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Vie de La Brochure
27 janvier 2024

Révolte paysanne et gilets jaune

J’étudie les révoltes paysannes depuis belle lurette. J’ai défendu dès le départ les gilets jaune mais à ce jour je n’ai rien écrit sur une lutte partie du Sud-ouest !

Pour répéter mon incessante critique des médias et du gouvernement ? Des médias qui veulent parler de gilets verts afin d’écrire un non sens historique comme ils cherchent à le faire en permanence ! Non il ne peut y avoir de gilets verts car tous les paysans ne sont pas logés à la même enseigne

Oui il existe une parenté entre les deux phénomènes : un mouvement qui part de la base sans respect pour les syndicats et autres institutions intermédiaires, que Macron, de son côté, veut éliminer. Un mouvement sur une question fiscale. Mais le parallèle s’arrête là. D’un côté il s’agissait d’une augmentation de taxe qui concernait la société et de l’autre d’un rétablissement de taxe qui concerne une corporation. D’un côté un mouvement social, et de l’autre un mouvement corporatiste. Sauf que la production agricole concerne toute la société. Bref faisons l’inventaire de quelques hypocrisies que les heures d’antenne rendent invisibles.

La dite taxe

Quand j’ai appris voici plusieurs mois que les paysans ne bénéficieraient plus de gasoil détaxé je me suis étonné du manque de réaction des syndicats. J’apprends seulement à présent que cette décision avait été prise en accord avec la FNSEA ! Marianne nous apprend :

« Visionnaire. Le 26 octobre dernier, Bruno Le Maire, le ministre de l'Économie, s’auto-félicitait devant les représentants de la filière des biocarburants de la fin annoncée de la défiscalisation du gazole non-routier (GNR). « Il nous a fallu quasiment huit mois, tous ensemble, pour parvenir à un accord. Mais il vaut mieux prendre huit mois, dialoguer et avoir un accord collectif que de se précipiter à faire des effets de manche, en disant : "je vais supprimer les avantages fiscaux sur le GNR", vous le dites à l'Assemblée, vous le dites au Sénat, vous le dites au 20 heures de TF1, et puis au bout du compte, les agriculteurs et les acteurs des travaux publics ne sont pas contents, et vous reculez », s’enthousiasmait le ministre. Et, emporté dans son élan, Bruno Le Maire prophétisait même : « La méthode qui passe par la précipitation vous met dans le fossé. La méthode qui passe par le dialogue permet de construire sur le long terme. »

N’est-ce pas incroyable quand ensuite le même Bruno Le Maire trouve la révolte justifiée ?

Des compensations ont été promises ? Avec quoi en échange ? Une aide aux biocarburants produits par le dirigeant de la FNSEA ! La boucle est bouclée.

Alors je repense aux bonnets rouges et à la taxe qui avait été acceptée par les transporteurs routiers car en échange ils obtenaient le droit à un essieu supplémentaire. La révolte bretonne a tué cette taxe mais l’avantage acquis par les routiers a été conservé (ils ne sont pas concernés par la fin du gasoil détaxé). C’est encore une taxe qui a déclenché l’effet gilets jaunes, preuve s’il en est besoin, que les questions fiscales sont à travers l’histoire au cœur des révoltes. Bref, la détaxe est maintenue pour les paysans mais les infirmières à domicile vont continuer de payer plein pot.

 Les aides européennes

Les revendications ne pouvaient s’en tenir à la taxe d’où la question des paysans qui touchent des aides européennes souvent décisives dans leur trésorerie. Pourquoi ces aides ? Vu sa distribution, c'est une aide à la disparition de certains paysans (d’où la révolte) et de l’autre une aide déguisée à l’industrie et au commerce (hypocrisie). Depuis des décennies l’objectif est simple : diminuer le montant du budget alimentaire des familles pour favoriser la vente de produits industriels (y compris agricoles). Le modèle est made in USA : que l’agriculture disparaisse au profit de l’industrie. Or l’industrie ne peut pas fonctionner comme l’agriculture.

Toute comme l’industrie et le commerce imposent des coûts minimes à toute matière première, ils font de même avec la matière agricole et si les paysans ne peuvent être envoyés à l’étranger, les productions oui. Si en France la population paysanne a fortement diminué, dans le monde 40% des travailleurs sont dans les champs (voilà comment les saisonniers en France viennent de l’étranger). Mais  comment se révolter contre la politique de l’UE ? Qui a la maîtrise ?

