-denaturalises-de-vichy/information/ (Voir moins)