Judith Cladel et Maillol
Aristide Maillol, né le 8 décembre 1861 à Banuyls où il est mort le 27 septembre 1944. Ce livre est magnifique et la vie surprenante de cet artiste méritait ce voyage. On y croise Bourdelle que Judith aurait pu aimer....
AVANT-PROPOS du livre
Si LA CONVERSATION d’un être intelligent est un des plus vifs plaisirs offerts à l’esprit humain, il n’en est pas de plus vraie, de plus vivante, que celle d’un artiste lorsqu’il est sincère. Sincères, tous ne le sont pas. Certains croient devoir prendre une attitude et se plaisent à poser devant leurs semblables comme devant la postérité. Cette affectation mal dissimulée, la mise en scène de leur pensée, leurs airs de prophètes, le vernis de littérature qui recouvre leurs propos, tout ce secret désir de se faire valoir a bientôt lassé l’auditeur et altéré sa confiance.
Au contraire, celui qui raconte simplement l’histoire de sa vie et de sa pensée, qui livre sans fioritures le résultat de sa longue expérience, celui qui ne cherche pas à dominer les événements, mais qui les accepte avec philosophie et se contente d’en tirer de fortes leçons, celui-là prodigue le meilleur des enseignements, le plus positif et en même temps le plus élevé. Les études que les écrivains lui consacrent n’atteignent jamais à la chaleur, au charme impromptu de la confidence personnelle en son intransigeante véracité.
Aristide Maillol est cet homme simple, franc, direct, spontané. Tout ensemble conscient de sa valeur et d’une modestie infinie devant l’absolu artistique, il est sincère jusqu’à l’ingénuité, dédaigneux de l’artifice, des malices cousues de fil blanc et, comme dans son art, ennemi de l’emphase. Dès qu’il se sent en confiance, dès qu’il a surmonté une sorte de timidité innée, touchante de la part de ce fier artiste et qui n’est peut-être que la pudeur du sentiment, il dit ce qu’il pense, sans réserve et sans ambages. Sa causerie, tranquille et vive, reflète sa parfaite lucidité d’esprit. Imagée, remplie d’imprévu, elle n’omet pas le trait piquant, l’ironie sans méchanceté de l’humour méridional.
Les jeunes sculpteurs trouveront dans les aperçus de Maillol sur l’art un certain nombre de ces clartés, de ces conseils si utiles au début d’une carrière et dont il fut lui-même tant privé. Ses idées rejoignent, il va de soi, celles des maîtres qui l’ont précédé, mais elles présentent, par certains côtés, des vues nouvelles, des appréciations toutes personnelles et, surtout, un ensemble de conceptions que partagent ses contemporains et qui constituent le caractère d’une période d’art.
Quant, à l’histoire de sa vie, elle est l’exemple une fois de plus donné du courage, de la volonté, de l’opiniâtreté qui, seule, permet de mener le don à son plein épanouissement, exemple profitable à tous, puisque l’artiste doit être avant tout un homme.
L’auteur de cet ouvrage a tenté de restituer cette vie telle qu’elle lui a été contée, toute chaude de l’émotion du souvenir. S’il a dû en grouper les éléments pour leur assurer l’ordonnance que réclame le livre, il a tenu, chaque fois que cela a été possible, à laisser l’artiste parler lui-même en s’efforçant de reproduire textuellement la savoureuse simplicité de ses propos.
J. C.
Et Bourdelle :
Judith Cladel a bien connu d’abord Emile Bourdelle grand ami de Léon Cladel puis l’artiste. Si Judith a beaucoup écrit sur Rodin et ce livre sur Maillol elle ne l’a pas fait pour Bourdelle.
Deux petites notes sur Bourdelle dans le livre sur Maillol permet de comprendre la vision de Judith :
« Dans les lettres que Maillol adressait à Bourdelle, Maillol racontait joyeusement ces expéditions que sa tante et lui faisaient dans les singulières carrioles sans fond du pays, les jambes pendantes au-dessus de la route poudreuse, et il décrivait d’une plume enthousiaste les paysages, les églises de pierre séculairement recuite par le soleil et dont les nefs ténébreuses scintillent de retables dorés. (p. 45) »
Ce petit détour pour prouver le lien entre Maillol et Bourdelle.
« Déjà, à Paris, chez Bourdelle qui élaborait en ce temps-là son Monument aux Morts de la Ville de Montauban dont Maillol admirait les fragments épars sur le sol de l’atelier:« Il y avait du tonnerre de Dieu là-dedans», ces mains fouillaient au couteau une bille de bois, en dégageaient une paire de mains, le corps d’une nymphe, une tête de Christ à propos de quoi Bourdelle, alors chaleureux et d’un esprit de camaraderie que sa romantique passion de la gloire n’avait pas encore altéré, s’écriait : « C’est épatant! Je n’aurais jamais fait une chose aussi colorée.»
Elles creusaient aussi, dans un panneau de chêne destiné au berceau du fils de l’artiste, deux anges d’inspiration Renaissance italienne et une couronne fleurie qui faisaient, au grand scandale d’un ami peu bienveillant, du berceau de l’enfant né dans la pauvreté une couche de petit prince. (p. 57-58) »
Judith n’a pas aimé «sa romantique passion de la gloire ».
J-P Damaggio