 La gestion de l’eau

Là on a un bon moyen de comparer les deux agricultures, celle des méga bassines et celle des retenues collinaires. Dans un cas on prend de l’eau dans les nappes et dans l’autre on retient l’eau de pluie. Si d’un côté l’irrigation à tout va, mérite d’être analysée, de l’autre je ne vois pas où est le problème pour les petits barrages qui sont un peu partout, et qui font le bonheur d’une faune sauvage. Dans la fausse guerre entre écolos et paysans, il existe bien des malentendus et là aussi des hypocrisies. Vaut-il mieux manger une viande paysanne ou une viande chimique chère aux esprits véganes ? Encore une fois, là aussi des paysans se sentent niés dans leur travail au profit de l’industrie (et ils ont raison) mais ils se nient eux-mêmes quand ils détruisent des haies, usent de pesticides etc. D’où l’entrée en lutte avec retard de la Confédération paysanne plus soucieuse d’une agriculture adaptée au bien commun.

 Oui mais le bio c’est cher

Nouvelle hypocrisie qui nous ramène au point de départ. Ce serait la faute aux consommateurs qui achètent moins cher, des produits venant de n’importe où ? Je crains même que les dits consommateurs se présentent comme grands soutiens des agriculteurs d’ici ! En 1936, le Front populaire a un peu oublié les paysans, sauf qu’à la demande insistante de quelques uns, des silos ont été construits pour lutter contre la spéculation. Vendre sa récolte en septembre ou en mai n’est pas la même chose, mais à présent les enjeux sont ailleurs puisque le prix des céréales est mondialisé. Pour que les paysans bénéficient de justes revenus la bataille est d’autant plus dure que ce sont justement ceux qui bénéficient de justes revenus (oui, il existe des exploitants bien dotés) qui ont entre leurs mains les clefs de la profession, par le moyen des Chambres d’Agriculture, grandes absentes des débats. Il existe un livre sur l’histoire pas triste du Crédit agricole. Mais quoi sur les Chambres, leur puissance et leur rôle dans la crise agricole ? Et je ne veux pas ainsi dédouaner les autorités politiques mais rappeler à ceux qui disent que les paysans ne sont pas entendus qu’ils bénéficient d’institutions élus par eux pour ça.

 Une agriculture compétitive

Et j’entends une journaliste rappelant qu’en Ukraine les propriétés peuvent avoir 10 000 hectares alors qu’en France nous en sommes loin ! Un beau souvenir de l’agriculture soviétique et d’une géographie adaptée ! Ce qui nous renvoie encore à la version industrielle de la production agricole. Le non sens historique : c’est de profiter d’un mal pour en aggraver la forme ! Telle est l’histoire paysanne depuis des décennies. J’avais dix ans et mon père me prit à une manif de paysans à Montauban contre les lois de 1962 et j’ai la sensation que nous sommes dans la même histoire.

 Quelle conclusion partielle ?

Les propositions pleuvent de tous côtés et l’hypocrisie est poussée à son maximum quand ceux qui votent pour faire entrer en France le mouton de Nouvelle Zélande s’habillent en défenseurs des paysans !

Mais j’en reviens aux gilets jaunes avec deux enseignements. Des leaders se retrouvèrent sur les plateaux télés et disparurent comme ils étaient venus, la vie « normale » (entre les mains des maîtres habituels) ayant repris son cours. Les révoltes sont devenues des soupapes de sécurité.

Avec cette différence : la répression contre les gilets jaunes a été féroce, celle contre les paysans est toujours paisible. A Montauban, il y a des années, une œuvre artistique a été détruite en toute impunité (les coupables étaient connus). Les dirigeants paysans se sont faits surprendre une seule fois : en détruisant les éléments d’un repas de roi organisé par J-M Baylet au cloître de Moissac. Là il y a eu quelques jours de prison pour quatre dirigeants.

Barrer une autoroute ça n’avait jamais été fait. Les auteurs de cette opération ont été dépassés par un succès facilité par les médias et Darmanin. Le premier ministre a maintenu la gasoil détaxé et quelques miettes ont été distribuées qui, comme toujours serviront ceux qui roulent sur l’or (ils existent) plus que ceux qui dorment dans la paille. Suis-je devenu fataliste ? Mais quelle est la dernière victoire sérieuse du mouvement social ? Et d’ailleurs les retraites paysannes sont-elles si fortes qu’aucun tracteur n’est sorti à ce moment-là ? L’agriculture vient de susciter de grands débats et l’unanimité hypocrite pour la défendre me fait sourire car l’hypocrisie marque des points tous les jours.

J-P Damaggio

Commentaires
C
BONJOUR ET MERCI ENCORE****VIVE 2024 OU PAS? JE VOUS CITE =}}}....."L’agriculture vient de susciter de grands débats et l’unanimité hypocrite pour la défendre me fait sourire car l’hypocrisie marque des points tous les jours." BRAVO****CORDIALEMENT****C.M.***
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