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Vie de La Brochure
26 janvier 2024

Malou Rauzet sur le chemin de la prison

Dans le livre Le Parti communiste français dans la Résistance en Tarn-et-Garonne (1985) j’avais rédigé les deux pages sur Malou. Je les reprends telles qu’elles avaient été écrites, Marcel Maurières ayant fait quelques modifications de détail. Je donne la fin du document annoté par Malou à qui je l'avais fait lire avant publication et le certificat de présence de Malou en prison. 

Damaggio malou (1)

SUR LE CHEMIN DE LA PRISON

AVEC MALOU RAUZET

Parmi tous ceux qui prirent le chemin de la prison fin juin et début juillet 1941 nous avons suivi plus particulièrement celui de Malou Rauzet seule femme de la liste.

C’était son premier voyage à Montauban. Elle le faisait avec son mari. Tous deux allaient se retrouver séparés dans les cellules de la prison de Beausoleil.

Ils avaient dû laisser leur fille à Saint-Antonin ... Les gendarmes ne pouvaient attendre ... Ce couple ( Malou et Paul ) était dangereux pour «l’intérêt national» ; son crime ? Ils avaient distribués des tracts communistes... C’est sur ce motif que, avec l’ensemble de leurs camarades, seront jugés.

En attendant, le jugement il fallait se familiariser avec cette nouvelle situation. L’un des problèmes les plus dramatiques résidera dans l’insuffisance de nourriture et les 43 kgs de Malou à sa sortie de prison (en mai 1943 ) témoignent du calvaire enduré. Et le moral ?

 Elle rencontra en prison en trois autrichiennes qui pendant un temps se retrouvèrent dans sa cellule. Malou se souvient : « Elles me disaient toujours : s’ils nous mettent en prison, c’est que nous avons raison et, si on a raison, on finira par gagner et en sortir ». Ce moral d’acier avait été forgé par des années de luttes, et aussi de prison. Communistes autrichiennes elles avaient sans doute beaucoup voyagé et connaissaient bien notre langue .... A la Libération, l’une d’elles était encore emprisonnée ; Malou alla vite lui ouvrir les portes de la liberté .... Elle s’appelait Renée DURMEYER.

L’heure du tribunal est arrivé le 14 janvier 1942: « Nous nous sommes tous retrouvés ; de cette séance, il ressortait que nous étions des patriotes : plusieurs portaient d’ailleurs les marques de leur participation à la première guerre mondiale ... On a donc condamné ce jour-là des défenseurs de la France ....A la fin, on s’est tous embrassés pour s’encourager ...»

Les peines furent diverses. De retour en prison, il restait à compter les jours. Il n’y avait rien à faire d’autre. Il fallu lutter pour avoir droit aux colis, et aussi pour l’hygiène : «Quand la cellule était infestée de punaises, je ne pouvais pas dormir ... ». De temps en temps, elle pouvait voir son mari au parloir et, par la fenêtre, communiquer discrètement avec les camarades qui étaient au jardin. On a vu qu’elle fut un moment avec des camarades autrichiennes mais elle fut aussi avec des droits communs (femmes qui souvent avaient en frein la loi sur l’avortement) si bien qu’elle demanda à avoir une cellule toute seule et elle l’obtint.

L'événement marquant dans ses sombres journées c’est l’information communiquée d’abord par des gardiens puis par des camarades entre eux comme quoi les Soviétiques prenaient le dessus sur les troupes hitlériennes. Il y eut un autre événement : c’est le départ de son mari pour Eysses qui d’ailleurs n’était pas seul pour ce nouveau voyage. Il y avait Pierre Courcières qui quelques mois plus tard allait mourir dans cette prison.

Mais l’espoir revenait et «la volonté qui fait tout» pensait Malou, la sortie s’annonçait proche. Elle finit par arriver le 13 mai 1943. Deux ans et cinq jours avaient été mis entre parenthèses dans la vie de cette femme.

En sortant elle pensa au conseil des Autrichiennes. Attention à la nourriture il faut en effet réhabituer l’estomac en ne mangeant pas trop de graisses ... conseil précieux.

Pour reprendre contact avec la vie, Malou se rendit chez une coiffeuse, mais ce qu’elle demanda n’existait plus depuis longtemps, et sa chevelure parut suspecte ; elle dut s’expliquer : « Je sors de prison, mais c’était pour des raisons politiques ... ». Elle eut l’impression d’être considérée comme une pestiférée... Mais rien ne pouvait la décourager. En sortant c’est BRUNO Gherbi qui l’accueille. Elle ne le connaissait pas. Il était sorti de prison un peu avant elle et avait déjà repris le contact. Il lui avait dit : « Tu veux continuer la lutte » Bien sûr répondit-elle. Alors voilà il va falloir que tu aides à la constitution du maquis de Saint-Antonin. Malou était libéré mais il restait à libérer la France et elle le fit avec courage et confiance en l’avenir. J-P Damaggio

P.S. (femmes qui souvent avaient en frein la loi sur l’avortement) est une phrase enlevée par Marcel.

Damaggio malou (2)

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