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Vie de La Brochure
26 janvier 2024

Souvenirs écrits par Malou Rauzet

Je voulais retrouver le nom de l'Autrichienne Reine (our Renée) Durmeyer (ou Durrmeyer) évoquée par Malou Rauzet pour en savoir un peu plus sur son cas dans l cadre de mes recherches sur le féminisme. Mais, pas plus pour elle, que pour les autres Autrichiennes je n'ai rien trouvé (il existe une Margot Durrmeyer mais une Française). Tristesse ! Je me suis replongé dans mes archives et je découvre ce récit tapé à la machine, fait par Malou. J'ai souvent évoqué cette femme sur ce blog en croisant plusieurs entretiens avec elle mais sans donner ce texte. Je le reprends tel quel, sans rien connaître des conditions de sa réalisation. Peut-être pour le livre sur Marcel Thourel. J-P Damaggio .  

 

SOUVENIRs PAR MALOU RAUZET

C'est en 1938 que je suis devenue une militante politique, en adhérant à la première cellule du Parti Communiste fondée à St-Antonin, grâce à Pierre COURCIERE/.Pierre travaillait jusque là à Paris: il était peintre et militait au Parti à Vitry. Blessé dans le dos au cours de la manifestation en faveur de ZACCO VANZETTI, déjà malade, il avait dû abandonner son métier et la région parisienne pour venir se retirer à Saint-Antonin. Mon mari Paul lui avait trouvé du travail en le faisant embaucher chez le pharmacien ROUSSENNAC qui faisait une plantation de pins. C'est Pierre COURCÏERES qui a fondé notre cellule pendant l’été 1938 et tout marchait bien : nous étions dix sept membres. Il y avait avec Pierre Courcières et moi, Lucien DEBAT, Henry JOFFROY, Paul mon mari, Georges ESTIVAL-ouvrier plombier et Gaston FOURNIER, Robert DONNADIEU un maçon, Gaston PRUNET le plâtrier et d'autres...

Quand le pacte germano-soviétique a été signé au mois d'août 39, nous avons distribué des tracts à tous les camarades et à ceux que nous savions sympathisants pour leur expliquer: «le pacte de non-agression n'est pas une alliance. Il doit théoriquement garantir chacun des deux peuples contre l'agression de l'autre...Le parti communiste fidèle à la doctrine de Marx Engels est plus que jamais l'ennemi implacable du fascisme, international, en première ligne du fascisme hitlérien ». Ce n'était pas facile, les gens ne comprenaient pas...

Le 26 septembre 1939, le Parti Communiste est interdit par décret ce qui ne nous empêcha pas de continuer à distribuer des tracts et les journaux clandestins. Pierre COUCHET responsable du Parti nous faisait passer les tracts et les journaux et assurait les réunions clandestines sur la route de Caussade, à la carrière...

Tout était parfait jusqu'au 1er Juillet 194. Tous les mois je me rendais, à vélo, à Septfonds chez DUROU le charcutier. Il me remettait le matériel pour Saint-Antonin, Lexos et Laguépie. J'allais jusqu'à Lexos remettre le matériel à Louis MOUYSSET qui lui , faisait passer le matériel à ECHE de Laguépie.

Le premier juillet. 1941, la Police Criminelle de Toulouse est venue : ils ont arrêté mon mari Paul qui travaillait comme cantonnier au bout de la côte de Caussade et l'ont emmené à la gendarmerie. Le lendemain, ils ont arrêté Pierre COURCIERES chez lui, sur le buffet de la cuisine, dans un filtre, ils ont trouvé un compte rendu, de réunion de la cellule. Ils l'ont pris à la gendarmerie avec Paul. Le soir, ils ont arrêté MOUYSSET de Lexos et ECHE de Laguépie et ESTIVAL Georges de St-Antonin. Moi, ils m'ont laissée en liberté parce que, matin et soir je devais leur porter le repas. Ils ont tout fouillé dans la maison, mis tout sans dessus dessous.

Le lendemain, ils sont venus me prendre et avec tous les autres nous ont embarqués et emmenés à la prison de Beausoleil à Montauban dans le quartier cellulaire. C'était le 3 juillet 1941. Je me trouvais dans ma cellule avec deux communistes autrichiennes qui m'ont beaucoup réconfortée. Elles me disaient: "S'ils nous ont arrêtées c'est que nous avons raison...".

Neuf mois après nous sommes tous passés en jugement devant le tribunal militaire, nous avons été défendus par des avocats désignés d’office et les sentences sont tombées :

Pierre COURCIERES : quatre ans de prison. Il sera interné à Eysses où il mourra bientôt à cause de sa mauvaise santé.

Paul RAUZET : quatre ans de prison, interné aussi à Eysses où il participera à la mutinerie qui lui vaudra d'être déporté à Dachau.

