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Vie de La Brochure
3 février 2024

Le blé : une politique dirigiste des prix ?

silo de muret

Avant 1936, toutes les mesures mises en place par le Gouvernement pour enrayer la crise du blé se révèlaient insuffisantes, faute d’un plan d’ensemble. Les élections législatives de 1936, vont précipiter la création d’un Office chargé de contrôler le commerce du blé. Perçu comme opposé au principe fondamental du libéralisme, la loi du 15 août 1936 créant l’Office est contesté tant par les acheteurs, les industriels, qu’une partie des agriculteurs (on devine laquelle).

Cette loi a engendré deux phénomènes : la création de silos et la création de coopératives.

Pour stabiliser le marché de cette céréale alors essentielle et garantir des revenus aux producteurs (la France était à 50 % rurale à l'époque) par une politique dirigiste de prix, un conseil général représentent les divers partenaires économiques (producteurs, coopératives, minotiers, intermédiaires, consommateurs) et doivent établir un «juste prix». Lors des deux premières années de son fonctionnement, faute d'accord, le gouvernement fixa les prix. Un sénateur de droite, Charles Desjardins, déclara qu'il est «le plus beau monument d'organisation marxiste que l'on connaisse». En effet cet organisme reçoit le monopole de l'exportation et de l'importation du blé et de la farine.

Il existe donc dans l’espace public des vestiges de cette période, vestiges qui avaient donné lieu à des affrontements techniques entre les divers types de constructions des silos. Des ingénieurs qui souvent ne se souciaient pas de l’essentiel : la bonne conservation des grains. Et d’ailleurs si les grains étaient mal conservés c’était un moyen de dénigrer les silos.

Il m’est arrivé, en Tarn-et Garonne, de découvrir des expos photos sur les châteaux d’eau mais jamais sur les silos, ces structures dont je ne plaide pas pur leur beauté en béton armé mais pour leur symbolique.

Et d’ailleurs, existe-t-il ailleurs une célébration des silos en question ?

La mondialisation a aussi été un moyen pour mettre à terre ces victoires démocratiques inacceptables pour le marché capitaliste qui est pas essence un marché de la spéculation.

Bref, les silos sont un patrimoine étrange marquant le paysage dans lequel ils s'inscrivent comme autant de doigts levés vers le ciel, que ce soit dans les campagnes ou sur les berges des ports. Ils sont chargés d’une histoire récente et d’une trajectoire courte qui n’a pas encore mobilisé les historiens, les géographes, les économistes. Est-ce un hasard ? La révolte paysanne que nous venons de connaître donne la réponse. Le discours sur l’agriculture reste entre les mains des assassins de l’agriculture pour le profit de quelques industriels de la terre. Paradoxalement c’est aussi pour une par l’histoire de l’URSS où les paysans furent soumis aux lois de ces mêmes industriels de la terre, mais qui eux appartenaient au pouvoir d’Etat. En Ukraine ils étaient des oligarques de l’Etat soviétique, et nous découvrons aujourd’hui qu’ils sont des oligarques du marché, capables de concurrencer ceux de chez nous ! Le diable se mord la queue.

Et si l’Europe constituait des centrales d’achat publiques en nationalisant celles qui existent ?

J-P Damaggio

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