C’était mieux avant mais nous ne le savions pas
Je suis devenu historien du dimanche et je le suis resté car j’ai vérifié qu’à titre personnel ou social le passé est toujours devant nous, donc le classique « c’était mieux avant» ne peut qu’être source d’espoir.
Sauf que j’écris : « mais nous le savions pas ». Au nom d’un discours sur l’ignorance volontaire qui me hante ?
Fanny Candeli, au nom de la Belle saison, a rappelé avec nuance le « c’était mieux avant », et je devine qu’elle parle de ceux qui sont nés après la seconde guerre mondiale et qui, jusqu’aux années 1980, ont connu en France, une vie paisible. Mais quand j’interroge ma mère née en 1930 elle pense elle aussi que c’était mieux avant, mais elle en convient, faut-il encore s’entendre sur de quel avant il s’agit.
Sommes nous piégés par nos mémoires qui, au nom de la tristesse en soi de la vieillesse, ne veulent retenir que le meilleur du passé ?
« Mais nous le ne savions pas » pour dire : imaginez la Guerre du Vietnam sous le feu des chaînes d’information en continue ! Imaginez les drames des avortements clandestins sous le feu des caméras permanentes ! En lisant les drames d’un orage de grêle subi en 1932 par mon ami le paysan Gilbert Tartanac, c’était mieux avant ?
Du temps du Vietnam, nous avions quelques images de drames dans la tête mais le quotidien de nos vies était largement au-dessus, car nous avions quelques moyens d’agir sur le monde.
Pour moi, le point de bascule, je le répète, c’est 1980 et la chanson de Ferrat, le Bilan, qui date de ce moment là, nous rappelle que pour annoncer le bilan globalement positif des pays du bloc soviétique, il fallait avoir une certaine dose d’ignorance, mais il termine sa chanson en précisant cependant, que ce passé communiste traité avec lucidité, pouvait être une source d’espoir pour demain.
Alors oui, tout tient au traitement que l’on impose à l’ignorance. Le « c’était mieux avant » s’appuie sur l’ignorance plus ou moins volontaire des drames d’hier. A présent, vu les conditions sociales il nous appartient d’apprendre à cultiver une ignorance clairement volontaire.
Les dictatures qui semblent revenir en force manipulent l’information par la destruction de l’information (elles entretiennent l’ignorance).
Et les démocraties, pour masquer leurs faiblesses actuelles, proposent une surinformation qui devient un enseignement de l’ignorance, belle étude de Jean-Michel Michéa écrite du temps où il n’avait pas trouvé son phalanstère. Face à la détresse paysanne et puisqu’il est dans les Landes, Michéa pourrait nous présenter le cas de ces céréaliers de la région qui, l’été, sont à Marrakech, l’automne à Monaco, et l’hiver à Megève pour, au printemps, à Mont-de-Marsan, faire le bilan de leurs exploitations agricoles. On les appelle les 4M et leur vie est si belle, qu’une entreprise fait les labours, une autre les semailles et la troisième la récolte, après l’entretien nécessaire. Mais revenons à nos moutons.
Tout le mal actuel viendrait de la surinformation ? Mais personne n’est obligé de la subir ! C’est sous l’effet de nos volontés que l’on devient esclave du téléphone portable ! Un esclavage librement consenti, d’où la modification du rapport aux dictatures.
J’aime les Amériques, là où les Libertadores ont libéré le continent des dictatures odieuses des métropoles. Des libertadores ? Pas pour les Indigènes qui, à partir de là, vont subir une domination beaucoup plus terrible qu’avant. La Royauté anglaise n’a pas été tendre avec les Indigènes mais rien à voir avec la guerre produite contre eux par « la démocratie américaine » chère à Tocqueville. Voilà encore une époque à la typique inversion des valeurs.
Aujourd’hui, pour inverser les valeurs, démocratie et dictature se rejoignent, par des chemins opposés, et dans les deux cas avec un usage nouveau des religions qui quand c’était mieux avant se sentaient dépérir mais qui à présent reprennent force.
Comme je vagabonde à écrire cette page je redonne le cas de Vazquez Montalban se faisant insulter car il avait dit que c’était mieux avant du temps du franquisme, sauf qu’il le disait, non à titre général, mais pour pointer une évidence : pour combattre le franquisme c’était plus facile que pour combattre les dérives de la démocratie car pour combattre le franquisme, il existait une union plus simple à réaliser. Et il est facile de constater qu’en 1977 le PCE qui fut à l’avant-garde de la lutte contre le franquisme fut marginalisé ! Quand, dans l’Espagne d’aujourd’hui, le franquisme est oublié, voilà qu’il peut reprendre des couleurs puisque c’était mieux avant ?
Comment un jeune de France ou un jeune tunisien, me révélant que toute sa vie est dans son portable (et ça va être de plus en plus le cas), peuvent-il penser que c’était mieux avant ? Bien sûr ils le penseront plus tard quand la dictature du présent, allergique au temps de la pensée, sera domestiquée, par le choix judicieux de quelques ignorances. Par exemple ?
Ignorons le petit cercle des maîtres du monde ! Aux Amériques, où tout est plus clair, les quartiers des exclus sont ceux des maîtres du monde qui affichent sans honte leur vie à l’écart de la société. En Europe, dans le vieux continent trainant avec lui son passé, créateur de son avenir, le quartier des exclus rassemble les pauvres de l’histoire. Des marginaux qui sont accusés de « se séparer » de la société, par ceux qui s’en séparent réellement, mais en cachette.! Ignorons les, mais pas leur inversion des valeurs. Mais qu’est ce que j’appelle valeurs ? Pour le dire brièvement : le droit de vivre dignement. JP Damaggio
PS Sur les photos : les USA quittent le Viernam