Malou RAUZET : deux ans de prison que je ferai à Montauban.

Georges ESTIVAL : deux ans de prison au camp de St-Sulpice.

Louis MOUYSSET : deux ans de prison.

Robert DONNADIEU : acquitté après les neuf mois d'internement.

ECHE de Laguépie, de même.

En même temps que nous avaient été arrêtés, puis jugés, nos camarades de SEPTFONDS: DUROU qui mourra en déportation comme GROS et PEYRERE. Le frère de PEYRERE sera acquitté après les neuf mois de prison à Montauban; des camarades de PUYLAR0QUE, MONTAUBAN et CAUSSADE: TRESSENS, acquitté, Ange HUC qui mourra en déportation et Bruno GERDY.

A ma sortie de prison, le 13 mai 1943 le commandant ARTHUR responsable interrégional est venu prendre contact avec mois sur les conseils de PELERIN de Septfonds. Il m'a demandé si j'étais d'accord pour former le premier maquis FTPF du Tarn et Garonne. J'ai accepté et j'en étais fière. Je l'ai mené à ma vigne, à Negre crabe, sur la route de Caussade, au fond de la première carrière : il y avait une cabane. C’est là que je portais le ravitaillement pour maquisards installés sur le Causse. Le soir des maquisards venaient prendre ce que les gens m'avaient donné : pommes de terre, haricots verts...

Puis il a fallu des mines et des explosifs pour faire sauter les trains et les pylônes électriques. Je suis allée trouver Paul DELPECH qui était contremaître à l'usine à chaux de Saint-Antonin et je lui ai demandé de nous fournir ce matériel. Il a accepté et chaque fois que nous en avons eu besoin, par la suite, nous allions aux fours à chaux remplir la valise. Paul DELPECH nous a rendu un grand service pour ce matériel et aussi pour le déplacement du maquis. Chaque fois qu'on me le demandait, j'allais le trouver et il venait avec sa camionnette pour déménager hommes et matériel et armes.

Quand, par la suite, l'A.S. a formé son maquis à ORNANO j'ai aussi travaillé pour eux. J'allais chez TOURNOU, à Montauban, chercher les mots de passe car il y avait des parents qui ne voulaient pas que leurs enfants partent en Allemagne pour le STO. Je leur demandais s'ils voulaient que leurs enfants aillent au maquis pour se cacher ou bien pour faire de l'action. Suivant leur réponse je conduisais ces jeunes au maquis d'Ornano s'ils voulaient se cacher ou s'ils voulaient faire de la résistance, je les amenais à nos FTP et, s'ils étaient bien gonflés, je les confiais à ROSSIGNOL de Servanac qui les faisait passer aux maquis du Lot... Presque tous les soirs il y avait un ou des jeunes chez, moi. Je les gardais, jusqu'à ce qu'ils soient au moins deux. Pour les nôtres, c'était facile: les chefs venaient et les emmenaient avec eux. Je leur procurais quelques bicyclettes, des batteries pour les voitures que j'allais demander à des gens sûrs.

Au début de juin 1943 j'ai reçu la visite de Marcel THOUREL (LEON puis CLEMENT dans la clandestinité) alors responsable politique du Parti dans le département. Il m'a confié la tâche de regrouper les camarades de Saint-Antonin et de prendre contact avec ceux de Caylus. J'ai reçu plusieurs fois sa visite : il suivait de près l'organisation et le développement du Parti clandestin dans ce secteur.

A la fin de l'année 1943 quand les Allemands sont arrivés dans notre région, j'ai dû quitter le pays. J'ai été désignée par le responsable aux cadres, comme courrier de Marcel THOUREL (CLEMENT) alors instructeur pour l'Inter-Région comprenant le Tarn, le Tarn et Garonne (R.1), le Gers (R2)et le Lot et Garonne (R3).Dès ce moment, je passe dans la clandestinité sous le pseudonyme de JEANNE et je m'installe à AGEN. Comme courrier, jusqu'en août 1944, j'ai assuré la liaison entre l'instructeur et les "Polos" des régions, les quatre secteurs du Lot et Garonne et l'Etat-Major régional puis Interrégional (PROSPER puis BLUCHER) des FTPF. Au titre de courrier, j'effectuais de nombreux déplacements en train mais surtout à bicyclette, à Montauban, Auch, Vic Fézensac, Marmande, Villeneuve sur Lot et je servais aussi de courrier auprès des responsables des diverses « boîtes aux lettres » de l’Inter-Région...

Le 19 août 1944 je me trouvais à Montauban et fidèle à la promesse que je lui avais faite, je participe à la libération de Reine DURMAYER, camarade autrichienne encore emprisonnée à la prison de Montauban.

De ce jour, ma vie clandestine est terminée et je rentre chez moi le 25 août 1944.

MALOU RAUZET

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