Melle de Lavallière par Judith Cladel
Je l'avoue, ce livre de Judith Cladel m'a longtemps étonné. Dans son avertissement elle explique qu'il était temps qu'une femme écrive sur cette femme. En fait dès le départ Judith a été marquée par une histoire amoureuse difficile, hors-norme, qu'elle a raconté indirectement dans son roman Confession d'une amante et ce retour sur une amante de Louis XIV l'a incité à revoir l'histoire. Célébrer de Lavallière contre madame de Montespan. Tout un programme. JP Damaggio.
Conclusion de l'avertissement.
"Le présent ouvrage n'a pu faire autrement que de suivre de très près celui de M. Lair, dont le souci d'exactitude empêche de grandement s'écarter.
Mais depuis la publication de cette vaste biographie, différents volumes de mémoires et de lettres du temps de Louis XIV ont paru, notamment ceux de Primi Visconti et celles du Marquis de Saint-Maurice, présentés par la haute autorité de M. Jean Lemoine. Ils révèlent quantité de détails pittoresques du plus vif intérêt, qui, sans modifier en rien les traits essentiels du caractère de Louise de La Vallière tels que l'histoire, légèrement appuyée par la légende, les a fixés, placent, pourtant, dans une lumière nouvelle, plusieurs des événements auxquels la favorite fut mêlée. L'auteur du livre que voici devait donc juxtaposer les bases définitives de son étude d'après l'indication de ces apports récents. C'est à quoi il s'est appliqué. De plus, il se devait à lui-même, comme au lecteur, d'éclairer selon ses vues et ses sentiments personnels le portrait psychique de l'héroïne. Car on reconnaîtra, sans doute, volontiers, qu'il restait encore quelque chose à faire sur Mademoiselle de La Vallière, tant que le récit de sa vie n'avait pas été traité par l'esprit et la main d'une femme."
La conclusion du livre
Elle fut, elle reste populaire. Elle représente, aussi bien pour les cœurs simples que pour les esprits raffinés, un exemple achevé de bonté et d'aménité unies à la vaillance. Elle eut la discrétion de tenue qui se nomme le goût; le mélange de fierté et de douceur, de courage et de charmante faiblesse, et l'instinct de se surpasser, traits distinctifs de la Française de bonne race, que Racine a immortalisés dans les héroïnes de ses tragédies. Louise de La Vallière est tout à fait racinienne. Bien que le poète à Iphigénie ne l'ait point célébrée en de claires allusions, comme Mme de Montespan et Mme de Maintenon, il est incontestable qu'il fut pénétré du charme intime et si fait pour lui de cette délicieuse personne.
Plus que le caractère de Madame Henriette, qui lui avait indiqué le sujet de la pièce, c'est celui de La Vallière qu'il semble avoir tracé dans Bérénice, princesse d'amour et de sacrifice.
Quoi qu'on ait pu dire d'elle, le public lui garde une sorte de reconnaissance d'être demeurée «pareille en tout point à la réputation qu'elle a laissée » et, comme pour signaler ce qu'elle a su conserver de pur, et même de chaste, au plus fort de la passion, il lui a maintenu, malgré ses quatre enfants, son joli nom de Mademoiselle de La Vallière dont on a fait, par cette raison, le titre du présent livre. Enfin, les hommes aiment en elle le culte rendu à l'homme et les femmes ce quelles ont de meilleur : l'excellence des sentiments et la grâce par quoi elles règnent sur les plus forts et assurent le bonheur du foyer. Car, bien qu'un sort cruellement contradictoire ait condamné celle créature si tendre à vivre hors le mariage avec un unique amour au cœur, elle n'en possédait pas moins les vertus et les qualités pleines de nuances qui constituent, depuis des siècles, le plus beau type féminin, celui de l'épouse chrétienne.
Paris, 22 octobre 1911.
